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Coronavirus: l'Italie tente de réagir face à une récession record

L'Italie tente de sauver son économie mise à genoux par la crise du coronavirus: le gouvernement a présenté jeudi au parlement un nouveau paquet d'aides, redoutant une récession de plus de 10%, encore plus forte que celle envisagée jusqu'alors.

Dans le Nord de l'Italien, la Lombardie, la Vénétie et l'Emilie-Romagne représentent à elles seules 45% du PIB national.

Crédits: AFP

Troisième économie de la zone euro, la péninsule, frappée de plein fouet par la pandémie avec quelque 28.000 morts, enregistre un résultat particulièrement désastreux, avec un recul de 4,8% de son PIB au premier trimestre, contre une moyenne de 3,8% dans la zone euro.

C'est en Italie que l'épidémie a touché l'Europe en premier, en plein dans le coeur économique de la péninsule: la Lombardie, la Vénétie et l'Emilie-Romagne. Ces trois régions du nord, qui représentent à elles seules 45% du PIB national, concentrent des activités tournées vers l'exportation, comme l'automobile et le luxe.

Les Italiens sont confinés depuis le 10 mars, tandis qu'à partir du 22 mars toutes les activités productives jugées non indispensables ont dû être stoppées, paralysant le tissu économique.

Depuis une dizaine de jours, les entreprises reprennent peu à peu leurs activités, mais de manière encore extrêmement limitée.

Le Premier ministre Giuseppe Conte est venu présenter aux parlementaires les modifications de prévisions budgétaires, avec un creusement de 55 milliards d'euros du déficit et un paquet d'aides supplémentaires pour soutenir les revenus et l'emploi (25 milliards d'euros) et les entreprises (15 milliards).

La nouvelle loi de finance table sur une contraction de 8% du PIB en 2020, avec un rebond espéré au dernier trimestre.

Mais Giuseppe Conte n'a pas écarté un scénario plus noir en cas de "persistance du virus", avec une récession pouvant aller au-delà de -10%, a-t-il prévenu.

Un chiffre jusqu'alors jamais évoqué par le gouvernement, qui donne "la mesure de la gravité du scénario".

Dans ses dernières prévisions de croissance, le Fonds monétaire international tablait sur une contraction du PIB de 9,1% cette année.

Au seul premier trimestre, le Produit intérieur brut a chuté de 4,7% par rapport à la période précédente, a annoncé jeudi l'Institut national des statistiques Istat.

Chômage en trompe-l'oeil


Et la baisse de 0,9 point du chômage en mars (8,4%) n'est qu'un trompe-l'oeil: ce chiffre ne prend en compte que les personnes en recherche active d'emploi et non ceux qui l'ont interrompue en raison de l'arrêt quasi total de l'économie ou du confinement. Dans le même temps, le nombre d'inactifs a progressé de 2,3%, selon l'Istat.

Pour prendre sa décision mardi d'abaisser sa note sur la dette italienne à BBB- avec perspective stable, l'agence Fitch s'est appuyée sur le scénario d'une récession de 8%.

"Les fondamentaux de l'économie et des finances publiques italiennes sont solides", a alors réagi le ministère italien des Finances.

Avec cette note dégradée, Fitch place la dette souveraine italienne un cran au-dessus de la catégorie spéculative ("junk"), une décision qu'avait prise Moody's en octobre 2018, avant même la crise du coronavirus.

Ces notes ont une importance cruciale pour les Etats, car elles influent sur le montant des taux auxquels ils peuvent emprunter pour financer leur dette.

La semaine dernière, l'agence Standard and Poor's avait maintenu sa note à BBB, avec perspectives négatives.

A l'appui de cette décision qui avait surpris certains analystes, Standard and Poor's avait relevé un endettement privé parmi "les plus bas du G7" et les vertus d'une "économie diversifiée et riche".

L'agence prévoyait aussi "que la majeure partie de la dette souveraine italienne nouvellement créée cette année à la suite de la pandémie sera achetée par la BCE", dans le cadre du soutien aux économies européennes.

Selon les prévisions officielles, le déficit public va grimper à 10,4% du PIB, contre 2,2% anticipé avant l'éclatement de la pandémie et 1,6% enregistré en 2019. La dette publique devrait elle bondir à 155,7% du PIB cette année, contre 135,2% prévu avant l'épidémie, et 134,8% enregistré en 2019.

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