Bilan

Crise: la résistance s’organise

Alors que les mesures liées au Covid-19 malmènent l’économie, bilan publie des chiffres inédits en Suisse romande et présente plusieurs initiatives qui entendent aider à affronter la tempête. Par Jean-Philippe Buchs, Rebecca Garcia et Julie Müller

Message de prévention sur la statue de Freddie Mercury, du groupe Queen, à Montreux.

Crédits: Jean-Christophe Bott/Keystone

Comment aider les commerces et les PME?

Depuis la mi-mars, les initiatives se multiplient: création de plateformes web, conseils juridiques, soutien informatique, suspension des loyers commerciaux, etc. 

Face à la pandémie de coronavirus qui aura un impact considérable sur l’ensemble de l’économie helvétique, les initiatives se multiplient en faveur des acteurs qui ont dû suspendre leurs activités en raison de la décision du Conseil fédéral ainsi que pour soutenir les PME. Objectif: leur permettre d’obtenir des liquidités, de surseoir au paiement de prestations et de recevoir des réponses concrètes à leurs diverses interrogations (informatique, travail, etc.).

Pour aider les commerçants de proximité durant cette période de fermeture où aucun client ne peut leur rendre visite, de nombreuses actions ont été lancées depuis la mi-mars. En Suisse romande, les sections de la Jeune Chambre internationale (JCI) sont très actives. Réunissant des entrepreneurs locaux, elles ont créé des sites web destinés aux commerçants, restaurateurs, instituts de beauté, salons de coiffure, etc. de leur région afin de leur permettre de vendre des bons d’achat qui pourront être utilisés ultérieurement par leurs acquéreurs. «Nous couvrons la plus grande partie de la Suisse romande. Plus de 1500 commerçants figurent sur nos douze plateformes et des bons pour un montant d’environ 350 000 francs ont déjà été achetés», affirme Arnaud Grand, responsable de projet à la JCI Riviera.

De son côté, l’e-commerçant vaudois QoQa a lancé un site dédié, lui aussi, à permettre aux acteurs de vendre des bons d’achat. Son originalité tient au fait que les consommateurs et les commerçants profitent en commun de l’offre en ligne. «Quand tu achètes un bon de 100 francs, on t’offre un rabais de 10% (tu le paies donc 90 francs), puis on reverse encore 20% de bonus au commerçant. Ce dernier touchera donc 120 francs, et toi tu auras économisé 10 francs!», indique QoQa. Cette opération est soutenue par la Fondation Groupe Mutuel et la Vaudoise Assurances qui contribuent chacun à hauteur de 1 million de francs. De même, pour aider les commerces locaux, la Ville de Sion ne prélèvera aucune taxe sur les terrasses entre le 1er mars et le 30 juin ni n’encaissera les abonnements de parking. A Saint-Imier, dans le Jura bernois, le Conseil municipal propose aux indépendants, artisans et commerçants des prêts uniques de 5000 francs remboursables sur dix ans.

La plateforme DireQt a été créée afin de soutenir les commerçants locaux via des bons d’achat. (Crédits: Dr)

Loyers non facturés

Avec les salaires, les loyers constituent une charge importante pour les PME et les commerçants. Pour les épauler dans cette période difficile où ils luttent pour leur survie, plusieurs villes romandes dont Genève, Lausanne, Sion et Neuchâtel ont décidé de renoncer à l’encaissement de loyers commerciaux. A Sion, la Municipalité ne les facturera pas pour les mois de mars et d’avril. Elle encourage par ailleurs les acteurs privés à trouver des solutions avec leurs locataires.

Dans le chef-lieu du canton de Vaud, la Société coopérative des commerçants lausannois (SCCL), qui est propriétaire de baux commerciaux, a décidé d’annuler les loyers d’avril. Cette mesure pourrait être reconduite si les activités ne reprennent pas avant la fin de ce mois. «Une exonération du paiement des loyers commerciaux est une mesure capitale pour leur survie. Par esprit d’entraide, la SCCL appelle solennellement tous les propriétaires de locaux commerciaux à annuler leurs loyers pour toute la période touchée par l’obligation de fermeture des commerces.» Gestionnaire du fonds Bonhôte-Immobilier, la Banque Bonhôte a annoncé, elle aussi, à ses locataires «ayant des activités commerciales indépendantes» qu’elle renonçait aux loyers du mois d’avril.

Conseils d’experts

Actuellement, les chefs d’entreprise se posent tous la même question: Que faire? Damien Hottelier, directeur d’une étude d’avocats du même nom à Monthey (VS), tente d’y répondre au moyen d’un formulaire en ligne gratuit, sous le nom de sos-pme.ch. Interactif, le questionnaire redirige le répondant en fonction des réponses données vers des informations juridiques, des ressources humaines ou financières. Le but étant de guider les entrepreneurs pour qu’ils obtiennent des liquidités avec les outils adéquats, de les aiguiller vers la protection des tribunaux qui leur est nécessaire (type le sursis concordataire) et, enfin, de les aider à retrouver un bilan sain après la crise. En ligne depuis quelques jours, le formulaire a déjà été utilisé par près de 3000 personnes mais sera encore amené à évoluer grâce à plusieurs mises à jour.

Des professionnels se proposent aussi d’épauler les commerçants au niveau plus stratégique. Par exemple, le cabinet Swiss House of Brands offre ses services pour établir un plan B. Totalement gratuit, ce téléconseil a déjà intéressé plusieurs entreprises, notamment dans l’horlogerie. De son côté, François Dufond, directeur financier sur mandat et fondateur de MySwissCFO, se met également à disposition pour constituer un dossier de demande d’aide financière. «J’accompagne volontiers ceux et celles pour qui toutes ces démarches relèvent de l’inconnu. On peut tenir un commerce sans forcément connaître toutes ces procédures, c’est là que je peux me rendre utile», précise l’expert. A distance, François Dufond conseille, effectue un tri entre les dettes immédiates et celles qui peuvent être reportées et assiste l’entreprise pour l’établissement de la paperasse administrative destinée aux banques.

La Ville de Sion ne prélèvera aucune taxe sur les terrasses de mars à juin (photo d’archives). (Crédits: Dr)

Solutions informatiques

Dans cette phase critique, les clubs d’entrepreneurs apportent à leur tour un soutien précieux. Créé en octobre dernier, le club Cartonner regroupe près de 200 patrons romands qui, aujourd’hui plus que jamais, recherchent des solutions. «Nous vivons une ère où seuls ceux qui se tournent vers une transformation digitale vont survivre. Le problème, c’est que les petits entrepreneurs n’ont pas les moyens pour des actions coûteuses. On essaie de leur recommander d’autres solutions à leur portée», souligne Giuseppe Barresi, initiateur du club. Pour cela, des rendez-vous virtuels et quotidiens ont été mis en place afin d’échanger, et des contenus et ressources sont envoyés, toujours sans frais, deux fois par semaine aux membres.

Autre club, même but: l’idée de partage. Swiss Starter, devenue une association il y a tout juste deux mois, compte plus de 500 entrepreneurs et cherche à créer un réseau d’entraide. «Nous allons essayer d’organiser un événement hebdomadaire avec une thématique différente chaque fois afin d’informer les patrons d’entreprise», indique son fondateur Jonathan Pfister. Début avril, la visioconférence réunissait cinq avocats d’une étude lausannoise répondant aux questions de droit du bail, droit administratif ou encore droit des sociétés.

Autre enjeu: la sécurité des données, primordiale quand chacun travaille depuis chez soi. Pour aider les services informatiques des différentes entreprises, WISeKey offre son application WISeID gratuitement. Elle permet de créer des certificats digitaux pour protéger les e-mails. Le spécialiste en cybersécurité estime que ce cryptage évite bien des soucis à l’heure où les hack-ers tentent de pirater des entreprises qui n’étaient pas prêtes à un tel mode de travail. Selon son fondateur et CEO Carlos Moreira, cette application «va au moins prévenir le développement d’attaques opportunistes».

De son côté, AiM Services propose du soutien informatique pour les autres entreprises. Elle dispense également des formations dans ce domaine. L’initiative provient d’employés impactés par le chômage partiel. Ils ont décidé de mettre leurs connaissances au profit d’autres corps de métier, et notamment des médecins.

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix BZ du journalisme local 1991, Prix Jean Dumur 1998, AgroPrix 2005 et 2019.

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