Bilan

Le top sharing a le vent en poupe

Depuis le début de cette année, plusieurs postes à responsabilités ont été partagés entre deux personnes. La demande pour cette forme d’organisation du travail augmente.

Anna et Andreas Hug se partagent la direction de l’entreprise du même nom de produits de boulangerie.

Crédits: Thomi Studhalter/HUG

Depuis le début de l’année, Anna et Andreas Hug se partagent, à hauteur de 60 et 40%, la direction de l’entreprise du même nom de produits de boulangerie. Cette solution permet à la représentante de la 5e génération de concilier famille et activité professionnelle et à son oncle de se retirer progressivement des affaires du groupe (123 millions de chiffre d’affaires et 400 collaborateurs) connu pour ses marques Hug, Wernli et Dar-Vida.

A Bienne, le Conseil municipal a demandé récemment à la Mairie d’introduire une nouvelle forme d’organisation du travail telle que le partage des emplois afin de faciliter le recrutement de femmes,
y compris pour les fonctions de cadres. Il est convaincu que le manque de personnel féminin dans le management est souvent la conséquence de facteurs qui entravent la conciliation entre la vie privée et la carrière.

Au mois de janvier, le Conseil d’Etat du canton de Fribourg a désigné deux doctoresses pour occuper le poste de médecin cantonal. A Bâle, deux femmes viennent d’être nommées cheffes du bureau de médiation chargé de gérer les conflits entre, d’une part, la population et, d’autre part, les autorités et l’administration. Au niveau politique, après la double présidence féminine des Verts entre 2012 et 2016, les socialistes pourraient élire prochainement un duo à la tête de leur parti. Et avec les nominations de Frédéric Recrosio et Marion Houriet, c’est un tandem qui prendra la direction du théâtre Boulimie à Lausanne.

Le top sharing semble donc avoir le vent en poupe. Comme le job sharing, il consiste à partager un emploi à plein temps avec des activités interdépendantes et une responsabilité commune, mais il ne désigne que des fonctions à haute responsabilité. «La demande pour le top sharing augmente de plus en plus. Elle provient autant des collectivités publiques que des entreprises privées, surtout des grandes sociétés», constate Irenka Krone-Germann, cofondatrice de PTO (Part-Time Association) et de wejobshare.ch. Cette plateforme de mise en partenariat permet de rechercher des partenaires correspondant aux besoins des entreprises. Elle peut aussi être adaptée aux spécificités internes des entreprises.

«Cette forme de partage de postes n’est pas nouvelle, mais son application à des niveaux de compétences et de responsabilités élevées reste assez rare. La garantie de son succès passe par un mindset (état d’esprit, ndlr), une confiance, du respect et une organisation très rigoureuse qui semblent convaincre une nouvelle génération plus soucieuse d’un bon équilibre de vie», relève Romain Hofer, chef du marketing et de la communication de Manpower.

Potentiel «considérable»

Face à la pénurie de main-d’œuvre qui est accentuée par le départ à la retraite de la génération des baby-boomers, les employeurs courront à l’avenir, encore davantage qu’aujourd’hui, après les talents. De plus en plus diplômées des hautes écoles, les femmes peuvent jouer un rôle clé pour répondre aux besoins des acteurs privés et publics.

Avec la numérisation et l’interconnectivité, les entraves organisationnelles disparaissent. Ce qui devrait favoriser le partage de postes de travail. «Le potentiel de développement du job et top sharing est considérable. On l’estime entre 10 et 15% du volume de travail. Et même des hommes commencent à s’y intéresser. C’est une bonne nouvelle», affirme Irenka Krone-Germann.

Selon la dernière enquête de l’Office fédéral de la statistique, qui remonte à 2016, le partage d’un emploi avec une autre personne est encore peu fréquent. Il ne touche que 3,7% du total des salariés et 9,8% des travailleurs à temps partiel. Aucune distinction n’est faite entre le job sharing et le top sharing.

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix BZ du journalisme local 1991, Prix Jean Dumur 1998, AgroPrix 2005 et 2019.

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