Bilan

Fribourg, un rapport un peu trop flatteur

Une étude présente un canton compétitif et innovant. Elle doit permettre aux entreprises internationales de justifier leurs activités sur le territoire fribourgeois.

L’auteur de l’étude récuse toute volonté de dresser un portrait trop favorable de Fribourg.

Crédits: Laurent Crottet

Forte capacité d’innovation, excellente qualité de vie, de l’enseignement et de l’administration publique, taux de création d’emplois supérieur à la moyenne helvétique, contexte institutionnel favorable à la promotion de l’économie, localisation stratégique au cœur de la Suisse, etc.: à en croire le professeur Philippe Gugler, le canton de Fribourg ne manque pas d’atouts. Il se classe au 5e rang des cantons qui exportent le plus, au 8e rang pour les brevets déposés auprès de l’Office européen des brevets, au 9e rang de la création de nouvelles entreprises, au 10e rang en termes de création de valeur ajoutée par emploi. Dans son étude consacrée à la compétitivité entrepreneuriale et territoriale de sa région, le directeur du Centre de recherche sur la compétitivité de l’Université de Fribourg en dresse un tableau pour le moins élogieux. Voir trop flatteur?

Au niveau de l’imposition des bénéfices des personnes morales, Fribourg ne se classe qu’autour de la 15e place avec un taux de 13,72% (avec RFFA). Dans le domaine de l’innovation, il ne figure qu’au 19e rang d’un classement établi par UBS. La création de startups est faible et, de l’avis de plusieurs acteurs académiques et économiques, le soutien à l’innovation est insuffisant. Fondateur du Parc technologique du Vivier dans la Glâne, l’entrepreneur Christophe Fragnière estime qu’il faut lancer un fonds de cautionnement de 100 millions de francs (lire notre édition du 7 juin 2017).

L’effet Richemont

La position favorable du canton dans le commerce extérieur est aussi à relativiser. La présence du groupe Richemont à Villars-sur-Glâne fausse beaucoup la réalité. «Une grande entreprise de produits de luxe entretient son centre administratif dans le canton, alors que la production afférente aux exportations
est faite dans d’autres cantons. La valeur ajoutée qui en découle n’est donc pas créée sur le sol fribourgeois», indiquait Jonathan Massonnet, alors maître-assistant à l’Université de Fribourg, dans une étude publiée en 2011.

A l’origine de cette étude: Fribourg International. Cette association, qui sert de plateforme d’échanges et de rencontres aux acteurs économiques dont l’activité revêt un caractère international, a sollicité Philippe Gugler pour qu’il se penche sur la question de la compétitivité en raison des remises en question permanentes de la localisation des activités des multinationales présentes dans le canton. Avec 49 entreprises «à orientation extérieure» comptabilisant environ 22 000 emplois, soit 19% de l’emploi total (calculé en équivalents plein-temps), cette branche joue un rôle important.

«Les résultats de cette analyse constituent une base de données quantitative et scientifique solide qui permettra à nos membres de mesurer les avantages comparatifs du canton de Fribourg et de justifier le maintien de leurs activités sur ce territoire», affirme Olivier Vavasseur, président de Fribourg International.

Philippe Gugler récuse toute volonté de brosser un portrait trop favorable du canton de Fribourg. «Notre étude se concentre sur l’approche souhaitée par Fribourg International qui est par ailleurs clairement notifiée. Il n’en demeure pas moins que même si nous avons mis l’accent sur les avantages, nous n’avons mis de côté aucune donnée quantitative potentiellement désavantageuse. Elles sont toutes examinées dans notre analyse», insiste le professeur fribourgeois.

Une autre étude s’annonce

De son côté, la Chambre de commerce et d’industrie du canton de Fribourg publiera prochainement un autre rapport sur l’économie régionale.

«Celui-ci ne contredira pas les conclusions de l’étude de M. Gugler, mais il émettra néanmoins quelques signaux d’alerte», relève son conseiller économique Philippe Gumy.

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

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