Bilan

Quelle sera la valeur des diplômés 2020?

Les évaluations à distance posent problème en termes de tricherie et d’égalité de traitement. Certains enseignants et employeurs s’inquiètent déjà de la valeur des certificats, maturités ou titres universitaires octroyés durant cette crise du coronavirus.

Alors que le confinement risque de se prolonger, la question des examens et de la valeur des diplômes se pose.

Crédits: Keystone

Les étudiants et écoliers recevront-ils leur diplôme en assistant à une cérémonie en ligne, via leur smartphone? Passeront-ils d’ailleurs leurs examens alors que, depuis le 16 mars, les écoles, gymnases et universités sont fermés à cause du Covid-19?

Si la question des examens n’est pas encore réglée, «l’année scolaire 2019/2020 ne sera pas prolongée et sera validée intégralement dans tous les cantons bien que l’enseignement ait actuellement lieu à distance et même si de nouvelles décisions devaient être prises par le Conseil fédéral », a annoncé jeudi la Conférence suisse des directeurs cantonaux de l’instruction publique (CDIP).

Pour les diplômés de toutes les filières du degré secondaire II, la possibilité de commencer des études ou un emploi en automne est garantie. Les élèves de dernière année des gymnases, des écoles de culture générale et des filières de maturité professionnelle ainsi que les élèves de la passerelle «maturité professionnelle, maturité spécialisée – hautes écoles universitaires» obtiendront leur certificat suffisamment tôt. «Une décision concernant les modalités selon lesquelles les certificats seront délivrés sera prise début mai au plus tard», a noté la CDIP. La décision dépendra notamment de l’évolution de la pandémie.

Les apprentis pourront aussi obtenir leur CFC ou leur attestation fédérale de formation professionnelle (AFP) malgré la crise. C’est en tout cas le mot d’ordre d’un groupe de travail réunissant différents représentants des partenaires de la formation professionnelle au niveau national.

Une avalanche de recours

Pour François Piccand, chef de service au Service de l’enseignement secondaire à Fribourg, se veut rassurant: «Nous allons garantir la remise des diplômes en fin d’année. Les titres seront distribués. N’oublions pas qu’ils reposent sur des connaissances acquises sur plusieurs années et non sur quelques semaines. Il ne manquerait que deux-trois mois de cours si l’année s’achevait au 13 mars.»

Reste l’épineuse question des examens alors que les épreuves cantonales romandes, prévues au mois de mai ont déjà été annulés. Le flou reste total. Certains enseignants pensent uniquement organiser des examens oraux en visioconférence. D’autres préfèreraient effectuer des épreuves écrites, envoyées à domicile par la poste. Mais, les évaluations à distance posent problème en termes d’égalité de traitement. Une avalanche de recours contre d’éventuels redoublements prononcés est redoutée. «Je crains la distribution de maturités au rabais pour éviter les plaintes des parents», s’inquiète un professeur dans un gymnase lausannois.

«Donner un diplôme tel que la maturité sans faire passer d’examens ou en réduisant les exigences pose question. Ce n’est pas fair-play par rapport aux étudiants des années précédentes, estime David Claivaz, directeur du Groupe Lémania. J’ai déjà eu vent de consultants qui émettent des doutes sur l’engagement des diplômés de 2020. La technologie existe pour faire passer des examens à distance. Nous envisageons d’utiliser la plateforme TestWe, par exemple. Nous soutenons pour cela les professeurs grâce à des canevas spécifiques (www.edpivot.com), que nous tenons gratuitement à la disposition de tous les enseignants du public ou du privé.»

Pierre Dillenbourg, professeur à l’EPFL et spécialiste des technologies innovantes, se montre plus prudent: «Il n’y a pas de solution miracle. Aucune solution technique ne permet d’éliminer la tricherie à 100%. Concernant les examens oraux passés par visioconférence, cela fonctionne généralement bien mais certains étudiants peuvent avoir des problèmes de connexion ou de bruit à la maison. Il risque d’y avoir des milliers de recours.»

Le professeur de l’EPFL estime qu’il faudrait plutôt changer la forme des examens et demander aux étudiants de réaliser des projets dans certaines matières plutôt que de répondre à des questions. «On ne devient pas ingénieur en répondant à des quizz. N’exagérons pas la valeur des examens. Quelques mois de perdus sur plusieurs années d’études, ne réduira pas la valeur des diplômes, assure-t-il. Tant que l’on ne connaît pas la durée de la crise, mieux vaut considérer toutes les options possible plutôt que d’opter prématurément pour une solution.»

Examens maintenus

En attendant, l'Université de Lausanne a déjà annoncé maintenir ses sessions d'examens en juin-juillet et en août-septembre. Mais leur déroulement sera largement réorganisé. Certaines évaluations se dérouleront comme prévu. D'autres pourraient se tenir selon de nouvelles modalités, en particulier pour permettre des examens à distance, a annoncé mercredi le vice-recteur Giorgio Zanetti, dans une vidéo sur les réseaux sociaux. Les dates de certaines épreuves seront déplacées, voire reportées de la session de juin à celle de septembre «pour garder les meilleures chances de se dérouler comme prévu», a-t-il ajouté.

L'Université de Neuchâtel (UniNE) a aussi annoncé mardi maintenir les examens de juin tout en revoyant ses modalités. La durée maximale des études pourra être prolongée d'un ou deux semestres selon les cas. Mais le rectorat est conscient que la préparation ne sera pas idéale, les cours se déroulant actuellement uniquement par le biais de vidéos. Raison pour laquelle la direction de l’UniNe a décidé que «les résultats obtenus ne seront pris en compte que s’ils conduisent à l’acquisition des crédits correspondants». Autrement dit, un échec ne sera pas pris en compte, mais il sera assimilé à une absence justifiée.

Bloch Ghislaine NB
Ghislaine Bloch

Journaliste

Lui écrire

Ghislaine Bloch a découvert le monde de la vidéo et du reportage dès son adolescence. Après l'obtention d'un master à la Faculté des Hautes Etudes Commerciales de l'Université de Lausanne, elle démarre sa carrière à L'Agefi où elle effectue son stage de journaliste. Puis elle rejoint le quotidien Le Temps en 2004 où elle se spécialise dans les sujets liés aux start-up, à l'innovation, aux PME et à la technologie. Des thématiques qu'elle continue de traiter chez Bilan depuis 2019.

Du même auteur:

ADC Therapeutics va entrer en Bourse
Andrea Pfeifer: AC Immune «mise surtout sur la prévention face à Alzheimer»

Bilan vous recommande sur le même sujet

Les derniers Articles Economie

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."