Bilan

L’économie circulaire tient son anti-Black Friday

A l’occasion de la journée nationale de deuxième main qui se tiendra le samedi 26 septembre, divers acteurs de l’économie circulaire, entreprises comme associations, veulent mettre en valeur une économie sans gaspillage.

Les acteurs du commerce de deuxième main veulent mettre sous les projecteurs les atouts de ce concept.

Crédits: Keystone

Smartphone, jean’s, automobile, et même montres de luxe: en 2020, tous les biens de consommation peuvent avoir une deuxième vie en changeant de propriétaire et d’utilisateur. Même si les polémiques sur l’obsolescence programmée animent les débats, de nombreux consommateurs se tournent vers des objets ayant déjà vécu plutôt que vers le neuf. C’est en ce sens que des acteurs du secteur de l’économie de la deuxième main se sont associés pour mettre sur pied une journée nationale de deuxième main, qui se tiendra cette année le samedi 26 septembre.

Longtemps vu comme un pis-aller, faute d’avoir les moyens d’acheter des produits neufs ou éventuellement une solution pour trouver un modèle vintage, le marché de la seconde main a été largement investi depuis quelques années par les adeptes d’une société moins portée sur la frénésie de consommation. Un constat que partage Florence Regad Buholzer, du marketing de Brocki, les magasins de seconde main de L’Armée du salut: «La clientèle et les motivations de nos clients sont multiples et ont évolué. Beaucoup de nos clients n’achètent que de la seconde main par conviction. Beaucoup passent régulièrement dans nos filiales quelques minutes à la recherche d’un objet particulier. Nous pensons cependant que la conscientisation par la société des problèmes écologiques issus de notre mode de consommation est un facteur incitant la population à acheter autrement, et tout particulièrement dans une Brocante de l’Armée du Salut».

2% du volume du commerce de détail

Un phénomène encore limité, face au rouleau compresseur du marketing qui vante les bienfaits du neuf, mais aussi les avantages pour l’acheteur (garantie, sécurité, propreté…). «On peut dire que ce type de consommation est quantitativement encore très limité en Suisse: sur les 50 milliards de francs dépensés en Suisse pour l’achat de produits neufs (hors alimentation), les transactions d’articles de seconde main représentent un milliard de francs, soit 2% du volume du commerce de détail (chiffres de 2018). On assiste néanmoins à des évolutions intéressantes, par exemple au niveau de la revente de smartphones de seconde main (reconditionnés), et, à mon avis, les effets de la crise du Covid devraient renforcer ces évolutions», estime Nils Moussu, collaborateur scientifique et chargé du programme économie circulaire à la Fondation Sanu Durabilitas.

Avec le confinement et la crise liée au Covid, les consommateurs n’ont pas seulement réorienté leurs achats vers le local, comme de nombreux observateurs l’ont constaté. Mais ils ont également cherché des solutions moins onéreuses pour s’équiper, plus pratiques avec de nombreux magasins fermés entre mars et juin,… Et tout ceci sans compter la prise de conscience environnementale, phénomène de plus long terme qui conduit les citoyens à interroger leurs modes de consommation. C’est pourquoi la Journée nationale de deuxième main a été mise sur pied par un collectif d’associations et d’entreprises.

«Lorsqu'ils ont besoin d’un produit, de nombreux consommateurs n'envisagent pas une alternative d'occasion et ils sont encore nombreux à estimer que les objets d'occasion sont de mauvaise qualité. C'est tout simplement faux et c’est le moment de briser les préjugés contre la seconde main. Avec le Secondhand Day, nous voulons montrer à toute la Suisse à quel point il est facile d'avoir un effet positif sur le climat et notre environnement grâce à une consommation durable», espère Francesco Vass, CEO de ricardo.ch, l’un des leaders de la revente de produits de deuxième main en Suisse (propriété de TXGroup, comme Bilan). Pour ce faire, la plateforme a rejoint trois autres partenaires, myclimate, Circular Economy Switzerland et 20 Minutes, dans cette initiative. Au-delà de ces initiateurs, plus de 200 magasins de seconde main, vintage, upcycling et réparateurs ont rallié le programme en tant que “Circular Heroes”.

Car, au-delà de l’acte d’achat ponctuel ou individuel, c’est un modèle de société qui est remis en question. «L’argument que nous souhaitons mettre en avant est effectivement environnemental, centré sur la baisse des émissions de gaz à effet de serre en particulier. Mais il me semble qu’il est possible d’élargir la discussion: acheter en seconde main, éventuellement faire réparer, partager des objets, etc. crée de l’activité et des emplois en Suisse, réduit la dépendance et les risques liés aux chaînes d’approvisionnement globales, encourage la création de valeur au niveau régional et national, etc», détaille Nils Moussu. Une multiplicité d’impacts positifs pour l’économie locale en plus des avantages pour le consommateur en termes de prix. Sans même compter les autres aspects positifs dans certaines boutiques de deuxième main. Ainsi, «en faisant vos emplettes dans les brocantes de l’Armée du Salut, vous permettez à des objets usagés de retrouver une nouvelle vie, et contribuez ainsi directement au développement durable. Vous soutenez également les plus démunis, puisque le revenu des ventes sera destiné à des projets sociaux de l’Armée du Salut», ajoute Florence Regad Buholzer.

Impact climatique

Mais comment évaluer les impacts de cette journée de mobilisation pour les acteurs du système, les consommateurs et le climat? «Comme il s’agit d’une première, son impact reste à évaluer avec précision. L’impact environnemental sera lui estimé par MyClimate, partenaire de la journée en termes d’émissions de CO2 évitées grâce aux différentes actions entreprises. Pour ce qui est de l’impact auprès des consommateurs, il s’agit avant tout de sensibiliser à l’achat en seconde main qui souffre encore d’une image négative (objets «sales» ou «de moindre qualité»). Le but est donc de faire évoluer les choses et de faire naitre un «réflexe seconde main» lors de décisions d’achats liées aux habits, à l’informatique, aux moyens de transport, aux meubles, à l’électroménager, etc», précise Nils Moussu.

Tout ceci sans compter les actions volontaires effectuées par les partenaires. Ainsi, Ricardo a promis de planter un arbre pour chaque article d'occasion vendu sur Ricardo lors du Secondhand Day: «Le but est d’en mettre en culture 20’000!», ambitionne Francesco Vass.

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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