Bilan

«Noble ou pas, la nouvelle génération s’est mise au travail»

Comment les personnes de sang royal gagnent-elles leur vie? Témoignage de deux personnalités issues de l’aristocratie.

  • Michel de Yougoslavie utilise son titre de prince et son réseau pour «mettre en relation des gens qui veulent faire du business».

    Crédits: Cyril Bailleul
  • La comtesse Catherine Donin de Rosière et son époux Yves posent avec Anastasia.

    Crédits: Caroline Rossi

«Je n’ai jamais touché de salaire. Mais j’arrive à gagner de l’argent avec mon hobby: l’art.» Catherine Donin de Rosière fait partie de l’aristocratie. Devenue comtesse par alliance il y a 55 ans, elle vient elle-même d’une famille noble française par les femmes. Bénévole très impliquée dans la Société protectrice des animaux (SPA) à Genève, elle est fière de son arbre généalogique mais préfère vivre avec son temps. «Vous savez, les nobles n’aiment pas trop parler d’argent. Avec l’arrivée du capitalisme, nous avons dû nous adapter comme tout le monde pour gagner notre vie.» Son père fut un homme d’affaires inventeur (dont la seringue non réutilisable ou la canne à pêche rétractable). Les ancêtres de son mari ont combattu aux côtés de La Fayette. Une noblesse au service de la nation, mais dont le titre ne suffit plus pour vivre au XXIe siècle. «Dans l’ancienne génération, le titre suffisait. Aujourd’hui, c’est terminé, confirme la comtesse. Que vous soyez noble ou pas, la nouvelle génération s’est mise au travail.»

Une collection de livres anciens

Sa passion pour la cause animale étant bénévole, c’est avec l’art que la comtesse fait «la culbute». «J’ai construit, au fil des ans, une collection de livres anciens. Quand j’en achète un, j’en revends un autre qui aura pris de la valeur.» Ou encore du mobilier comme ce paravent en laque très bien vendu dans une vente aux enchères. «Je passe toujours par un intermédiaire, car je ne sais pas vendre. Mon rapport à l’argent est complexe, je reconnais que c’est un handicap.»

Mais un handicap surmontable tant qu’on a de l’argent. Certains royaux ont tout perdu, comme les Russes après la révolution en 1917. La République française est alors devenue une terre d’exil pour les nobles du régime tsariste. Certains sont devenus chauffeurs de taxi, «le Jockey Club de Paris avait un prince russe comme portier», affirme Michel de Yougoslavie, lui-même prince et membre de deux familles royales. L’exil, il connaît. «Mon grand-père maternel était le roi d’Italie, il est parti avec son costume sur le dos et sa famille en 1946. Il a déposé les bijoux de famille à la Banque d’Italie, a quitté Rome pour s’exiler au Portugal.
Ce sont des particuliers italiens qui les ont ensuite aidés à vivre.» Même scénario du côté paternel: son grand-père Paul de Yougoslavie fut le dernier régent de Yougoslavie de 1934 à 1941. «Ma famille a perdu le pouvoir des deux côtés, en Italie et en Yougoslavie.»

«Ce qui a le plus de valeur, c’est le titre»

Né en 1958 à Paris, le discret Michel de Yougoslavie a vécu une partie de sa scolarité à Gstaad, puis neuf ans à Genève jusqu’en 2016. Sa connaissance des personnalités royales est à l’image de son arbre généalogique: immense et prestigieuse. «Elles se connaissent beaucoup entre elles. Nous sommes une grande famille», confirme le prince qui descend aussi du tsar Alexandre II par quatre générations. La Couronne britannique fait aussi partie de sa famille puisque le prince Philip (époux d’Elizabeth II) est le cousin germain de sa grand-mère de Yougoslavie. «Ce qui a le plus de valeur, c’est le titre. Tu grandis avec ça, c’est comme une épée, c’est ce qui permet de te battre», explique encore Michel de Yougoslavie.

C’est d’ailleurs son titre de prince qui lui permet de gagner de l’argent. Désormais basé à Monaco, il travaille pour trois sociétés différentes dans le domaine de l’intelligence. «J’utilise mon réseau pour mettre en relation des gens qui veulent faire du business. Je suis un portier de luxe qui ouvre les portes à ses clients.» Pour ses introductions royales, le prince est payé une première fois et, si l’affaire se conclut, il touche une seconde rémunération.

Agent immobilier en Floride

Homme de réseaux, Michel de Yougoslavie a d’abord été agent immobilier en Floride. «Je travaillais à Palm Beach, j’avais 26 ans. Dès la première semaine, j’ai gagné une fortune: 150 000 dollars de commission d’un coup pour une maison vendue 6 millions. J’ai vendu une dizaine de maisons par an pendant dix ans. La concurrence était effrénée, mais j’étais parmi les meilleurs vendeurs.»

Sans trône, il faut travailler, comme ce prince jardinier qui vend des outils et accessoires de jardin près de son château. Mais quand la famille règne, le travail est interdit et les obligations sont nombreuses. C’est pour échapper aux médias et aux trop fortes contraintes familiales que Meghan et Harry ont préféré s’exiler aux Etats-Unis. Une décision que Michel de Yougoslavie trouve «dommage», alors que la comtesse Donin de Rosière admire la volonté d’autonomie du jeune couple. Chez les «Royals» aussi, il faut trouver sa place, et ce n’est pas forcément gagné!


14 monarchies règnent en Europe

Richesse La famille royale la plus connue est celle d’Angleterre, mais elle est loin d’être la plus riche: la fortune personnelle de la reine est estimée à 500 millions de dollars (le reste appartient à la Couronne et est géré par l’Etat). Le prince le plus riche d’Europe est celui du Liechtenstein, Hans-Adam II, dont la fortune privée s’élèverait à 2,8 milliards d’euros. Il possède de nombreux châteaux, dont un à Vienne qui renferme la collection d’art privée la plus importante d’Europe.

En Espagne, après les scandales de fin de règne de Juan Carlos (fortune cachée en Suisse et chasse à l’éléphant au Botswana), son fils Felipe VI réalise un sans-faute depuis son arrivée sur le trône en 2014. En Espagne comme dans d’autres monarchies, c’est la «liste civile», c’est-à-dire le budget alloué par l’Etat à la famille royale, qui fait office de salaire. Contre cet argent public, la famille royale a l’obligation de parrainer les causes nationales et de représenter au mieux la Couronne, et donc le pays.

Catherine Nivez
Catherine Nivez

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste en France depuis 1990, d’abord comme reporter et journaliste dans le secteur de la musique, puis dans les nouvelles technologies, internet et l’entrepreneuriat. Après 20 ans en France, elle migre en Suisse et à Genève où elle vit et travaille désormais sur sa nouvelle passion: l’alimentation et la santé.

Elle a fait l’essentiel de son parcours dans l’audiovisuel français (France Inter, France Info, Europe1, ou encore Canal+). Désormais journaliste freelance en Suisse, elle a signé une série d’articles pour le quotidien suisse romand Le Temps et travaille désormais pour Bilan.

Vous pouvez aussi retrouver ses blogs : www.suisse-entrepreneurs.com, galerie de portraits des entrepreneurs qu'elle côtoie en Suisse, et sur LE BONJUS son nouveau blog consacré aux jus et à l’alimentation.

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