Bilan

Easyjet demande moins de taxes

La compagnie britannique n’a pas sollicité les importantes garanties de crédit que Berne a allouées à Swiss et à sa filiale Edelweiss, mais elle attend néanmoins un geste des autorités.

Les avions EasyJet représentent 44% du trafic de l’Aéroport de Genève.

Crédits: François Wavre/lundi13

C’était il y a près de vingt ans. Mais le traumatisme est encore dans toutes les mémoires. Le mardi 2 octobre 2001, faute de liquidités, les avions au drapeau rouge à croix blanche restent cloués sur le tarmac. La Suisse se trouve privée de compagnie nationale. A Berne, personne ne souhaite que le scénario de grounding se reproduise, même si la nouvelle compagnie Swiss International Airlines se trouve depuis 2005 dans le giron du groupe allemand Lufthansa. Début mai, le Parlement a ainsi approuvé des crédits à hauteur de 1,875 milliard de francs pour soutenir Swiss, créée en 2002, et sa filiale Edelweiss, essentiellement par le biais des garanties de prêts aux compagnies aériennes.

Ce paquet ne prévoit en revanche aucune mesure en faveur d’Easyjet Switzerland, filiale suisse du champion britannique de l’aviation low cost. En 2019, la firme s’affirmait néanmoins comme le principal transporteur à Genève (avec 44% de parts de marché) et à Bâle (avec 60%). En Suisse, Easyjet Switzerland emploie un millier de personnes entre ses deux bases de Genève et de Bâle. Une faillite serait un problème majeur. Mais cette éventualité semble peu probable, car la compagnie au logo orange ne demandait pas de garanties de prêts aux autorités helvétiques. Basée à Luton à proximité de Londres, la direction générale du groupe a fait savoir que les liquidités dont elle dispose devraient être suffisantes pour surmonter la crise. D’après le consultant allemand Bernstein Research, Easyjet aurait de quoi tenir une année entière même si aucun avion ne décolle. Exception dans le paysage aérien, le groupe démontre une solidité surprenante, dégageant une montagne de cash qui a déjà permis de verser quelque 200 millions de francs à ses actionnaires en mars dernier. Fondateur d’Easyjet en 1995, Stelios Haji-Ioannou en a touché un bon tiers en tant que premier actionnaire contrôlant 34% du capital.

En Grande-Bretagne, le transporteur a été soutenu par le gouvernement dans l’obtention d’un prêt à hauteur de quelque 720 millions de francs. Néanmoins, Easyjet a un message à faire passer. «Nous appelons le gouvernement suisse à entamer des discussions avec l’ensemble du secteur aérien dans le but de stimuler la demande lorsque la pandémie de Covid-19 sera surmontée. Nous pensons par exemple à une suspension des taxes liées à l’aviation ou à une baisse des redevances aéroportuaires. Sans quoi, la connectivité internationale de la Suisse pourrait être limitée», explique David Folley, chargé de la communication d’Easyjet. Il reprend: «A ce stade, il est impossible de déterminer avec certitude la date de la reprise des vols commerciaux qui dépend des restrictions nationales et de la demande des clients.»

Président de l’Association en faveur de l’Aéroport de Genève, Jacques Jeannerat souligne le rôle essentiel que joue Easyjet Switzerland pour l’économie lémanique: «Easyjet transporte certes beaucoup de touristes, mais aussi nombre de femmes et d’hommes d’affaires. Une desserte efficace de Genève est également primordiale pour le fonctionnement des institutions internationales que sont l’OMS et l’ONU.» L’ancien président de la CCIG (Chambre de commerce, d’industrie et des services de Genève) se veut optimiste. «D’après les indices que je perçois dans l’économie locale, nous devrions avoir renoué avec le niveau de trafic d’avant la crise du coronavirus d’ici à deux ans.»

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

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Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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