Bilan

L’étau se resserre sur le football

Difficultés à payer, chômage partiel et incertitudes au sommet: le monde du sport est lui aussi frappé de plein fouet par la pandémie. Le football, en particulier, peine à relever la tête. Certains clubs pourraient ne pas survivre.

  • Le football suisse est à l’arrêt depuis la mi-mars.

    Crédits: Patrick Seeger/Keystone
  • Directeur de sa société d’agent de joueurs, Lorenzo Falbo parle d’une «année blanche».

    Crédits: Jean-Guy Python

Si le mercato de janvier était déjà calme, celui de l’été s’annonce encore moins flamboyant. «Pour les agents, c’est presque une année blanche», se désole Lorenzo Falbo, directeur de sa société d’agent de joueurs. Avec un championnat à l’arrêt, les clubs suisses peinent à rentrer dans leurs frais. Une reprise serait-elle possible, alors que l’Euro de foot est définitivement repoussé? «Les contrats se terminent habituellement fin juin», avance l’expert en mercato. Selon lui, une saison qui finit en septembre représente un «casse-tête» pour les agents et les clubs. Et le manque à gagner peut porter un coup fatal dans les caisses. Christian Constantin l’a admis sans détour: «Une chose est sûre: sans aide de la Confédération, le FC Sion ne survivra pas.»

Où est l’argent?

Les droits TV représentent une part non négligeable des rentrées d’argent des clubs. Sur ce plan-là, l’incertitude reste. Si le championnat continue, il y aura une petite respiration. Sinon, ce sera autant de pertes. L’impact sera d’ailleurs ressenti à long terme. «Les concernés doivent maintenant élaborer les droits TV. Ce qui est sûr, c’est que ça va chuter comme jamais», raconte un ancien directeur sportif. Il enchaîne sur le problème des licences pour jouer en Super et Challenge League.

S’ajoutent à cela les contrats sponsoring. Les clubs helvétiques sont soutenus par des acteurs plus ou moins locaux. Le sponsor sur le maillot de Young Boys est Obi, dont les magasins sont temporairement fermés. Neuchâtel Xamax FCS bénéficie d’un soutien de l’horloger Tissot, un secteur en grande difficulté. Le directeur sportif ajoute: «Les clubs sont en train de chercher des contrats pour la saison prochaine.» Concrètement, les entreprises doivent s’engager à verser de l’argent alors même qu’elles jonglent avec le chômage partiel. Difficile de mesurer l’impact du Covid-19 sur la saison prochaine, et sur la tenue des matches. Lorenzo Falbo, au fait de la situation européenne, n’exclut pas l’idée que de grands clubs doivent jouer à huis clos encore quelques mois. Un exemple: le Camp Nou du FC Barcelone. Le stade peut compter 98 000 spectateurs. «Les matches pourraient ne pas y avoir lieu jusqu’à octobre», avance l’expert.
Et le chômage partiel risque de sauter dès que les rencontres reprendront.

Autre point non négligeable: les repas de soutien qui sont passés à la trappe.
Le FC Sion est l’exemple le plus parlant, avec sa traditionnelle choucroute qui rapporte plus de deux millions chaque année. Autant d’argent qui ne sera pas dans les caisses cette année.

La lumière au bout du tunnel

Le Covid-19 pourrait bien chambouler le marché mondial pour de longues années. Basé à Neuchâtel, le Centre international d’étude du sport (CIES) a mesuré l’impact sur les transferts des cinq meilleurs championnats. La perte de valeur s’élève à 28%. Il estime que le joueur Paul Pogba vaudrait 35 millions plutôt que 65, si cette saison se termine sans aucun autre match.

Point positif: les clubs et les agents s’accorderaient à laisser plus de place aux jeunes sortis de centres de formation. Le journaliste français Romain Molina parle de davantage de prêts avec options d’achat et d’échange, pour jouer sur les liquidités. Par contre, il prédit aussi la venue de fonds d’investissement et une hausse des rachats de clubs. Rien qu’en championnat d’Espagne, Lorenzo Falbo parle de «la moitié des clubs de Liga qui ne pourraient pas survivre à tant de mois sans rentrée d’argent».

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Rebecca Garcia

JOURNALISTE À BILAN

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Rebecca Garcia a tout juste connu la connexion internet coupée à chaque téléphone. Elle a grandi avec la digitalisation, l’innovation et Claire Chazal. Elle fait ses premiers pas en journalisme sportif, avant de bifurquer par hasard vers la radio. Elle commence et termine ensuite son Master en journalisme et communication dans son canton de Neuchâtel, qu’elle représente (plus ou moins) fièrement à l’aide de son accent. Grâce à ses études, elle découvre durant 2 mois le quotidien d’une télévision locale, à travers un stage à Canal 9.

A Bilan depuis 2018, en tant que rédactrice web et vidéo, elle s’intéresse particulièrement aux nouvelles technologies, aux sujets de société, au business du sport et aux jeux vidéo.

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