Bilan

Une seconde vie pour les sportifs d’élite

Les programmes de formation destinés aux champions se sont multipliés ces dernières années. Ils s’adressent non seulement aux athlètes, mais aussi aux passionnés.

  • Marcel Fischer, médaille d’or aux JO de 2004, a entamé sa deuxième carrière: médecin.

    Crédits: Gaetan Bally/Keystone
  • Un exemple de reconversion réussie: le footballeur Pelé a été ministre du Sport au Brésil. Ci-contre, il reçoit en 1997 le président américain Bill Clinton.

    Crédits: Diana Walker/Life/Getty images

«Pendant longtemps, les champions n’étaient vraiment pas avertis des difficultés qui les attendaient une fois leur carrière en compétition terminée. Mais aujourd’hui les choses ont changé, remarque Jean-Loup Chappelet. Beaucoup d’organisations sportives ont mis sur pied des programmes sur le thème de la reconversion.» Ce professeur à l’Université de Lausanne (UNIL) se réjouit des débouchés qui s’offrent maintenant aux athlètes d’élite, avec nombre de formationsdédiées dans les universités. Le centre de compétences déployé ces dernières décennies autour du CIO (Comité international olympique) à Lausanne joue un rôle majeur dans la densification de l’offre. Secrétaire général du CIES (Centre international d’étude du sport) à Neuchâtel, Vincent Schatzmann ajoute: «Dans les années 90, le monde du sport s’est développé et professionnalisé. De nouveaux défis sont apparus. Les organisations sportives ont eu besoin de collaborateurs au bénéfice de compétences spécifiques en gestion du sport.»

Jean-Loup Chappelet a toujours compté d’anciens sportifs d’élite en reconversion dans son cours «Politique et management du sport», même si ceux-ci restent rares. «Lorsqu’ils quittent la compétition, les champions se dirigent plutôt vers l’entraînement ou un master à plein temps. Dans la mesure du possible, la meilleure façon de procéder est de mener une formation en parallèle avec une carrière d’athlète.» A L’UNIL, un programme d’aide aux étudiants sportifs d’élite permet depuis 2013 à des athlètes de passer un bachelor en répartissant les cours sur un maximum de douze semestres, au lieu de six.

Vincent Schatzmann pointe la grande flexibilité des cursus: «Il existe aujourd’hui des formations longues, courtes, en ligne ou encore à temps partiel. Cette offre étendue permet aux athlètes de commencer ou de compléter leur formation déjà pendant leur carrière sportive.» L’avocat et ancien professionnel du monde du ski témoigne: «Dans l’organisation de compétitions, le développement du sport ou la formation des entraîneurs, les connaissances pratiques et techniques des anciens sportifs sont de plus en plus recherchées. Leur expérience alliée à une formation en management du sport représente une excellente combinaison.»

«Certains occupent des positions importantes au CIO, à la FIFA ou à l’UEFA» Vincent Schatzmann, responsable du programme FIFA Master. (Crédits: Diana Walker/Life/Getty images)

En Suisse romande

L’ISSUL (Institut des sciences du sport de l’UNIL) a mis sur pied un master en gestion du sport et des loisirs. Et dès ce printemps l’UNIL lance un nouveau cours spécialisé sur la régulation du sport global. L’UNIL, l’EPFL et l’Université de Genève (UNIGE) ont créé l’Académie internationale des sciences et techniques du sport (AISTS), sous l’égide du CIO. Elle propose différents cursus, dont un master of advanced studies in sport administration and technology (MSA). En partenariat avec différentes écoles, la FIFA a développé en 2000 son propre master, organisé par le CIES de Neuchâtel. Puis, en 2005, l’Université de Neuchâtel a mis sur pied un master en droit du sport. L’Université de Genève propose depuis 2008 une validation des acquis de l’expérience (VAE) qui s’adresse notamment à des sportifs dépourvus de certificat de maturité. En reconnaissant les compétences acquises, la VAE permet d’abréger partiellement les programmes de diplôme. Quant au CIO, il a composé un programme, Athlete365 Career+, dont le but est de maximiser les possibilités de formation et d’emploi pour les sportifs. Il s’agit d’une initiative de la commission des athlètes du CIO, en partenariat avec le groupe Adecco.

Ces formations suscitent un très grand intérêt. Chaque année, quelque 600 personnes commencent à remplir le formulaire d’inscription en ligne pour le FIFA Master – master international en sciences humaines, management et droit du sport. «Au final, nous ne retenons que 30 étudiants, provenant de plus de 20 pays différents», révèle Vincent Schatzmann, responsable du programme. Une formation qui assure des débouchés solides. Quelque 80% des étudiants du FIFA Master ont trouvé un employeur six mois après leur diplôme. «Aujourd’hui, parmi les 550 étudiants que le FIFA Master a formés depuis sa création il y a vingt ans, plus de 90% travaillent dans l’industrie du sport. Certains d’entre eux ont d’ailleurs des positions importantes au CIO, à la FIFA ou encore à l’UEFA.»

Les observateurs soulignent que l’économie du sport est un secteur en croissance. L’Occident connaît une inflation de compétitions sportives, tandis que l’engouement pour ce type de manifestations gagne les nouveaux marchés. En conséquence, les institutions rattachées au monde du sport se multiplient, causant l’expansion de la demande en professionnels formés.

Les sportifs qui ont réussi à se créer une image très forte ont bien sûr moins d’efforts à fournir pour assurer leurs vieux jours. «Devenu un mythe, le joueur brésilien Pelé a admirablement géré son parcours. Le footballeur a même été ministre du Sport au Brésil. Quant à Roger Federer, il effectue un sans-faute dans la manière dont il prolonge sa carrière. Il a peu de soucis à se faire car il va rester très sollicité après avoir quitté le circuit.»

Reste que, dans les sports moins rémunérateurs, certains choisissent de freiner leur passion pour se bâtir un avenir. Ainsi, la star de l’escrime helvétique Marcel Fischer a choisi d’abréger sa carrière. Emportant une médaille d’or aux JO d’Athènes en 2004 après avoir passé ses examens de médecine, le Biennois a pris sa retraite sportive une année plus tôt qu’il ne l’avait d’abord prévu, pour se consacrer à sa famille et à son travail de médecin.

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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