Bilan

Le tourisme vaudois entre savoir-faire et innovation

Tout au long de l'été, Bilan vous emmène à la découverte du tourisme économique suisse. Usines, campus scientifiques, barrages, mais aussi fermes agricoles et domaines viticoles, musées techniques et technologiques: une autre manière de (re)découvrir notre pays. Ce vendredi, direction le canton de Vaud, où la tradition et l'innovation s'entremêlent pour des activités insolites.

Entre les vignes, le lac et les montagnes, les paysages ne manquent pas dans le Canton de Vaud

Crédits: François Wavre

Si vous pensez que l’activité touristique du Canton de Vaud ne se résume qu’au bord du Lac Léman et bien mal vous en a pris. Situé à 40mn de l’aéroport de Cointrin à Genève et disposant d’une offre de transports publics des plus complètes, les touristes optant pour la destination vaudoise peuvent être facilement dépaysés. En seulement 1h, ils ont l'occasion de passer du farniente des plages à 372m d'altitude aux randonnées à couper le souffle à travers des montagnes pouvant culminer à 3’209m d’altitude. 4ème canton de Suisse avec 808’088 habitants en 2019, son territoire de 2’821m2 s’étend de la chaîne de montagne du Jura (15% du territoire) aux Alpes (22%) tout en passant par le plateau suisse (63%) et bien sûr par la région lémanique. «La diversité topographique et les différents environnements du Canton sont très attrayants» note d'emblée Andreas Banholzer, directeur de l'Office du Tourisme du Canton de Vaud

Les touristes viennent visiter le Canton de Vaud principalement aux mois de juillet et d'août. Source: Statistiques Canton de Vaud

Fort de ses 304 hôtels et de ses 17’000 lits, le tourisme vaudois génère un chiffre annuel global de 4,56 milliard de franc contribuant pour 7,2% au Produit Intérieur Brut du canton engendrant également environ 2’500 emplois à plein temps. «En 2019, nous avons dénombré 3 millions de nuitées, précise le directeur de l'OTV, 45% de nos touristes viennent de Suisse et visitent principalement le canton entre juillet et août pendant leur période de vacances.» Malgré le coronavirus, le Canton de Vaud a su relancer la machine avec des offres et des partenariats attractifs.

WelQome to Canton de Vaud

Malgré les règles sanitaires, l'Office du Tourisme du Canton de Vaud s’est creusé les méninges pour assurer une offre touristique de qualité. Ils ont d’abord commencé par une vidéo étonnante vantant les beautés de la région tout en respectant les restrictions imposées. 

Avec Myvaud ou encore la carte «Vaud à la carte», les touristes bénéficient de nonante offres imbattables sur de multiples activités allant d’un tour en vélo de quatre jours dans les Alpes ou une escapade à Nyon entre le Chasselas et le Lac Léman. Avec «Vaud à la carte», les touristes séjournant deux nuits ou plus dans un hôtel du canton reçoivent une carte prépayée d’une valeur de 100.- valable dans de nombreux restaurants, musées et auprès d'autres prestataires vaudois. «Elles peuvent être utilisées dans 600 endroits différents, explique Andreas Banholzer, au départ nous en avions commandé 2'500 puis, au vue de son succès, mais au vue de la demande, nous en avons commandé 1000 de plus.»

Mais ce n’est pas tout. Associé au site de vente en ligne QoQa, le Canton de Vaud a investi 15 millions de francs à travers la plateforme WelQome afin de valoriser les offres de qualité, orientées sur les notions de proximité et de durabilité dans le domaine du tourisme.

Crédits: WelQome

Le principe est simple: quand le client achète une prestation sur la plateforme, il bénéficie de 20% de réduction alors que le prestataire reçoit une plus-value de 10%. «Plus de 1000 commerçants sont déjà inscrits sur la plateforme, explique Kay Henbriksen, responsable de WelQome, il y a eu un effet boule de neige avec le bouche à oreille des clients. Aujourd’hui 41% des 15 millions investis ont déjà été reversés.» Au total, 50 millions devraient être distribués aux acteurs économiques et touristiques. Mais quelles sont ces activités et ces acteurs?

Du vin mais pas seulement...

L’appétit venant en mangeant, l’offre touristique vaudoise est garnie d’une multitude d’activités gastronomiques. Et comment ne pas commencer par le vin. Avec 4’000 hectares de vignes, le Canton de Vaud compte quatre variétés de cépages avec le Chasselas qui couvre deux tiers de la production vaudoise ainsi que huit appellations d’origines contrôlées. De Morges, au Lavaux en passant par Orbe ou le Chablais, 39,62 millions de bouteilles sont produites par an par 7’179 propriétaires. Le Lavaux est d’ailleurs inscrit depuis 2007 comme paysage culturel au Patrimoine mondial de l’UNESCO.

Au coeur des vignes, le Vinorama fait déguster à ses visiteurs plus de 300 vins de la région. Crédits: Lavaux Vinorama

L’histoire du vin est narrée au Musée de la Vigne et du Vin à Aigle mais également au Lavaux Vinoroma à Rivaz ainsi qu'au Musée de la Confrérie des Vignerons à Vevey dans lesquels vous pourrez allier culture et dégustations. Dans le même registre, on ne compte plus les balades oenotouristiques dans la Canton. Si l’application Vaud-Guide disponible sur Google Play et l'App Store vous aiguillera sur les meilleurs vins à goûter… les meilleurs sentiers où se balader, le Lavaux expérience vous permettra de mettre les mains au cépage afin de vivre toutes les étapes de la production du vin. En raison de la situation actuelle, l’Office vaudois des vins a mis en place une plateforme numérique permettant de s'inscrire auprès des vignerons et prendre rendez-vous avec les différents caveaux de la région.

Les huit différentes appellations de vins vaudois sur six régions différentes. Crédits: OTV

Pour celles et ceux qui apprécient d’autres breuvages, il y a l’embarras du choix entre Lausanne et son projet de sa nouvelle bière Levatura à base de levures saines et locales ou plus au Nord avec la torréfaction de café au caveau du Musée d'Orbe. La capitale vaudoise et olympique propose également un clin d’oeil au Major Davel, soldat et patriote vaudois, avec l'Esprit du Major pour découvrir comment transformer des plantes en spiritueux.

Il existe également deux huileries artisanales, qui se font rares de nos jours, au Moulin de Sévery à Morges et à la Distillerie des Bassins à Nyon qui produisent des huiles naturelles. Les fromageries ne sont pas en reste. Plusieurs artisans fromagers ouvrent leurs portes aux touristes qui s’aventurent dans les hauteurs du canton. De Montricher avec la Fromagerie Gourmande à l’Alpage de la Neuve à Blonay en passant par la Fromagerie du Col de Jaman ou celle de La Chèvrerie de Leysin, vous connaîtrez le b-a ba de la production des meilleurs fromages de la région. A L'Etivaz au Pays-d'Enhaut, la Maison de l’Etivaz permet de connaître les secrets de ce célèbre fromage AOP produit de manière artisanale au feu de bois par plus de 75 paysans fromagers. En 1999, le fromage de l’Etivaz fût le premier produit suisse d'appellation d'origine contrôlée. 

Comment ne pas parler de pain avec du fromage? Pour ce faire, la Maison du Blé et du Pain à Echallens narre l’histoire du blé et du pain à travers le travail de ses artisans. Pour fêter ses 30 ans, le musée propose une exposition sur le gluten pour y connaître tous ses secrets. On retrouve également de nombreux artisans chocolatiers de renommée internationale à l’instar de Nestlé à Vevey et son Alimentarium dans lequel on retrouve un musée et de multiples activités.

Un savoir-faire reconnu mondialement

En parlant d'entreprise de renom, c’est dans le Nord Vaudois qu’il faut se rendre. Le tourisme industriel s’est beaucoup développé dans la région avec un grand nombre d'entreprises organisant des visites dans leurs ateliers et en créant même des musées à part entière. La demande est telle que certains grands noms de l’industrie vaudoise ont décidé de dédier des sites spécialement pour les visiteurs.

C’est le cas de l’entreprise Cornu qui a financé à hauteur de 7 millions un bâtiment unique dans lequel on retrouve atelier de production, restaurant, magasin et bien sûr musée. Ouverte en 2016 à Champagne, La Fabrique compte plus de 15’000 visiteurs par an est mise sur un point en particulier la vue sur son site de production, un aspect que chérit le public: «On propose également une palette d’activités qui plaîsent beaucoup aux groupes et aux familles, explique Cyril Cornu en charge du bâtiment, l’entrée coûte 10.- et les visiteurs recoivent 5.- de bon dans notre magasin.»

A la Fabrique, le musée donne directement devant la production. Crédits: La Fabrique

Reconnu mondialement pour ses produits tels que le Roland Bretzeli ou ses Palmiers La Fabrique, l’entreprise du Nord vaudois n’est pas la seule. Sainte-Croix invite ses visiteurs à se promener pendant une heure au rythme des sites industriels qui ont fait la renommée de la région. On retrouve notamment les usines Paillard et ses ateliers de boîtes à musique. Capitale mondiale, Sainte-Croix propose également le Musée CIMA ainsi que le Musée Baud dans le village de L'Auberson pour vous faire plonger en musique dans l’histoire de ces boîtes à son et des automates. Pour associer histoire et pratique, l’Atelier de Mécanique Ancienne du Dr Wyss vous montrera les facettes de la création de ses objets.

Chaque région possédant sa spécialité, pourquoi forcément aller à Lucerne au musée des transports quand on peut aller à Vallorbe pour découvrir le Musée du Fer et du Chemin de Fer? A la rue des Grandes Forges, l’histoire du rail est contée au long de cinq salles et de 227 mètres de voies miniatures sur lesquelles cheminent tous les types de trains du pays et d'ailleurs. Le musée retrace également le développement et l’importance des industries ainsi que des forgerons pour Vallorbe devenu la Cité du Fer en 1495. Le musée organise également des expositions spéciales et des promenades guidées le long du quartier des Grandes Forges. 

Ces activités visent à promouvoir le patrimoine culturel et le savoir-faire vaudois; des aspects recherchés par nos visiteurs

Après le fer et les boîtes à musiques, place à l’imprimerie. L’Espace Gutenberg à Yvonand réunit une collection incroyable de machines et de matériels d’imprimerie datant du XVIIIe au XXe siècle. 

Typographie, lithographie et fabrication de papier à la cuve sont notamment au programme. Les montagnes ont aussi leur lot de spécialités et ce n’est pas du ski dont il est question. A Château-d’Oex, le Musée du Vieux Pays-d'Enhaut propose notamment les meilleures oeuvres des découpeurs de papier. Un art méconnu mais dont la région est spécialiste. 


Très demandé, les visites d’entreprises font fureur dans le secteur et ce n’est pas un hasard pour Cyril Cornu: «C’est une fierté pour les habitants d’avoir des entreprises qui fabriquent des produits reconnus et vendus dans le monde entier.» Des propos confirmés par le directeur de l'OTV, Andreas Banholzer: «Ces activités visent à promouvoir le patrimoine culturel et le savoir-faire vaudois; des aspects recherchés par nos visiteurs.» Si la Suisse est bien connue pour un produit, c’est bel et bien pour ses montres. Une région en particulier y a fait sa renommée. 

Un destin horloger

L’horlogerie est la grande marque de fabrique du Canton de Vaud. Si vous pouvez vous rendre à Nyon pour faire une visite de la Manufacture d'Hublot, il est impératif de faire un détour du côté de la Vallée de Joux pour vous plonger au coeur de l’horlogerie suisse. Le nid des horlogers, fermé par la fôret du Risoud, est tout simplement le haut lieu des montres à complication. Plusieurs marques historiques sont implantées dans la région et plusieurs musées retracent le fabuleux destin horloger de la Vallée de Joux. Avec une nouvelle muséographie, l’Espace Horloger a rouvert ses portes à l'automne dernier afin de partager l’histoire horlogère locale. Mais pas seulement avec un coup d’oeil sur les circonstances qui ont fait de la région le berceau de l’industrie horlogère ainsi qu'une mise en lumière des métiers nécessaires à la fabrication d’une montre. Pour la première fois de son histoire, la marque Jaeger-LeCoultre invite le public à sa manufacture sur réservation. Les touristes peuvent visiter une galerie retraçant son patrimoine ainsi que deux de ses ateliers. La grande nouveauté de cette année est sans contexte le nouveau Musée Atelier Audemars Piguet.

Une merveille architecturale au coeur du Brassus. Crédits: Audemars Piguet

Il a fallu sept ans pour construire cette oeuvre architecturale similaire à une montre à grande complication. Plus de 2’000 personnes de tout horizon ont oeuvré à ce projet unique dans la culture horlogère qui reste le plus ambitieux du siècle. Force est de constater que le résultat est bien présent: «Nous sommes complets jusqu’en novembre, sourit le directeur du musée et du patrimoine Audemars Piguet Sébastian Vivas, chaque jour nous ouvrons les réservations sur notre site internet pour une nouvelle journée de visite.» 


Si l’ancien musée d’Audemars Piguet accueillait environ 3’000 personnes par an, la nouvelle merveille architecturale du célèbre horloger attise déjà les foules avec un concept unique: «Il y a un lien entre nos traditions et la modernité, nous apprend le directeur du musée et du patrimoine Audemars Piguet, c’est un lieu de convergence dans lequel les visiteurs plongent dans l’histoire des techniques ainsi que les spécificités de nos montres.» La spirale du musée atelier est entièrement soutenue par des murs vitrés qui donnent le luxe d’observer les paysages du Brassus tout en admirant les 300 montres d’exception exposées qui ont fait l’histoire de la marque. La visite commence notamment avec la première montre de Joseph Piguet, fondateur de la marque, qui remonte à 1769. Et comment ne pas parler de la figure de proue de la marque, la Royal Oak, rendue notamment célèbre par sa lunette octogonale. Pour Sébastian Vivas, le but du musée est de retracer l’histoire et les chefs d’oeuvres de la marque mais pas seulement: «Nous souhaitons faire ressentir la technique et la mécanique aux visiteurs mais surtout de leur faire comprendre le geste de l’horloger.»

L'exemple d'un mouvement d'une montre que vous pouvez observer lors de votre visite. Crédits: Audemars Piguet

Ouvert le 25 juin, le Musée Atelier Audemars Piguet organise deux visites par jour en misant sur l’expérientiel. De l'accueil à la fin des deux heures de visites, le public est plongé dans la mécanique de la montre et met également la main à la pâte avec des exercices de polissage, de satinage et de serrage de vis microscopiques. Au coeur de l’horlogerie, la visite mêle héritage et technique tout en ajoutant une touche de modernité. En attendant, une amélioration positive des mesures sanitaires permettant une hausse du nombre des visiteurs, Audemars Piguet prépare déjà un nouveau chef d’oeuvre architecturale au Brassus. Un hôtel horloger de quatre étoiles et de 50 chambres est en construction pour 2021. Là encore, tout comme l’offre touristique vaudoise, l’innovation et la tradition seront au rendez-vous.









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