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Les zones de conflit comme terrain de jeu


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Le tourisme de guerre attire toujours plus d’adeptes en mal de sensations fortes. Les sites de catastrophe comme Tchernobyl connaissent aussi un afflux de visiteurs.

Aller en Somalie, ravagée par trois décennies de guerre civile et s'aventurer au milieu des ruines de Mogadiscio, avec le danger de croiser des guerriers, c'est aussi une tendance actuelle du tourisme.

Crédits: AFP

A la recherche de sensations fortes, toujours plus de voyageurs optent pour des séjours en zones de conflit. Un genre de vacances désigné par l’expression «tourisme de guerre». Plutôt que d’aller bronzer à Ibiza ou faire un trek au Népal, de jeunes privilégiés préfèrent accumuler les expériences dangereuses hors des sentiers battus.

Il existe des agences dans ce créneau, comme par exemple War Zone Tours. Fondée par Rick Sweeney, un vétéran des guerres de Bosnie et d’Irak, la société promet à ses clients de les emmener dans des zones de conflits, tout en leur promettant zéro risque. Au catalogue: la Somalie en guerre civile au milieu des djihadistes shebabs. Des offres qui attirent de jeunes hommes prêts à dépenser dans les 40'000 francs pour une prestation exclusive. Les participants passent par des entrainements où l’on apprend à courir sous les tirs, utiliser une arme à feu, communiquer par radio et évacuer un blessé.

Sahara, Sahel et pays déconseillés par le DFAE

Même s’ils restent plutôt rares, des incidents ont bel et bien déjà eu lieu. En 2016, une douzaine de touristes européens et américains essuyaient des tirs de roquettes sur la route de Harat en Afghanistan. Six d’entre eux ont été blessés. Ils étaient emmenés par l’agence britannique Hinterland Travel, dirigée par Geoff Hann. Fondateur de Untamed Borders (Frontières Sauvages), James Willcox a emmené un groupe descendre en kayak la rivière Panjshir au nord de l’Afghanistan. L’Anglais explique aux Echos: «Les clients sont motivés par la rencontre avec une autre culture, l’intérêt pour la géopolitique, les sites archéologiques, le retour dans une région visitée dans les années 70. Les raisons sont infinies.»

Une idée qui plaît aux casse-cou de toutes sortes consiste à se rendre dans des régions où le DFAE (Département des affaires fédérales étrangères) déconseille d’aller. Par exemple le Sahara et le Sahel en raison des risques d’enlèvement ou le Golfe de Guinée sujet à la piraterie maritime. La Syrie, l’Irak, l’Afghanistan et la Lybie figurent également sur la liste des Etats à éviter.

La manière la plus accessible de parvenir à fouler des terrains à risque est de partir comme volontaire pour une ONG en Somalie ou en Asie centrale. Les touristes qui s’engagent de la sorte sont certains que leurs selfies feront sensation sur Instagram. Cité par le magazine Capital, le documentariste Charles Emptaz décrypte le phénomène du «white savior» (sauveur blanc): «On veut se montrer sous son meilleur jour sur fond de misère et de détresse humaine.»

Lieux de catastrophes et dictatures

En Corée du Nord, le tourisme se développe aussi peu à peu. (DR)
En Corée du Nord, le tourisme se développe aussi peu à peu. (DR)

Dans un autre genre, suite au succès de la série Chernobyl, le petite ville abandonnée de Prypiat après l’accident nucléaire de 1987 connaît un fort afflux de visiteurs amateurs de «dark tourism», tourisme macabre en français. Cette activité consiste à visiter des endroits liés à des massacres et à des catastrophes, comme par exemple le lieu de naufrage du Costa Concordia en 2012 en Italie. Consacrée au trafiquant de drogue Pablo Escobar, la série Narcos a de son côté popularisé les voyages dans la région de Medelin en Colombie. Autant d’activités qui suscitent la polémique en raison des dérives voyeuristes, auxquelles s’ajoutent des risques juridiques et sanitaires.

Destination limite relativement accessible, la Corée du Nord fait l’objet d’un récent guide touristique de la collection Petit Futé. Le Royaume de Kim Jong-Un accueille à bras ouverts des touristes obligés de visiter ce pays dans le cadre d’un tour organisé. Du moment que les violations des droits de l’homme, les famines et essais balistiques ne pèsent pas sur votre moral, il n’y a «aucun problème de sécurité», selon la publication. A Paris, le Quai d’Orsay déconseille cependant de se rendre dans ce pays. Le DFAE ne fait de son côté aucune restriction particulière. On se rappelle toutefois du destin de l’étudiant américain Otto Warmbier, condamné à 15 ans de travaux forcés pour avoir dérobé une affiche de propagande. Après 18 mois de détention, celui-ci est décédé suite à la torture en 2017. L’AFP rapporte que la maison d’édition du Petit Futé a pour but de publier un guide sur tous les pays du monde. Ne manquent plus que l’Irak, l’Arabie Saoudite et le Liberia.

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan et community manager pour le site bilan.ch, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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