Bilan

La BCE dégaine à son tour contre le coronavirus mais en appelle aux Etats

Fermant la marche des grandes banques centrales, la Banque centrale européenne a dégainé à son tour jeudi un arsenal de mesures face à l'épidémie de coronavirus, avant de renvoyer la balle dans le camp des Etats.

La présidente du FMI, Christine Lagarde, attend «une avancée décisive et déterminée».

Crédits: AFP

D'un ton très ferme, la présidente Christine Lagarde a tracé face à la presse une ligne de partage: à charge pour la BCE, par ses décisions ciblées, de maintenir de «bonnes conditions de financement pour les ménages, entreprises et banques» fragilisés par cette crise.

L'institut de Francfort va pour cela favoriser les prêts aux PME et renforcer ses achats de dette publique et surtout privée. Contrairement à ce qu'attendaient nombre d'observateurs, la BCE n'a pas touché à ses taux directeurs.

Mais le «choc majeur» causé par l'épidémie, à l'origine d'une «considérable aggravation des perspectives de croissance», requiert avant tout une «réponse budgétaire ambitieuse et coordonnée», a martelé Mme Lagarde.

«Je ne crois pas que qui que ce soit devrait attendre des banques centrales qu'elles soient en première ligne de la réponse», a-t-elle insisté, tout en fustigeant «la complaisance et la lenteur» des gouvernements «en particulier en zone euro».

Mesures 'ciblées'


L'ancienne patronne du Fonds monétaire international a même suggéré une mesure - «des garanties sur les crédits» - et un calendrier, en renvoyant à la réunion de l'Eurogroupe lundi prochain.

Les places boursières, qui attendaient beaucoup de la BCE, ont violemment réagi et perdaient jusqu'à 10% en Europe dans l'après-midi, portant leur dégringolade depuis la mi-février à environ 30%.

Du côté des analystes, l'accueil est plus positif: «il est hautement douteux qu'un quelconque bazooka», c'est-à-dire une décision plus forte de la BCE, aurait aidé face au coronavirus, observe Carsten Brzeski, de la banque ING.

A la place, l'institut de Francfort a opté pour «une collection» de mesures «ciblées mais plus restreintes» que celles de la Réserve fédérale américaine ou la Banque d'Angleterre, qui ont toutes deux baissé leurs taux.

Il s'agit avant tout «de désamorcer les problèmes de liquidités des banques ou des PME liés à la crise», a résumé Clemens Fuest, de l'institut allemand IFO.

Dans le détail, l'institut a lancé un programme de prêts ciblés sur les PME, pour que les banques aident les entreprises frappées par l'épidémie à boucler leurs fins de mois. L'objectif est d'éviter une vague de faillites, qui aurait des conséquences sociales catastrophiques.

L'Italie sous pression


Par ailleurs, la BCE a annoncé qu'elle dépenserait 120 milliards d'euros supplémentaires d'ici la fin de l'année pour acheter de la dette, particulièrement celle «du secteur privé». Cet effort vient renforcer le programme relancé en novembre et portant déjà sur l'achat de 20 milliards d'euros d'actifs publics et privés par mois.

Enfin, dans un communiqué distinct, l'institut a annoncé autoriser les banques sous sa supervision à s'affranchir temporairement des exigences de fonds propres et de liquidité en vigueur.

Le but est que les établissements financiers, eux-mêmes sous pression, «puissent continuer à jouer leur rôle dans le financement de l'économie réelle à mesure que les effets économiques du coronavirus deviendront apparents», souligne la BCE.

Face à la presse, Mme Lagarde a souligné l'incertitude sur l'impact de l'épidémie, qui devrait être un choc «temporaire» si «les bonnes mesures sont prises par l'ensemble des acteurs».

Alors que l'Italie est de loin le pays européen le plus touché par la crise, elle a expliqué que les décisions de la BCE pourraient «aider» le pays. Mais elle n'a évoqué aucune réponse ciblée, malgré l'appel du pied la veille du ministre italien de l'Economie.

«Nous ne sommes pas là pour combler les spreads, ce n'est pas la fonction ou la mission de la BCE», a-t-elle déclaré, par référence à la montée en flèche de la dette italienne sur le marché obligataire.

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