Bilan

Le Tessin: entre agritourisme, saveurs et barrages

Tout au long de l'été, Bilan vous emmène à la découverte du tourisme industriel et économique suisse. Usines, campus scientifiques, barrages, mais aussi fermes agricoles et domaines viticoles, musées techniques et technologiques: une autre manière de (re)découvrir notre pays. Première étape ce vendredi 26 juin: le Tessin.

Le barrage de Robiei, à près de 2000m d'altitude, se visite comme d'autres ouvrages hydroélectriques du Tessin.

Crédits: Ticino Turismo

Au Sud des Alpes, le canton du Tessin compose avec un relief qui va des glaciers du Gothard aux vignobles du Mendrisiotto, en passant par les lacs (Lac Majeur, de Lugano) et les profondes vallées. Un relief qui a largement contribué à déterminer les activités humaines qui y ont pris place.

Pendant des siècles, les activités principales des habitants du Tessin ont tourné autour du commerce et de l’agriculture. Avec le Nufenen (Novena), le Lukmanier (Lucomagno) et évidemment le Gothard (San Gottardo), Le Tessin constituait un axe majeur entre le Nord et le Sud de l’Europe. Pour les déplacements humains mais également le transport de marchandises, rares ont été les régions d’Europe aussi empruntées.

Malle-poste et musée des douanes

Si le Musée national du Gothard est actuellement fermé pour travaux (réouverture prévue en août 2021), d’autres expériences permettent de se placer dans la peau d’un voyageur des siècles passés. C’est ainsi que, d’Andermatt à Airolo, une malle-poste antique permet de franchir le célèbre col comme le passaient les voyageurs du XIXe siècle, dans une diligence tirée par cinq chevaux. Mais qui dit voyages au long cours dit aussi passage de douanes : à Lugano, la Cantine di Gandria accueille le Musée suisse des douanes. Cet été, une exposition revient sur la période de la Belle Epoque au bord des lacs préalpins. De quoi prolonger l’expérience de la malle-poste entamée au Gothard.

Mais qui dit douanes dit aussi marchandises. Et notamment celles produites dans le canton. Au premier rang de celles-ci, les trésors des alpages et des vallées alpines. Non loin d’Airolo, entre le Gothard et le Lukmanier, se situe le majestueux lac Ritom. Et sur son plateau, au milieu des gentianes et des épilobes fleurit l’un des trésors du Tessin : le jambon cru de l’Alpe Piora. Après s’être hissé avec un funiculaire de Quinto, en Léventine, jusqu’au lac Ritom, et avoir contourné celui-ci à pied ou en vélo, la société Rapelli propose de visiter ses caves d’affinage, situés juste à côté de la Cabane CAS DCadagno, à 1964m d’altitude, via une visite guidée par ses collaborateurs, assortie d’une dégustation et d’une explication détaillée des conditions de vieillissement des jambons qui, suspendus à l’abri dans des chalets d’altitude, arrivent patiemment à maturité avec les vents d’altitude.

Autre trésor des alpages : les fromages. Si la vache est reine en Suisse romande, elle doit composer avec de nombreux troupeaux de chèvres au Tessin. L’un des meilleurs endroits pour comprendre le travail des bergers, avec les montées vers les alpages, les traites, les enclos,… n’est autre que Brontallo, à l’entrée du Val Lavizzara. Dans ce village préservé grâce à la fondation Pro Brontallo, un petit troupeau de chèvres fait quotidiennement l’ascension entre la route de Menzonio à 886m et l’alpage de Spulüi, à 1800m. L’endroit idéal pour voir passer les chèvres n’est autre que l’agriturismo Scinghiöra et Curt du Munt, un hameau sis à 1100m d’altitude, autrefois utilisé par les populations locales dans leurs migrations saisonnières vers les alpages les plus hauts. «A chaque fois que nous restaurons un rustico (NdlR : les chalets d’alpages tessinois), nous faisons appel aux habitants du village de Brontallo et à de nombreux bénévoles qui nous aident à rebâtir murs et charpentes, comme cela se faisait à l’époque où presque tout le village migrait vers les hauteurs à l’été», explique Egon Biddau, gestionnaire de l’agritourisme.

Cependant, les visites gastro-touristiques tessinoises ne se limitent pas au diptyque alpin «jambons-fromages». Avec son climat plus doux que celui rencontré ailleurs en Suisse, le Tessin permet de cultiver des plantes exotiques. Ainsi, à proximité de l’embouchure de la Maggia dans le Lac Majeur, on peut trouver les seules rizières de Suisses et les seules plantations de thé du pays. L’exploitation Terreni alla Maggia cultive une série de produits, permet aux visiteurs de découvrir les plantations et d’acheter les produits dans son magasin. «L’ensemble des productions sont transformées soit sur place, soit avec nos partenaires locaux, du maïs à polenta jusqu’au houblon pour la bière en passant par le raisin pour le vin, l’orge pour le whisky,…», détaille Fabio del Pietro, directeur de la ferme.

Cafés et chocolats en pleine fabrication

Plus exotique encore à l’origine, quand ces produits sont arrivés en Europe: le café et le chocolat. Pour le premier, la célèbre marque Chicco d’Oro a son siège à Balerna, à un jet de pierre de Mendrisio. A côté de son centre de production, où les grains de café sont torréfiés et empaquetés, la marque a ouvert un musée où le visiteur peut découvrir quantité d’antiques moulins, cafetières et services à café des siècles passés.

Quant au chocolat, si les Romands connaissent mieux les marques vaudoises, fribourgeoises, genevoises ou neuchâteloises, le Tessin n’est pas en reste. Deux marques sont encore actives au Tessin: Alprose à Caslano, sur les bords du lac de Lugano, et Stella, à Giubiasco, près de Bellinzona, rattachent les Italophones de Suisse à cette tradition nationale. Chez Alprose, un musée a été aménagé et rénové en 2018: de l’histoire de la fève de cacao découverte par les Européens au XVIe siècle en Amérique centrale jusqu’aux tablettes qui sortent des lignes de production aujourd’hui, tout est retracé. Et le visiteur peut, en empruntant une passerelle au-dessus des lignes de production, observer le parcours de la fève vers la masse de cacao, qui sera travaillée progressivement pour être déclinée sous de multiples formes.

A Giubiasco, la chocolaterie Stella peut également être parcourue par les visiteurs qui découvrent toutes les étapes de la confection et peuvent, au terme de la découverte, déguster quelques unes des 350 recettes. Un éventail extrêmement vaste, qui est notamment dû au fait que l’usine fabrique de nombreux chocolats pour d’autres marques, notamment lorsque certaines marques souhaitent produire de petites séries très complexes, ou offrir à certaines clientèles des chocolats casher ou halal. Au-delà des prescriptions alimentaires, 65% de la production est certifiée bio et fairtrade, sans OGM ni huile de palme. «Ce qui nous a d'ailleurs poussé à renoncer à la lécithine de soja, car il pourrait y avoir des traces d'OGM, et à recourir à la lécithine de tournesol en cas de besoin», glisse Alessandra Alberti, directrice de la production chez Stella.

Les barrages et digues des montagnes

Le tourisme industriel ne se limite cependant pas aux produits alimentaires au Tessin. Le relief qui a permis aux routes et à l’agriculture de montagne de se développer a aussi facilité une autre industrie: celle de l’énergie. Le Tessin compte de nombreux ouvrages hydroélectriques et ses centrales et barrages se visitent. Ainsi, l’Officine Idroelettriche della Maggia (Ofima) gère un ensemble de sites compris entre le Haut-Valais et le Lac Majeur. Et les installations les plus impressionnantes sont situées au fond du Val Bavona, ramification de la Valle Maggia, au Nord de Locarno. Là, ce sont 35 captations d’eau, 140 km de galeries et conduites, 8 bassins artificiels et 6 centrales qui permettent de turbiner chaque année 800 millions de m3 d’eau. La pièce maîtresse de ce gigantesque complexe réside au barrage de Robiei, à 1940m d’altitude. Autour du lac éponyme, six autres plans d’eau artificiels (dont le plus grand, le lac de Cavagnöö) s’étalent entre 1900 et près de 2500m d’altitude.

Et à l’intérieur de la digue de Robiei (où la température chute à 8°C), l’Ofima a aménagé un parcours d’une demi-heure avec des explications sur les barrages, leur rôle pour la production énergétique, leur construction,… Autour du barrage, le paysage lunaire déroule ses pelouses alpines parsemées de blocs erratiques. Suspendues du fait de la pandémie de Covid-19, les visites devraient toutefois reprendre au courant de l’été.

Autre lieu majeur de l’hydroélectricité au Tessin: le célèbre barrage de Contra, qui marque l’entrée dans le Val Verzasca. L’impressionnant barrage-voûte propose une boutique et un point d’information, mais il est surtout mondialement connu grâce à la saga James Bond: dans le film GoldenEye, Pierce Brosnan, qui interprète l’agent secret britannique saute depuis le parapet pour s’introduire dans une centrale sensée se situer en Sibérie. A défaut de visiter les entrailles du site, les plus courageux pourront réserver un saut et imiter ainsi 007.

Campus et centres de recherche

Dans un registre moins industriel mais tout aussi crucial pour le pays, le Tessin abrite une série de sites technologiques de pointe. Parmi ceux-ci, le Centre suisse de calcul scientifique, basé à Lugano mais rattaché à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (ETHZ), fait turbiner ses supercalculateurs au bénéfice des chercheurs et ingénieurs du pays depuis 1991. Une visite du site tessinois permet de mieux comprendre les enjeux de cet équipement qui peut rivaliser avec les plus puissants ordinateurs au monde, et facilite les recherches dans des domaines aussi variés que l’astrophysique, la biologie, la chimie des matériaux, la météorologie… Le projet Blue Brain 4, porté par des équipes de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) ont également pu profiter de l’apport de ce supercalculateur.

A mi-chemin entre la recherche scientifique et l’oenotourisme, le Centre agraire cantonal de Mezzana, près de Mendrisio, invite les visiteurs à découvrir les études menées sur les principaux cépages cultivés au Tessin. De nombreux viticulteurs des environs s’appuient sur les découvertes et les avancées réalisées dans ce centre pour améliorer constamment leur production.

Et Dieu sait que les environs de Mendrisio constituent un haut-lieu de l’oenotourisme suisse: les collines situées entre le Sud du lac de Lugano et la frontière italienne, avec leur relief apaisé et leur climat méditerranéen, ont vu fleurir des dizaines d’exploitations viticoles, avec le merlot pour cépage-roi. Difficile de sélectionner seulement l’une ou l’autre cave dans une région où chaque petit producteur peut proposer des nectars divins, favorisés par le soleil, les sols et le travail des femmes et des hommes dans les vignobles.

Enfin, pour ceux que le traitement des déchets passionnerait, le centre de valorisation thermique cantonal à Giubiasco donne un aperçu du traitement subi par les ordures ménagères, afin de bénéficier de la chaleur issue de leur combustion, du filtrage des poussières et gaz et des reliquats de ces opérations. De nombreux bâtiments du canton profitent d’un système de chauffage basé sur ce centre de traitement.


NB: Un grand nombre de ces sites n'ont pas comme vocation première l'accueil de visiteurs. Il est donc fortement recommandé de se renseigner en amont sur les dates et possibilités de visites.


En chiffres

Le Tessin mise largement sur le tourisme. Entre Milan et Zurich, sa position privilégiée au débouché des grands cols alpins et avec un climat déjà largement influencé par la Méditerranée en fait une destination de choix, aussi bien pour les Milanais que pour les Suisses et les habitants d'Allemagne ou des pays du Nord de l'Europe.

Le canton est divisé en quatre secteurs géographiques: Lac Majeur (Locarno et Ascona avec le Val Verzasca et la Valle Maggia), Bellinzonese (Bellinzona et les vallées qui s'enfoncent vers le Gothard et le Nufenen), Lugano, et le Mendrisiotto, toutes regroupées au sein de Ticino Turismo qui coordonne les politiques d'attractivité des visiteurs.

Secteur majeur de l'économie cantonale, le tourisme fournit vingt-deux mille emplois et représente environ 10 % du PIB du canton. Ces dernières années, les chiffres des nuitées ont eu tendance à augmenter progressivement, en dépit des contraintes (franc fort, crise économique en Italie,...), comme le montre le tableau ci-dessous.



Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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