Bilan

Londres et l'UE entament leurs négociations post-Brexit sous la pression

Plusieurs dizaines de responsables de l'Union européenne et du Royaume-Uni se sont retrouvés lundi à Bruxelles pour entamer les négociations sur la relation post-Brexit, pressés par un calendrier qui impose la prudence sur les perspectives d'accord.

En cas d'échec, c'est un "no deal" qui s'imposera à la fin de la période de transition, le 31 décembre.

Crédits: AFP

Le négociateur en chef de l'UE, Michel Barnier, et son homologue britannique, David Frost, se sont rencontrés pendant une heure, donnant officiellement le coup d'envoi de ces discussions.

M. Frost est arrivé sans dire un mot, peu avant 14H00 (13H00 GMT), dans les locaux de la Commission européenne, où l'attendait le Français. Michel Barnier fera jeudi un point de presse sur ce premier round de négociations de quatre jours.

Globalement, une centaine de personnes de chaque côté doivent y participer.

Après la publication la semaine dernière des mandats de négociation des deux camps, qui ont affiché avec vigueur leurs lignes rouges confirmant des divergences profondes, toute la question est de savoir si un terrain d'entente est possible.

En cas d'échec, c'est un "no deal" avec ses conséquences économiques brutales, pour le Royaume-Uni mais aussi pour le continent, qui s'imposera à la fin de la période de transition, le 31 décembre.

D'un premier bilan des négociations prévu en juin, le gouvernement de Boris Johnson a fait une date-butoir: il menace de claquer la porte dès l'été si les discussions s'enlisent.

"On traverse un moment difficile avec certaines déclarations à Londres", a estimé le commissaire européen à la Justice, Didier Reynders, sur la chaîne France 24.

Mais "c'est toujours la même chose quand vous entamez des négociations: vous avez des positions très marquées", a-t-il ajouté.

Les discussions se dérouleront en parallèle au sein de onze groupes de négociation, avec un thème pour chacun (commerce, transports, énergie, conditions de concurrence, pêche, coopération judiciaire notamment), alternativement à Bruxelles et Londres, toutes les deux à trois semaines.

Pas de traité sans pêche


Mais compte tenu du faible temps imparti, trois domaines sont prioritaires pour l'UE: les conditions de concurrence dans l'accord de libre-échange, le règlement des différends et la pêche. Trois sujets hautement inflammables, qui promettent d'âpres discussions.

L'UE n'est pas prête à brader l'accès de son marché de 440 millions de consommateurs, avertissant qu'elle ne conclura pas d'accord à "n'importe quel prix".

L'accès des Britanniques à ce marché aux conditions proposées par l'UE --"zéro quota, zéro droit de douane"-- dépendra de leur respect sur le long terme de conditions loyales de concurrence, en particulier les normes européennes en matière de droit du travail, d'environnement, de fiscalité et d'aides d'Etat. Pas question pour l'Union d'accepter une économie dérégulée à sa porte.

Or, Londres, qui revendique sa liberté commerciale après le divorce, martèle son refus de s'aligner d'office sur les règles européennes.

Autre pierre d'achoppement: la Cour de justice européenne. Les Britanniques refusent qu'elle ait un rôle dans le mécanisme de résolution des différends, comme le prévoit le mandat européen, au nom d'une relation entre "égaux souverains".

Dernier sujet vital pour plusieurs Etats membres, France en tête: celui de la pêche. L'Union souhaite le maintien d'"un accès réciproque aux eaux territoriales" alors que Londres entend redevenir un "Etat côtier indépendant" et négocier chaque année l'accès à ses eaux.

L'UE a d'ores et déjà prévenu qu'il n'y aurait pas de traité commercial sans compromis sur la pêche.

Un accord "d'ici la fin de l'année est toujours possible. Mais il faudra que les deux parties s'éloignent de leurs positions initiales (...) Le Royaume-Uni devra bouger beaucoup et l'UE un peu", estime Sam Lowe, chargé de recherche au Centre for European Reform.

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