Bilan

«Chez Panerai, le héros, c’est le produit»

Depuis près de deux ans, le Breton Jean-Marc Pontroué conduit la destinée de Panerai. Pour ce leader attaché aux qualités humaines, la marque doit l’emporter sur l’ego des dirigeants.

Jean-Marc Pontroué, un «audacieux qui n’a pas peur de prendre des risques», affirme le directeur artistique de Panerai.

Crédits: Panerai

Givenchy, Montblanc, Roger Dubuis, Panerai: le parcours de Jean-Marc Pontroué est solide et durable. Jamais moins de cinq ans au sein d’une maison. Pour ce quinquagénaire breton, pas question de se disperser. Celui qui va fêter ses deux ans à la tête de la marque horlogère italienne se focalise chaque année sur une gamme: après la Submersible l’an dernier, c’est la Luminor qui figure au centre des attentions cette année. «Le risque pour une marque est d’avoir trop d’objectifs. Ça pollue le message d’ensemble», avertit le Breton.

Le risque de se disperser est inhérent à Panerai, dont les activités sont réparties sur trois pôles: Milan (le siège italien), Neuchâtel (la manufacture) et Genève (pôle de compétences avec les autres marques du groupe Richemont). S’il fait le lien entre ces trois sites, Jean-Marc Pontroué n’entend pas se perdre.
Ce passionné de sport retrouve dans l’ADN de Panerai des valeurs qui font écho aux siennes, lui qui va courir tôt le matin à chaque fois qu’il est en déplacement: «Cela m’aide à m’imprégner d’un lieu, à le comprendre.» Et il y apporte sa touche, subtil mélange d’innovation technologique et de fidélité humaine.

L’un des mieux placés pour évoquer ces deux aspects n’est autre qu’Alvaro Maggini: l’actuel directeur artistique de Panerai a rejoint Jean-Marc Pontroué après avoir collaboré avec lui pendant six ans chez Roger Dubuis: «Panerai est une maison avec plus de moyens, déjà établie, ce qui lui permet d’être encore plus créative. Il doit poursuivre avec les vingt années de succès de la marque. Chez Roger Dubuis, l’histoire était différente: c’était une startup pour laquelle il a fallu tout créer. Jean-Marc est quelqu’un d’audacieux, qui n’a pas peur de prendre des risques. Son management est productif, son enthousiasme et sa positivité motivent les équipes au quotidien.»

Cette estime réciproque entre le CEO et son équipe est la valeur cardinale prônée par le patron de Panerai: «La première qualité d’un CEO, c’est de savoir bien s’entourer. De gens qui sont meilleurs que vous dans leur domaine. Je ne suis ni financier, ni vendeur, ni un as du marketing… Il faut avoir un avis, mais respecter l’expertise des vrais spécialistes. Notre job est de prendre des décisions toute la journée. Si on n’est pas entouré des bonnes personnes, on peut se planter et planter la marque. J’ai déjà dit non à des gens très brillants car j’avais des doutes sur leur capacité à travailler en groupe. Il n’existe pas de baromètre ni de tableau Excel pour la confiance et la complicité: il faut l’avoir avec ceux qui sont proches car, sinon, le système ne peut pas fonctionner.»

Ecoute et humilité

Une de ses anciennes collaboratrices chez Montblanc confirme: «Il cherchait toujours l’avis des autres, écoutait et se questionnait sur ses intuitions. Cela a surpris certaines personnes, mais il avait cette humilité qui lui a permis d’apprendre assez vite.» Un aspect de sa personnalité qui reste majeur, même à la tête de Panerai et de ses 700 collaborateurs: «Cela peut m’arriver d’avoir des idées auxquelles
je crois fermement, mais je peux me remettre en cause en écoutant les autres. Si on prend une mauvaise décision sur le produit, ça coûte cher: l’ego souffre une minute, la marque peut souffrir des années.» Refouler son ego et mettre en avant la montre: «D’autres marques s’appuient sur un CEO, sur des ambassadeurs, sur une histoire… Le héros chez Panerai, ce n’est pas moi, c’est le produit.»

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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