Bilan

Le climat s’invite aux assemblées générales

La Fondation Ethos et l’association Actares militent pour que les rémunérations des grands patrons soient en lien avec les performances environnementales de leur société.

L’AG des actionnaires de Credit Suisse promet d’être très animée.

Crédits: Ennio Leanza/Keystone

Après la rue et les élections fédérales, la lutte contre le réchauffement climatique s’invitera aux assemblées générales des actionnaires des sociétés cotées à la Bourse suisse, pour autant qu’elles puissent avoir lieu en raison de l’interdiction de tout rassemblement de plus de 1000 personnes.

Tant Ethos, fondation spécialisée dans l’investissement socialement responsable, qu’Actares, association qui milite pour une économie durable, se battront cette année comme l’an dernier pour que les acteurs économiques agissent en faveur de la protection de l’environnement. «Le changement climatique est un enjeu majeur. Nous enjoignons leurs dirigeants à fixer des objectifs ambitieux, mesurables et révisables de réduction des émissions polluantes», insiste Roger Said, codirecteur d’Actares. «Ils doivent non seulement prendre des engagements, mais surtout viser à ce que ceux-ci se concrétisent sur le terrain avec des objectifs quantifiables afin que nous puissions surveiller la cohérence de leurs discours», insiste Vincent Kaufmann, directeur d’Ethos qui regroupe 221 caisses de pension.

Les banques et les assurances ont un rôle à jouer. «L’impact de la place financière suisse est important en matière de changement climatique. Ses acteurs peuvent limiter leur financement, leurs investissements et les contrats d’assurance avec des entreprises qui contribuent le plus au réchauffement de la planète», affirme Vincent Kaufmann. Par exemple, il n’est pas acceptable, affirme-t-il, que Zurich Insurance assure au Canada des pipelines transportant le pétrole issu des sables bitumineux. Le directeur d’Ethos exige que les banques et les assurances fassent preuve de davantage de responsabilité et de transparence en matière d’environnement.

Un avis partagé par le codirecteur d’Actares. La politique en matière climatique concerne évidemment toutes les entreprises. «Prenez LafargeHolcim. L’élaboration du ciment et du béton émet beaucoup de CO₂. Cette multinationale doit innover pour réduire les émissions de gaz à effet de serre dans ses activités», réclame Roger Said.

Prendre en compte des objectifs de durabilité

Et si les grands patrons étaient rétribués à la fois en fonction des performances financières de leurs entreprises et des résultats obtenus en matière de protection de l’environnement? «Nous demandons aux sociétés d’établir un lien entre une partie de la rémunération variable de leurs dirigeants et leurs objectifs de réduction des émissions de CO₂», indique Vincent Kaufmann. Selon une étude d’Actares publiée en 2017, douze multinationales cotées au SMI, sur les dix-sept qui ont répondu à l’enquête, ont affirmé que leur politique de rémunération prenait en compte des objectifs de durabilité. Mais seules sept fixent des buts concrets: ils sont évalués de manière quantitative dans quatre cas et de manière qualitative dans trois cas.

La question des salaires se posera aussi pour une autre raison, notamment lors de l’assemblée générale des actionnaires de Credit Suisse qui promet d’être très animée. Le parachute doré qu’aurait touché son directeur général Tidjane Thiam pour quitter l’institut zurichois interpellera les actionnaires. Même si l’ordonnance du Conseil fédéral qui met en œuvre l’initiative Minder contre les rémunérations abusives interdit cette pratique, les juristes font preuve d’imagination pour trouver des parades, par exemple en inscrivant dans les statuts des clauses de non-concurrence. Or, sept ans après son adoption par le peuple, le Parlement n’a toujours pas bouclé l’examen de la nouvelle législation sur la société anonyme qui doit transférer les principes de l’initiative dans une loi.

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix BZ du journalisme local 1991, Prix Jean Dumur 1998, AgroPrix 2005 et 2019.

Du même auteur:

Comment l’Institut de Glion se développe en Gruyère
Le nouveau défi de Bernard Lehmann

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."