Bilan

Genève Aéroport rayonne

Dans un mois, les Genevois seront amenés à décider s’ils veulent «reprendre en main» l’aéroport. C’est oublier que la Suisse romande dépend aussi de cette infrastructure.

  • L’aéroport génère plus de 4 milliards de francs de valeur ajoutée.

    Crédits: Geneve Aéroport
  • 17,7 millions de passagers en 2018, dont plus de 4 millions de touristes.

    Crédits: Magali Girardin

Les grands chiffres sont connus: l’Aéroport international de Genève a accueilli 17,7 millions de passagers l’an dernier. Il a réalisé un chiffre d’affaires proche du demi-milliard de francs et un bénéfice net de 85,1 millions. Afin de mesurer l’impact économique direct et indirect de Genève Aéroport, les instituts de recherche indépendants INFRAS et BAK Economics ont été mandatés pour mener une vaste étude à partir des données de 2016.

Voici la synthèse des résultats de cette étude rendue voilà près de deux ans. Première précision: si Genève Aéroport cessait d’exister, tous les effets directs disparaîtraient. Les entreprises basées à Genève Aéroport employaient 10 800 personnes en 2016. Cela équivaut à quelque 3% de l’emploi total du canton. En termes de valeur ajoutée, les entreprises basées à l’aéroport ont généré 1,5 milliard de francs en 2016. Quant à l’effet indirect, il mesure l’effet généré par la production de biens intermédiaires pour l’aéroport. Si Genève Aéroport cessait d’exister, l’effet indirect serait perdu «dans la mesure où les fournisseurs des entreprises travaillant à l’aéroport ne peuvent pas remplacer les clients de l’aéroport par d’autres clients».

A travers la demande de biens intermédiaires en Suisse et en France voisine, les activités économiques des entreprises travaillant à l’aéroport sont indirectement liées à 3400 emplois. En termes de valeur ajoutée, elles ont généré 0,4 milliard de francs d’effet indirect. Aux effets directs et indirects, les experts de ces deux instituts de recherche ajoutent l’effet induit. En effet, les revenus générés par les effets directs et indirects sont dépensés à leur tour, par exemple dans des services de location, des épiceries, des services de transport, des événements culturels, etc. L’effet induit montre un effet multiplicateur.

Ainsi, en tenant compte des dépenses du revenu généré dans les effets directs et indirects, 19 400 autres employés et 2,2 milliards de francs de valeur ajoutée sont encore liés à l’aéroport. Voilà comment, au final, les experts arrivent à un total de 33 600 emplois et 4,1 milliards de francs de valeur ajoutée. «Selon nos estimations, nous attribuons 30% de l’effet induit au canton de Genève, 20% à la France voisine, et 50% au reste de la Suisse», selon INFRAS.

Facteur de l’accessibilité

Second volet de cette étude: l’importance de l’accessibilité. En tant que centre d’affaires, de commerce et de la finance, Genève abrite de nombreux sièges sociaux d’entreprises et d’organisations internationales. Personne ne nie le fait que la haute accessibilité de Genève depuis les quatre coins du monde est cruciale pour ces acteurs. «Le fait d’avoir une part de plus de 55% de secteurs de pointe et tournés vers l’exportation montre clairement que l’accessibilité est importante pour l’économie genevoise, résume le rapport. Une accessibilité élevée réduit les coûts des voyages d’affaires pour les employés, les clients, les fournisseurs et les partenaires d’affaires.»

Les experts ont mesuré l’accessibilité continentale de Genève et de la Suisse. Il en ressort qu’avec 135,5 points d’indice, Genève est largement au-dessus de la moyenne des régions européennes et fait partie des 10 meilleurs pour cent des 414 régions européennes analysées. Par rapport à ses rivaux de proximité, Genève affiche près de 14 points de plus que Lyon. En Suisse, seules les villes de Zurich et de Winterthour présentent une meilleure accessibilité continentale. Genève bat à la fois Bâle et Berne.

Les entreprises basées à Genève Aéroport emploient 10 800 personnes (chiffre de 2016). (Crédits: Lucien Fortunati)

«Une accessibilité de telle qualité ne saurait exister sans le concours d’un puissant aéroport.» Sur les 135,5 points, 126 dépendent directement des services aériens. Les voyageurs du canton de Vaud et du département de Haute-Savoie atteignent plus rapidement plus de 100 destinations mondiales sur 138 en s’enregistrant à Genève Aéroport. En ce qui concerne les voyageurs du Valais, de Savoie, du Jura (F), de Neuchâtel et de Fribourg, c’est également valable pour environ la moitié des destinations mondiales (…).

Dans le classement des régions européennes, Genève perdrait 207 places pour terminer à la 251e position si son aéroport cessait d’exister, un classement inférieur à la moyenne de toutes les régions européennes et largement loin derrière ses concurrentes. Autrement dit, comme le confirment ces scientifiques indépendants, l’attractivité de Genève serait nettement mise à mal. «Un voyage de quatre heures aller est plus ou moins le temps maximum qu’une personne raisonnable consacrera à son déplacement dans le cadre d’un voyage d’affaires d’une journée. Sans Genève Aéroport, la part des activités économiques atteignables en quatre heures tombe à moins de 20%.»

Retombées du tourisme

Dernier volet intéressant de cette étude: l’impact de l’aéroport sur le tourisme. En 2016, on a estimé à 4,1 millions le nombre de touristes arrivant à Genève Aéroport, ce qui équivaut à 11 000 touristes entrants par jour. L’étude indique qu’environ 45% des touristes en question dorment ensuite sur Genève. Pour le reste du pays, 15% de toutes les arrivées de visiteurs passent par Genève Aéroport. On estime qu’approximativement 1,4 million d’arrivées en hébergement dans les régions Auvergne - Rhône-Alpes et Bourgogne - Franche-Comté sont générées par des visiteurs étrangers empruntant Genève Aéroport.

Ces arrivées de touristes génèrent des recettes. Dans le canton de Genève, celles-ci représentaient 716 millions en 2016. En cumulant ces recettes à celles qui sont effectuées dans le reste de la Suisse et en France voisine, les experts arrivent à un montant total estimé à 1,6 milliard de francs en 2016. A noter que les visiteurs asiatiques gagnent en importance et génèrent 17% des recettes touristiques sur Genève et 27% dans le reste de la Suisse.

Relevons qu’une publication de la Faculté des sciences économiques et sociales de l’Université de Genève parvenait aux mêmes conclusions en 1959 déjà! «Il est juste de reconnaître d’emblée que l’Aéroport de Cointrin a contribué à consolider la position de Genève comme centre international, à y attirer de nouvelles entreprises et à stimuler l’industrie du tourisme tout alentour» (p. 18-19, L’Aéroport de Genève et son développement, Librairie de l’Université; Georg & Cie; 1959). En revanche, la dernière phrase de la conclusion ne semble plus d’actualité: «Il est encourageant de savoir qu’il serait possible, en cas de besoin, d’établir sans difficulté majeure une seconde piste dont l’axe serait parallèle à celui de la piste actuelle.» Les auteurs faisaient référence à un message du Conseil fédéral du 28 juin 1957.

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

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Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

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