Bilan

Prévoyance: les Romands taxent davantage les retraits en capital

Le canton de Zurich réduira l’imposition sur les prestations en capital à partir de 2022. A cette occasion, Bilan s'est penché sur les différences de fiscalité entre cantons: mieux vaut être domicilié à Nidwald que dans le canton de Vaud lorsqu’on retire son 2e pilier.

Les impôts sont généralement plus élevés dans les cantons francophones qu’en Suisse alémanique.

Crédits: PHOTO: Bernd Vogel/Getty Images

Depuis quelques années, les caisses de pension ont tendance à pousser leurs assurés à retirer leurs avoirs sous forme de capital lorsqu’ils partent à la retraite en raison des taux de conversion des rentes qu’elles jugent trop élevés et de la hausse de l’espérance de vie. Or, le fisc se sert au passage avec des différences très importantes selon le lieu de résidence du contribuable. 

Les prestations en capital sont en effet taxées au niveau fédéral, cantonal, communal, voire paroissial. Si le régime de l’impôt fédéral direct est le même pour tous, ce n’est pas le cas pour les autres impôts. Une comparaison des taxations cantonales, dont les méthodes de calcul varient entre les cantons, montre que la facture des Romands est plus élevée que celle des Alémaniques (lire les tableaux ci-dessous).

35 032 francs d’écart entre Vaud et Jura

Un assuré marié qui retire 500 000 francs doit s’acquitter d’un montant de 31 122 francs dans le canton de Vaud (seul Bâle-Ville est plus cher), contre 7500 francs dans les Grisons. Tous les cantons romands figurent dans le top 8 des cantons les plus voraces. Les écarts sont indolores entre Genève, Jura et Valais (moins de 1500 francs). En revanche, les Vaudois paient 13 624 francs de plus que les Valaisans.

Un retrait de 1 million de francs est aussi plus onéreux en Suisse romande. Ses six cantons figurent dans le top 10 avec des différences relativement faibles entre Genève, Neuchâtel et Valais. Vaud monte de nouveau sur la deuxième marche du podium derrière Bâle-Ville. Ses contribuables déboursent 71 165 francs, contre 18 288 francs à Nidwald. Entre Vaud et Jura, qui est le canton francophone le moins gourmand, l’écart s’élève à 35 032 francs.

Dans les deux cas, les différences entre les deux côtés de la Sarine et entre cantons romands, qui sont déjà importantes, s’accroissent encore si on ajoute la perception de l’impôt communal. Selon les indications fournies par VZ VermögensZentrum, un retrait de 500 000 francs par exemple coûte 46 884 francs à Lausanne et 25 561 francs à Genève, contre 14 100 à Coire.

Le directeur romand de ce cabinet de conseil n’est pas surpris par la lourdeur de la fiscalité en Suisse romande. «Les impôts sur le revenu et la fortune des personnes physiques sont, en règle générale, plus élevés dans les cantons francophones qu’en Suisse alémanique», constate Roland Bron

Cet impôt est aussi très progressif dans plusieurs cantons. Si Genève taxe relativement fortement les avoirs de 500 000 francs et 1 million de francs, il est plus compétitif pour des retraits inférieurs. «A titre d’exemple, un couple marié qui touche une prestation en capital du 2e pilier de 100 000 francs en ville de Genève s’acquittera de 2787 francs d’impôts cantonal et communal, contre 4116 francs à Sion, 4680 francs à Fribourg, 4715 francs à Delémont, 4750 francs à Neuchâtel, et 5573 francs à Lausanne», relève Philippe Dunant, secrétaire général adjoint du Département des finances et des ressources humaines du canton de Genève.

Que fera le canton de Vaud?

Alors que le canton de Zurich réduira l’imposition sur les prestations en capital à partir de 2022 (de 48 860 à 28 400 francs sur un avoir de 1 million), seul le canton de Vaud pourrait faire de même en Suisse romande. «Le Conseil d’Etat a prévu une diminution de cet impôt, en principe pour l’année prochaine», indique Olivier Dessimoz, porte-parole du Département des finances et des relations extérieures. Mais il faudra attendre jusqu’à la publication du budget 2022 pour savoir si le pas sera réellement franchi. 

Dans le canton de Fribourg, cet impôt a fait l’objet d’une analyse dans le cadre d’un paquet de mesures destinées à alléger la fiscalité des personnes physiques. «L’option de diminuer sa charge fiscale n’a toutefois pas été retenue, étant donné que d’autres mesures touchant un plus grand nombre de contribuables nous ont paru davantage prioritaires», explique le grand argentier Georges Godel. Selon ce conseiller d’Etat, la taxation des prestations en capital est justifiée. «Le contribuable qui prélève son avoir sous forme de rente ne bénéficie d’aucun abattement fiscal, puisque celle-ci est entièrement imposée. Cet élément doit être pris en compte lorsque l’on envisage de réduire l’imposition des prestations en capital», insiste-t-il.

Rente ou capital?

La question de la fiscalité est une donnée centrale pour tout futur retraité. Doit-il choisir de toucher sa prévoyance vieillesse sous forme de capital ou de rente ou encore en combinant les deux possibilités (lire l'encadré ci-dessous)? S’il opte pour la première solution, il vaut alors la peine d’échelonner les versements afin d’optimiser ses charges (impôts fédéral, cantonal et communal). Prenons les deux villes romandes les plus peuplées. Pour un avoir de 500 000 francs et de 1 million de francs retiré en deux fois, un Genevois parvient à économiser 6417 francs et 8775 francs, tandis qu’un Lausannois réduit sa facture de 10 992 francs et de 15 815 francs. D’aucuns envisagent aussi de s’établir dans un lieu fiscalement attractif avant de percevoir leurs prestations. Une option réaliste? «Nous déconseillons les domiciliations fictives. En revanche, une personne qui achète une résidence dans une autre commune que son domicile actuel peut y être taxée, pour autant qu’elle en fasse son centre de vie principal. Elle devra le justifier aux autorités fiscales», explique Roland Bron.


Que choisir?

Retirer son avoir du 2e pilier sous forme de capital ou de rente ou encore en combinant les deux possibilités? Le choix doit être mûrement réfléchi.
Le capital:
Son retrait nécessite de planifier son budget sur une longue durée et de posséder des connaissances pour investir à bon escient. Le fisc prélève un impôt sur les prestations en capital, puis sur la fortune. Comme l’imposition sur la fortune est plus avantageuse que celle sur le revenu, le contribuable réalise des économies à long terme.
La rente:
Elle permet de toucher un montant fixe chaque mois. Au niveau fiscal, les prestations sont imposées comme un revenu. La moitié des rentiers ont choisi cette option.
Le capital et la rente:
Un rentier peut jouer sur les deux tableaux en retirant une partie
de ses avoirs et toucher le solde en rente.
C’est souvent le choix que fait un couple.

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix BZ du journalisme local 1991, Prix Jean Dumur 1998, AgroPrix 2005 et 2019.

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