Bilan

Sommet Biden-Poutine: quelles retombées économiques pour Genève?

Le 16 juin prochain, Genève accueillera la première rencontre officielle entre les présidents américain Joe Biden et russe Vladimir Poutine. Ce sommet replace de facto la cité de Calvin au centre de la diplomatie internationale; il est aussi de bon augure pour la reprise du business et du tourisme dans la région après plus d'un an d'activité réduite à néant en raison de la crise sanitaire. Explications.

Joe Biden et Vladimir Poutine lors de leur rencontre à Moscou, le 10 mars 2011. Le premier était alors vice-président des Etats-Unis, tandis que le second était premier ministre de la Russie.

Crédits: AFP

Comme un retour dans le monde d'avant... Le monde d'avant le covid, le monde des rencontres bilatérales sans écrans interposés. 35 ans après Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev, Joe Biden et Vladimir Poutine fouleront à leur tour le sol helvétique le 16 juin pour un tête-à-tête qui s'annonce historique.

Genève se retrouve à nouveau sous le feu des projecteurs internationaux et elle ne cache pas sa satisfaction: «nous nous réjouissons que la Suisse soit reconnue pour sa tradition de bons offices et Genève comme un lieu de paix et de dialogue entre les nations et les peuples», a déclaré la Conseillère d’Etat, Anne Emery-Torracinta, à la presse.

InterContinental Genève. (DR)
InterContinental Genève. (DR)

Au-delà de l'aspect diplomatique, ce sommet est aussi l'occasion pour le canton de se refaire une petite santé économique. Selon les informations des médias suisses, les deux présidents devraient se rencontrer à l'Hôtel InterContinental, dans le quartier des Nations et non loin du siège européen de l'ONU. Ce choix doit encore être confirmé officiellement par les autorités, mais il représente une aubaine pour l'hôtellerie de luxe durement touchée par le covid.

Dans son ensemble, toute la branche se félicite de cette opportunité. «Un certain nombre d’hôtels bénéficieront de manière apparente de retombées et c’est tant mieux car le secteur en a grandement besoin», confirme le président de la Société des Hôteliers de Genève, Gilles Rangon. A ce stade, il se refuse néanmoins à jouer les pronostics: «nous ferons un bilan le moment venu, mais le parc hôtelier genevois compte 10'000 chambres et nous souhaitons tous pouvoir les louer. Les restrictions de voyage sont toujours là; elles sont plus ou moins strictes selon les zones d’où vous venez», rappelle-t-il.

Pour la restauration aussi, cette rencontre intervient au moment opportun, dans la foulée de la réouverture des établissements à l'extérieur, comme à l'intérieur. Alors les 2'000 restaurants du canton comptent bien capitaliser sur cet événement qui remet la Genève internationale à l'honneur. C'est une nouvelle «réjouissante», pour le président de la Société des Cafetiers, Restaurateurs et Hôteliers de Genève, Laurent Terlinchamp. «Après quatorze mois de non-activité, il faut voir ce sommet comme un redémarrage. Même si les retombées ne vont pas toucher directement la restauration, il y aura des aspects positifs dans un deuxième ou dans un troisième temps», avance-t-il, «nous espérons que cela encouragera les organisations et la clientèle internationales à revenir sur la place genevoise!».

Miser sur le tourisme de congrès

En abritant le deuxième siège le plus important des Nations Unis et plus de 400 ONG, Genève est un centre majeur de la gouvernance mondiale. Avant le covid, elle accueillait chaque année plus de 3'400 réunions, 1'820'000 délégués du monde entier et quelques 4'800 visites de chefs d'État et de gouvernement, de ministres et autres dignitaires, selon les chiffres communiqués par l'Etat de Genève, ce qui représente représente un enjeu stratégique, mais aussi économique pour le canton.

«La Genève internationale revêt une importance primordiale pour le Conseil d'Etat, il la considère comme l'une de ses priorités et lui apporte un soutien fort. Cet engagement est d'ailleurs ancré dans la Constitution genevoise», rappelle Emmanuel Cuénod, le Chef du service communication et information du canton.

Pour Genève Tourisme, cette réunion bilatérale est du pain béni après les longs mois de disette. «Nous pouvons estimer que Genève accueillera entre 1'200 et 1'500 participants et près de 1'000 journalistes», se réjouit la présidente de la faitière, Sophie Dubuis. En termes de retombées directes, elle estime que cet événement générera environ 6'000 nuitées.

Mais Genève Tourisme veut voir plus loin encore: elle espère que ce sommet permettra de relancer le tourisme de congrès qui est capital pour l'économie de la région. «En amenant des délégations entières, des médias et des journalistes, l’événement aura des répercussions favorables sur l’économie locale; mais il s’agit avant tout d’une opportunité exceptionnelle de mettre la Genève internationale en lumière et les enjeux pour tous les acteurs du secteur dépassent les retombées financières directes», conclut Sophie Dubuis.


Les préparatifs du sommet tenus secrets

Confirmé par la Maison Blanche et le Kremlin mardi 25 mai, ce sommet clôturera le séjour de Joe Biden en Europe, après le sommet du G7 au Royaume-Uni (11-13 juin) et une halte au siège de l'OTAN à Bruxelles, en Belgique, le 14 juin.

L'Autriche, la Finlande ou encore la Slovaquie faisaient également partie des pays hôtes candidats. Mais c'est Genève qui a été retenue pour accueillir cette rencontre, renouant ainsi avec sa tradition de neutralité et son rôle de médiation entre les peuples. En coulisses, la diplomatie suisse oeuvre depuis mi-avril en ce sens auprès des administrations des deux pays.

Et notamment le ministre des affaires étrangères, Ignazio Cassis, qui a été particulièrement proactif, ainsi que les ambassades suisses aux Etats-Unis et en Russie. Le président de la Confédération, Guy Parmelin, s'est donc naturellement félicité que son pays accueille ce sommet: «Je forme le voeu que les discussions soient fructueuses pour les deux pays et la communauté internationale», a-t-il tweeté.

Du côté du Canton, toutes les équipes sont mobilisées pour la préparation de ce sommet: le service du protocole et les services de police pour les questions sécuritaires et le service du médecin cantonal, en lien avec la task force scientifique, pour les questions liées au covid. La Conseillère d'Etat Anne Emery-Torracinta a affirmé que «Genève était heureuse de se mettre "à disposition" pour une telle rencontre» et que «le Conseil d’Etat se réjouit de collaborer avec la Confédération pour la préparer».

A l'heure actuelle, la plupart des préparatifs de ce sommet restent tenus secrets. Mais les choses avancent sur le terrain: les conseillers à la sécurité nationale des deux pays se sont déjà rencontrés la semaine dernière à Genève.

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Laure Wagner

Journaliste

Lui écrire

Laure Wagner est correspondante indépendante à Genève pour les médias francophones. Elle a travaillé pendant six années en tant que journaliste rédactrice et reporter au sein de la rédaction de France 24 à Paris.

Pour le service politique, elle a couvert tous les grands événements de ces dernières années et notamment les élections présidentielles et législatives françaises de 2012 et 2017. Elle a également réalisé de nombreux reportages sur des sujets d'économie et de société pour les différents magazines de la chaîne internationale.

Elle est titulaire d'une double licence en Histoire et en Science Politique et d'un master en Histoire des relations internationales (Université Paris 1 - Panthéon Sorbonne).

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