Bilan

Le combat de l’USAM s’est radicalisé

Le style de l’organisation patronale s’est durci depuis 1989, mais ses messages sont parfois brouillés par la double casquette de son président Jean-François Rime. Analyse de son bilan.

Jean-François Rime préside l’USAM tout en siégeant au Conseil national.

Crédits: Manuel Lopez/Keystone

La crise qu’a vécue l’Union suisse des arts et métiers (USAM) il y a trente ans (lire ci-contre) n’est plus qu’un lointain souvenir. L’organisation faîtière des PME, dont les activités sont tournées vers l’économie indigène, est même devenue une sérieuse rivale d’EconomieSuisse qui défend les intérêts des grandes entreprises exportatrices et dont elle ne partage pas toujours les mêmes opinions. Au cours de ces dernières années, l’Usam a tenté de profiter de ses déboires pour prendre le leadership du patronat helvétique.

Sous l’impulsion de deux hommes politiques, le combat de l’USAM s’est radicalisé. Premier Romand à présider l’USAM depuis sa fondation en 1879, le conseiller national UDC Jean-François Rime a accédé à cette fonction en 2012.

Quatre ans auparavant, Hans-Ulrich Bigler avait pris la tête de la direction générale puis a été élu conseiller national en 2015 sous la bannière libérale-radicale. Le Fribourgeois et le Zurichois forment un duo redoutable pour défendre la position des petits patrons sous la Coupole fédérale. Mais les succès de l’USAM sont plus contrastés dans les campagnes de votation qu’elle a conduites et auxquelles elle s’est associée. 

Parmi les batailles remportées devant le peuple figurent les combats contre l’initiative 1:12 visant à limiter les écarts entre les rémunérations les plus hautes et les plus faibles dans les entreprises, le salaire mensuel minimum à 4000 francs, la 6e semaine de vacances, la réforme Prévoyance vieillesse 2020 et RFFA (réforme de la fiscalité des entreprises et renforcement de l’AVS).

Si les petits patrons n’ont échoué que pour 3600 voix contre la loi radio-TV, ils ont en revanche subi un véritable camouflet en soutenant massivement l’initiative «No Billag» (72% de non) et perdu le référendum lancé contre la loi sur l’aménagement du territoire (63% de non).  Avec l’ensemble des forces patronales, l’USAM a aussi encaissé d’autres revers importants: initiative Minder contre les rémunérations de masse, Lex Weber, réforme de l’imposition des entreprises (RIE III). 

La fin des mots d’ordre 

Les combats menés par l’USAM sont parfois brouillés en raison de la double casquette de Jean-François Rime. Les positions qu’il défend en tant que parlementaire UDC diffèrent sur des thèmes importants de celles adoptées par son organisation lors de certaines campagnes de votation. 

Dernier exemple en date: le scrutin du 19 mai dernier sur la nouvelle loi sur les armes. Jean-François Rime coprésidait le comité référendaire contre cette législation, alors que celle-ci bénéficiait du soutien de l’USAM.

Dans le passé, ce fut aussi le cas lors de la votation sur l’initiative «Contre l’immigration de masse» et sur celle dite «Pour l’autodétermination» (le droit suisse au lieu de juges étrangers). L’USAM avait rejeté ces textes, tandis que le Fribourgeois les avait défendus.

Depuis quelques années, les défaites enregistrées par les organisations patronales sur des thèmes importants concernant l’attractivité de la Suisse montrent que les citoyens ne suivent plus les yeux fermés les mots d’ordre des partis et des associations. 


«L’image d’Un navire fantôme»

En 1989 Il y a trente ans, décapitée par la démission de plusieurs de ses responsables, l’organisation faîtière des petits patrons traversa une profonde crise d’identité. «Des événements qui donnent à l’USAM l’image d’un navire fantôme sur des flots menaçants», écrit l’auteur de l’article. Même s’ils sont divisés sur plusieurs questions, par exemple sur le projet de la TVA, ses membres combattent ensemble la politique centralisatrice de la Confédération. A la recherche d’un leader charismatique, l’USAM défend des positions conservatrices et protectionnistes.

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

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