Bilan

A l’arrêt, le tourisme appelle à l’aide

Victimes collatérales du Covid-19, les restaurateurs et hôteliers devraient perdre un quart de leur chiffre d’affaires. Ils espèrent obtenir davantage de soutien de la part de la Confédération.

Privés trop longtemps de clients, quelque 3200 établissements sont menacés de faillite.

Crédits: Laurent Guiraud

Les acteurs de la branche touristique souffrent. L’Institut de tourisme de l’HES-SO Valais fait état de 6,4 milliards de dégâts causés au chiffre d’affaires de mars à mai, et les prévisions annuelles ne sont guère plus réjouissantes. Avec une perte de 25% du chiffre d’affaires à prévoir en 2020, sans aide spécifique de l’Etat, le surendettement, les faillites et les vagues de licenciements guettent ces professionnels de l’accueil. Face à cette situation inédite, les représentants du secteur ont décidé de réagir.

Aux grands maux...

Après avoir interpellé le gouvernement par courrier, l’Alliance du tourisme a finalement rencontré les conseillers fédéraux lors d’un sommet fin avril. L’occasion de rappeler les besoins de ce secteur presque à l’arrêt. Parmi les requêtes: l’octroi sans intérêts du crédit Covid sur toute sa durée, la mise en place d’un instrument d’amortissement de la dette pour les entreprises saines ou encore un programme de relance de la demande touristique au niveau national et international. «Les aides perçues sont jusque-là principalement des dettes, ce sont des bombes à retardement pour nous, patrons, qui vivons sur nos économies depuis des semaines», souligne Sylvie Begert, présidente du Groupement professionnel des restaurateurs et hôteliers (GPRH).

De son côté, Laurent Terlinchamp, président de la Société des cafetiers, restaurateurs et hôteliers de Genève, pense qu’il est trop tôt pour crier à l’injustice. «Toutes les demandes ont été présentées au niveau fédéral et cantonal. Les faîtières cherchent un accord avec les assurances et discutent du taux zéro avec les banques», précise-t-il. Avant d’ajouter: «Souvent quand on a peur, on veut des réponses hier pour des problèmes de demain. Faisons confiance à l’Etat tout en étant conscients qu’il ne pourra pas nous aider à la hauteur du cataclysme.» Un avis partagé par le ministre genevois de l’Economie, Pierre Maudet. «L’aide doit être proportionnée. Rien qu’à Genève, nous avons 2500 cafés-restaurants, dont un tiers qui se renouvelle chaque année. Le département met tout en œuvre pour sauver un maximum d’emplois, mais il sera difficile à lui seul de répondre à l’ensemble des besoins», souligne l’élu.

... les grands remèdes

C’est évident, tous les restaurateurs et hôteliers du pays ne sortiront pas indemnes de cette crise. Afin de limiter la casse, des mesures d’aide fédérale communes à l’ensemble de l’économie sont à disposition: chômage partiel, prêts cautionnés, allocation pour perte de gain, suspension des délais de poursuites, mais aussi reports de paiement pour les impôts et les taxes dus. Jugés insuffisants par la branche, ces soutiens ont été assortis de mesures cantonales. A titre d’exemple, Genève est le premier canton à avoir initié un mécanisme d’exonération des loyers commerciaux.

L’Etat fribourgeois s’est lui aussi attaqué aux charges fixes. «Nous avons réservé 12 millions de francs pour les baux commerciaux et cinq autres millions ont été délivrés au Fonds d’équipement touristique du canton», ajoute le conseiller d’Etat Olivier Curty. A Neuchâtel, dès le début de la crise, une plateforme d’échange avec les associations du secteur a été installée. «Il est indispensable que les efforts soient largement partagés», témoigne le ministre de l’Economie, Jean-Nathanaël Karakash.

La Confédération a dans ce sens fait un premier pas en autorisant les restaurants à rouvrir le 11 mai. Mais à quelles conditions? Le GPRH s’inquiète pour les petits établissements dont la capacité et la rentabilité seront limitées. «Même McDonald’s, dont les cuisines n’étaient pas aux normes, a mis un mois à s’organiser. Les marges sont déjà réduites dans la restauration, alors avec de telles limites, c’est presque injouable», soutient la présidente du GPRH. Néanmoins, le Conseil fédéral a été clair: avec plus de 20 000 restaurants en Suisse, régler le problème au cas par cas sera impossible.

Mullerjulieweb
Julie Müller

Journaliste

Lui écrire

Du Chili à la Corée du Sud, en passant par Neuchâtel pour effectuer ses deux ans de Master en journalisme, Julie Müller dépose à présent ses valises à Genève pour travailler auprès de Bilan. Quand cette férue de voyages ne parcourait pas le monde, elle se débrouillait pour dégoter des stages dans les rédactions de Suisse romande. Tribune de Genève, 24 Heures, L'Agefi, 20minutes ou encore Le Temps lui ont ainsi ouvert leurs portes. Formée à tous types de médias elle tente peu à peu de se spécialiser dans la presse écrite économique.

Du même auteur:

Malgré les turbulences, les agences de voyage gardent le cap
Bouche à oreille, le laissé pour compte du marketing

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."