Bilan

Menaces sur les implantations d’entreprises étrangères

Les incertitudes qui planent sur la Suisse et l’économie mondiale préoccupent les responsables de la promotion économique de Suisse occidentale.

Le Groupe Icare, prestataire de services dans la maîtrise de la contamination, s'est implanté l'an dernier à la Chaux-de-Fonds

Crédits: GGBa

Depuis quelques années, le climat économique est peu propice à l’implantation d’entreprises étrangères sur le territoire helvétique. «L’incertitude est devenue la nouvelle certitude», insiste Thomas Bohn, directeur du Greater Geneva Bern area (GGBa) à l’heure du bilan 2019 (lire ci-dessous) de cet organisme de promotion économique des cantons de Suisse occidentale (Genève, Vaud, Valais, Fribourg, Neuchâtel et Berne).

D’abord, si des entreprises américaines poursuivent leur développement dans les pays où elles sont déjà présentes, elles sont moins nombreuses que jadis à s’implanter pour la première fois hors des Etats-Unis. Pour preuve, le GGBa n’a pu convaincre que sept sociétés à franchir le pas au cours de l’an dernier. «Les entreprises d’outre-Atlantique ont tendance à suivre le slogan "America First" lancé par le président Trump», estime Thomas Bohn.

Relations incertaines avec l'UE

Le Brexit n’a pas eu non plus l’effet escompté par certains sur les investissements en Suisse. «Nous constatons que les entreprises qui se déploient hors du Royaume-Uni déménagent dans les pays de l’Union européenne, en particulier aux Pays-Bas, afin d’avoir un accès direct à ce grand marché», affirme le directeur du GGBa.

Enfin, l’environnement incertain qui domine nos relations avec l’Union européenne n’encourage pas les investisseurs à créer des emplois dans notre pays. Ces derniers sont dans l’attente des résultats de l’initiative «pour une immigration modérée» soumise au verdict populaire en mai prochain. Si le oui l’emporte dans les urnes, c’est tout l’édifice des accords bilatéraux qui risque de sombrer. Et en cas de refus du texte de l’UDC, il reste encore à conclure un accord-cadre avec Bruxelles.

«Nos relations avec l’Union européenne sont l’alpha et l’oméga de notre attractivité et de notre croissance», relève Thomas Bohn. «On le voit avec la réglementation européenne sur les dispositifs médicaux. Comme la Suisse n’a toujours pas trouvé une solution avec ses voisins, nous ne parvenons pas à convaincre des entreprises étrangères actives dans les medtech, une branche à haute valeur ajoutée, à s’implanter dans notre région», regrette-t-il.

Reports de visites

A ces tensions s’ajoutent celles liées au Covid-19. Si l’activité de la représentante du GGBa en Chine reprend progressivement, celui-ci est touché par le report de plusieurs visites d’entrepreneurs qui avaient prévu de se rendre en Suisse occidentale en vue d’une implantation éventuelle de leur société. Cette situation se répercutera négativement sur l’arrivée de nouvelles entreprises en 2020.

Thomas Bohn reste néanmoins confiant. «Les perspectives liées au marché chinois sont bonnes, affirme-t-il, avec plusieurs investissements majeurs en cours de finalisation.» Après avoir ouvert un deuxième bureau au cœur de la Sicilon Valley en Californie et un autre à Shenzhen en Chine, le GGBa a décidé de renforcer sa présence sur les grands marchés européens pourvoyeurs d’investissements directs étrangers avec le recrutement de deux représentants en Allemagne, dont l’un est également en charge du Benelux et l’autre des pays nordiques.

Au cours de cette année, le GGBa continuera de concentrer ses efforts sur les sciences de la vie, la robotique, les fintech ou encore l’agro-alimentaire. «Dans ces domaines, la région dispose d’atouts forts et d’écosystèmes dynamiques réceptifs à l’intégration de sociétés venant renforcer le tissu économique local.», explique Thomas Bohn.


79 nouvelles implantations en 2019

L’an dernier, le GGBa a réussi à attirer un nombre plus modeste d’entreprises étrangères (79) qu’en 2018 (92). Le nombre d’emplois prévus dans un horizon de trois ans est aussi plus faible (620 contre 700). A elle seules, les sociétés originaires d’Europe concentrent 49 implantations (393 emplois). La France reste le principal pourvoyeur d’investissements dans les cantons de Suisse occidentale. Par branches, les technologies de l’information et de la communication (29) devancent les services (13), les sciences de la vie (10) et les services bancaires et commerciaux (10).

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix BZ du journalisme local 1991, Prix Jean Dumur 1998, AgroPrix 2005 et 2019.

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