Bilan

Le guide du bon déconfinement pour les entreprises

Le Covid-19 a provoqué un choc entre la santé et l’économie. Les différents gouvernements cherchent des solutions et s’attellent à déconfiner pour permettre au monde de tourner à nouveau. Entretien avec trois experts d’International SOS, qui livrent leurs conseils.

Crédits: DR

Dans beaucoup de pays du monde, les plans de déconfinement se dévoilent. La population s’impatiente, les discussions de cafés transposées sur les réseaux sociaux vont bon train sur la meilleure manière de retourner à «la vie normale». Trois experts d’International SOS, société spécialisée dans la gestion des risques médicaux et de sécurité, ont répondu aux questions de Bilan.

Gautier Porot est le directeur sécurité, il conseille les clients en matière de résilience opérationnelle et soutien la gestion de leur crise là où ils opèrent. Philippe Guibert le Directeur Médical Régional Consulting Santé en charge de l’activité conseil, sécurité et santé pour l’Europe et Cédric Fraissinet est Directeur Général en Suisse et en Italie. Tous les trois ont suivi de près l’avancée de la crise sanitaire.

Quelle est la situation de la Suisse ?

Philippe Guibert: Il semble que le premier pic soit passé en Suisse, si l’on regarde la moyenne des quinze derniers jours (NDLR: l’interview a été réalisée le 27 avril). Nous tournons à 200 cas par jour alors que nous étions à plus de mille au pire de la crise. Il faut prendre des décisions de déconfinement mais aussi faire attention, car ce n’est pas parce que le nombre de cas diminue qu’il faut cesser les mesures.

Crédits: International SOS.

Que faut-il désormais faire?

Philippe Guibert: Jusqu’à maintenant, nous étions dans un confinement collectif. Là, il s’agit d’un confinement individuel. C’est très important de suivre les gestes barrières. Cela commence par respecter la distanciation sociale, puisqu’une personne sans symptôme peut transmettre le virus sans le savoir. Ensuite le port des masques va participer de manière importante à endiguer la propagation du Covid-19. Ils servent à se protéger soi-même mais aussi à protéger les autres. Aussi, le lavage de mains est hyper important.

Comment s’articule la reprise, notamment du point de vue des voyages d’affaires?

Gautier Porot: D’après les prévisions, le secteur aérien est l’un des plus touchés, que ce soit au niveau du tourisme de masse et d’affaires. Il y a des conditions à mettre en place pour que les vols puissent recommencer, et tout dépend de la condition et de l’état sanitaire du pays de départ et d’accueil. Le tourisme d’affaires peut totalement être repensé, et les entreprises se posent la question de la pertinence des voyages. Il en existe encore aujourd’hui, mais il s’agit de déplacements critiques pour les affaires, et sont soumis à des autorisations spéciales.

Au sein des entreprises, que faut-il mettre en place?

Philippe Guibert: L’organisation du travail est primordiale. Le port de masques ainsi que le nettoyage des locaux sont des mesures relativement faciles à mettre en place. Ce qui est plus difficile est de respecter la distanciation. Il y a le travail à domicile qui est possible, mais il y a plein de questions logistiques qui sont posées. Certaines entreprises mettent en place des dépistages à l’entrée, que ce soit à travers des questionnaires ou des prises de température. Quand une personne a de la fièvre, c’est très évocateur du coronavirus mais ce n’est pas fiable à 100%.

Il y a tout un arsenal à disposition, à chacun de se l’approprier. Il y a la possibilité d’ouvrir un guichet sur deux, d’utiliser des écrans, des barrières en plexiglas, des masques, du gel hydroalcoolique, digitaliser au maximum, rester le plus distant possible… c’est à chaque profession de s’approprier les bons gestes. Nous n’avons pas le choix, puisque le virus va circuler pendant longtemps. Soit nous développons une immunité collective ou alors un vaccin. Il faut comprendre que le normal d’avant ne sera pas le normal d’aujourd’hui tant que nous ne développons pas une immunité collective ou alors nous sommes vaccinés.

Nous avons vu que les mesures de confinement qui semblaient lourdes ont porté leurs fruits en Suisse. Nous avons pu diminuer la transmission, casser la chaîne. Il y a eu plusieurs degrés de confinement: le Royaume-Uni a par exemple été plus lâche au début tandis que la Suisse a mis en place un bon suivi et prolongé le confinement.

Les deux ou trois prochains mois seront une période d’observation et de réaction. Les gouvernements sont sensibles à différents indicateurs, comme le nombre de nouveaux cas journaliers. Si ce nombre augmente, il faudra reprendre des mesures.

Les multinationales ont-elles une situation différente?

Cédric Fraissinet: La difficulté est de gérer en parallèle les degrés d’avancement de la crise en fonction des zones géographiques. Les filiales locales des entreprises que nous soutenons sont impactées de manière différente. Nous voyons le retour au travail dans plusieurs pays d’Asie, la préparation au déconfinement en Europe, alors que les Etats-Unis semblent être encore dans la première phase de la crise et que l’on anticipe une probable accélération en Afrique.

Gautier Porot: Une crise multi-sites demande beaucoup d’attention et un plan à long terme. Il faut réfléchir où l’on peut agir. Où l’on peut continuer à capitaliser et où ce n’est plus possible. La veille signifie aussi que la reprise peut intervenir à tout moment. Les entreprises organisées par silos vont beaucoup souffrir.

Comment gérer cette tension entre l’économie et la santé?

Cédric Fraissinet: Le monde économique suisse ne doit pas forcément s’arrêter. Dans cette crise très particulière, la santé est un facteur déterminant de la reprise d’activité de nos entreprises et donc de l’économie suisse. Protéger la santé de ses collaborateurs et leur permettre de revenir travailler sereinement c’est protéger son business. Dans beaucoup de secteurs économiques cette reprise d’activité est parfaitement possible.

Cependant si les principes de protection sont simples, leur mise en œuvre est souvent complexe et nécessite une expertise et des ressources que les entreprises n’ont pas toujours. Le diable est dans les détails. C’est là que nous intervenons. Les entreprises qui sauront s’adapter les premières à ces contraintes nouvelles développeront un avantage compétitif significatif. C’est pour cela que nous intervenons très souvent au niveau stratégique des organisations pour qui nous travaillons. En ce moment il faut notamment faire attention à la santé mentale des collaborateurs. C’est une période stressante.

Philippe Guibert: Ces aides ne sont pas mises en place que pour des situations graves. Les moments de stress sont gérés de manière individuelle aujourd’hui, et plus durant une discussion libre devant la machine à café. C’est primordial que les gens se sentent accompagnés. Pour cela nous mettons en place des hotlines dédiées.

Que peut-on tirer de cette crise? Qu’a-t-on appris et que va-t-il se passer ?

Gautier Porot: L’approche que nous avons eue avec nos clients tout au long de la crise a été d’identifier non seulement les risques liés au voyage, mais aussi les risques indigènes à chaque région. La capacité d’adaptation et la mise en place des mesures contre-intuitives ont été clés. Beaucoup de celles et ceux à qui j’ai parlé et que j'ai conseillés en début de crise n’avaient tout simplement pas de plan de crise en place, alors que normalement tout doit se faire en amont de ce type de situation. Mais à chaque fois nous avons réussi à rapidement stabiliser ces organisations.

La deuxième phase est le retour au travail ainsi que la compréhension du prochain «nouveau normal». Il faut continuer à renforcer la résilience des entreprises. Il faut être attentif aux marchés, aux autorités gouvernementales, à l’information média, mais aussi et surtout à la santé mentale des collaborateurs. Les entreprises devraient communiquer juste ce qu’il faut, de manière proportionnelle et limitée afin de ne pas noyer leurs employés dans de la contre-information. Une autre question importante est de savoiri «avec qui peut-on travailler et faire des affaires?». Cette crise n’est pas au même stade pour tout le monde.

Pour faciliter la planification prévisionnelle de nos clients, nous avons créé des matrices de décision par pays, suivant l’état, la situation du Covid-19, vers quoi le pays se dirige… Il est fort probable que certaines industries subiront d’importantes pertes financières qui elles-même engendreront la mise en place de mesures organisationnelles drastiques.

Dans ce «nouveau-normal» certaines, les entreprises doivent être capables de se réinventer, se repenser et réfléchir de quoi demain sera fait. Une phase essentielle, souvent oubliée et volontairement ignorée des entreprises - car fastidieuse après un temps de crise - est la réforme de leur organisation. Elle doit passer par une rétrospective transverse et transparente des dysfonctionnements internes. De ces leçons doivent découler des réformes organisationnelles courageuses et, au besoin, une réorganisation audacieuse. Enfin, cette nouvelle architecture interne doit être testée tous les six mois par des exercices de simulation de crise pour s’assurer de sa solidité et de son interopérabilité.

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Rebecca Garcia

JOURNALISTE À BILAN

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Rebecca Garcia a tout juste connu la connexion internet coupée à chaque téléphone. Elle a grandi avec la digitalisation, l’innovation et Claire Chazal. Elle fait ses premiers pas en journalisme sportif, avant de bifurquer par hasard vers la radio. Elle commence et termine ensuite son Master en journalisme et communication dans son canton de Neuchâtel, qu’elle représente (plus ou moins) fièrement à l’aide de son accent. Grâce à ses études, elle découvre durant 2 mois le quotidien d’une télévision locale, à travers un stage à Canal 9.

A Bilan depuis 2018, en tant que rédactrice web et vidéo, elle s’intéresse particulièrement aux nouvelles technologies, aux sujets de société, au business du sport et aux jeux vidéo.

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