Bilan

Camille Vial, banquière singulière

Depuis le 1er juillet, elle est la première femme à présider une banque privée. Chez Mirabaud, elle souhaite notamment mettre sur pied un système de mentoring.

Crédits: Calmel/Mirabaud

Camille Vial est devenue, à 41 ans, la CEO de la Banque Mirabaud depuis le 1er juillet. Elle symbolise la révolution silencieuse qui touche à son tour les salons feutrés des banquiers privés genevois. Certes, avant elle, il y a eu Anne-Marie de Weck (née de Senarclens) en janvier 2002 chez Lombard Odier Darier Hentsch, mais elle est la seule qui aura présidé une banque privée. Représentante de la 7e génération de la famille du fondateur (sa grand-mère, Marie-Rose, était une Mirabaud qui a épousé Henri Fauchier-Magnan), Camille Vial préside le comité exécutif de la banque, succédant ainsi à Antonio Palma. Comment s’est-elle préparée pour faire face à ce nouveau défi? Notre interview.

Vous êtes-vous préparée pour assumer vos nouvelles fonctions?

Je suis associée gérante depuis 2012 et cela fait maintenant près de cinq ans que je suis membre du comité exécutif. Cela étant, je me suis préparée pendant près de deux ans, me concentrant sur mes forces, mes points d’amélioration afin d’appréhender cette activité. J’entends apporter ma touche dans la continuité du travail réalisé par mon prédécesseur, Antonio Palma. Cela étant, je n’ai pas la prétention de pouvoir faire tout juste dès le départ, j’ai encore plein de choses à apprendre. 

Quelle est la tâche du CEO chez Mirabaud?

Il s’agit de présider le comité exécutif de la banque, lequel met en place la stratégie définie par le collège des associés. Ce comité rapporte chaque trimestre à un conseil d’administration composé d’associés gérants et de trois membres indépendants. Avant 2014 (date de sa transformation en société en commandite par actions), nous ne communiquions pas forcément sur la fonction de CEO. Le changement juridique nous a poussés à formaliser tout cela.

Avant d’accéder à la présidence, quel a été votre parcours professionnel?

J’ai suivi la filière d’ingénieur mathématicien à l’Ecole polytechnique de Lausanne (EPFL). Mon travail de diplôme a porté sur l’analyse numérique. Quand j’ai rejoint la banque en août 2001, j’ai suivi des stages dans les différents départements: ressources humaines, fonds de placement, bourse, stratégie d’investissement, clientèle. Pour compléter mon expérience, j’ai rejoint Mirabaud Securities (société de courtage créée par l’ancien associé Marc Pereire à Londres), avant de revenir à Genève en 2008 pour prendre, en mars 2009, la responsabilité de la gestion de portefeuille. Je préside le comité d’investissement pour la clientèle privée. Chez Mirabaud, nous n’avons pas de gestion centralisée, mais une gestion coordonnée. Par exemple, si le comité d’investissement préconise d’investir un certain pourcentage sur un marché particulier, il laissera au gérant la latitude de choisir les instruments financiers qui répondent au mieux aux besoins de ses clients. 

Comment comptez-vous exercer le pouvoir?

A mes yeux, ce qui compte, c’est de travailler en équipe. Je n’ai aucunement envie de tout décider toute seule, dans une tour d’ivoire. Je préside actuellement le comité d’investissement, mais nous sommes six à voter, même si ma voix compte double. Nous avons autour de la table à la fois des gérants au contact de la clientèle, des portfolios managers et des macroéconomistes. Cela marche bien. C’est constructif. Par contre, au sein du comité exécutif, nous ne votons jamais, mais l’approche est similaire. J’y siège avec Nicolas Mirabaud et Michael Palma, associés gérants, Jérôme Desponds (responsable compliance et risques) et Julien Meylan (directeur financier). Je pense sincèrement que la mixité est formidablement enrichissante, tout comme le travail d’équipe. Les autres lignes de métier (asset management et courtage) possèdent leur propre comité exécutif qui fonctionne de manière analogue à celui de la banque.

Est-il, selon vous, plus difficile d’être une femme pour diriger une banque privée?

J’ai l’habitude d’être en minorité. Déjà au Poly de Lausanne, il y avait une majorité d’hommes. Lorsque j’ai décroché mon master en mathématiques, sur 16, nous n’étions que deux femmes. Je suis clairement en faveur d’une plus grande mixité, et cela pour l’ensemble des minorités. Chez Mirabaud, je souhaite développer le mentoring, que ce soit d’une femme pour une autre femme, mais pourquoi pas aussi d’une femme senior pour un homme junior. Ce sera un vrai challenge. Cela étant, à l’heure actuelle, nous avons déjà des femmes à des postes clés, à savoir à la tête des RH, du juridique, de l’advisory et de la recherche financière. Nous avons également des gérantes de fonds, dans notre division d’asset management.

Quelles sont vos attentes?

L’objectif est de transmettre la banque à la génération suivante, la huitième, dans un état encore meilleur que lorsqu’on l’a reçue. Ce concept de transmission est fondamental. Quand je dis en mieux, cela signifie avoir davantage d’actifs sous gestion, une entreprise encore plus rentable, mais aussi que notre organisation aura continué de réfléchir aux besoins du client et de lui apporter des solutions adaptées et personnalisées.

Qu’est-ce qui différencie l’ADN de la Banque Mirabaud de celui des autres banques? 

Notre ADN est toujours celui d’une société familiale et d’entrepreneurs. Depuis 2014,  nous publions également nos chiffres. Cependant, nous ne travaillons pas au trimestre, mais sur le long terme. Autre façon de nous différencier: chez nous, le client sait qu’il va avoir le même gérant, le même portofolio manager, voire le même fiscaliste. Nous faisons tout pour garder notre clientèle de génération en génération et mériter sa confiance. Dans d’autres industries, cette question ne se pose pas.

Quelles sont vos principales inquiétudes pour l’avenir de la place financière genevoise et suisse? 

Ce n’est pas une inquiétude, mais j’estime qu’il faut continuer à positionner Genève en tant qu’experte de la finance durable. De plus en plus de villes foncent dans l’investissement socialement responsable, New York, Londres, Luxembourg. Je suis très concernée par cette thématique; je siège d’ailleurs avec trois autres femmes ainsi que l’ancien conseiller d’Etat David Hiler au sein du conseil de stratégie et surveillance  de Sustainable Finance Geneva. 

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

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Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

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