Bilan

«Le coronavirus ne m’inspire pas»

Avec déjà dix millions de livres vendus dans le monde, l’écrivain genevois Joël Dicker sort son cinquième roman, dont la promotion a été contrariée par les risques sanitaires.

La parution du dernier romande Joël Dicker a dû être reportée de mi-mars à mi-mai.

Crédits: Nicolas Righetti/lundi13

Pour la première fois, Joël Dicker n’a pas enchaîné les interviews à l’occasion de la sortie de son nouveau roman. L’énigme de la chambre 622, dont l’intrigue mêle le monde de la banque et de l’espionnage aux faiblesses humaines (mensonges, trahisons, déceptions amoureuses) se déroule entre Genève et Verbier. Une façon pour Joël Dicker de rendre hommage à celui qui a fortement contribué à faire son succès, l’éditeur Bernard de Fallois, décédé en 2018.

Aviez-vous une pression de vos lecteurs suisses pour que votre roman se déroule pour une fois dans le pays?

Non, l’intrigue se déroule en Suisse car j’y vis et j’aime mon pays. Ensuite, est-ce que les lecteurs suisses seront plus attachés à ce roman parce qu’il se passe en Suisse, on verra.

Pourquoi avoir choisi Verbier comme lieu principal de votre intrigue?

Je ne connais pas très bien Verbier, mais j’ai choisi cette station parce que Bernard de Fallois aimait Verbier.
Il rêvait d’y retourner avec moi. A l’époque, il allait rendre visite à l’écrivain Georges Simenon à Lausanne, puis il continuait son chemin pour passer quelques jours dans la station bagnarde. Ce roman, c’est ma façon à moi de faire ce voyage avec lui.

Bernard de Fallois est bien présent dans votre livre. C’était plus qu’un éditeur pour vous?

C’était un maître, dans le vrai sens du mot. Il m’a appris un métier. Il m’a donné des outils pour mon travail.

Le héros de votre roman est un écrivain genevois qui a les mêmes adresses et habitudes que vous à Genève. Où situez-vous la frontière entre réalité et fiction?

Le héros n’a pas exactement les mêmes adresses que moi, même si j’évoque en effet l’avenue Bertrand où vivait ma grand-mère et où j’ai écrit mes premiers romans. Il y a beaucoup d’endroits que je fréquente à Genève, comme l’épicerie Saveurs d’Italie au boulevard du Pont-d’Arve que je ne mentionne pas, par exemple. J’ai, au contraire, plutôt évoqué dans le livre des endroits où je ne vais pas tellement et qui sont surtout atemporels.

A quel point êtes-vous d’accord de vous dévoiler dans vos romans?

Je me dévoile beaucoup quand j’écris un roman, plus que ce que l’on peut imaginer. Mais je me dévoile où on ne me lit pas, c’est-à-dire, entre les lignes, dans la psychologie des personnages, dans les points de vue, les actions. Je m’y projette, il y a une partie de moi, ce n’est pas artificiel.

Votre roman a comme contexte une banque genevoise. Etes-vous familier avec ce secteur?

Non, je ne connais pas tellement le monde de la banque et j’imagine que certains banquiers privés auront quelques sourires en découvrant le fonctionnement de la banque dans mon roman. Mais j’avais besoin d’une industrie familiale avec des enjeux pour mon roman. Et le monde de la banque n’est pas aussi calme que ce que l’on imagine.

La crise du coronavirus est digne des plus grands scénarios de science-fiction. Est-ce que cela pourrait vous inspirer pour un nouveau roman?

Non, car je n’ai pas d’affection pour l’ambiance actuelle. Je n’ai pas envie de revivre ce climat anxiogène dans un livre.

Vous êtes papa depuis une année. Comment conciliez-vous vie familiale et vie d’écrivain?

Je gère, les nuits sont bonnes (sourires).

Un conseil pour les écrivains qui galèrent pour vendre des livres?

C’est très difficile de donner des conseils, car ça pourrait paraître prétentieux. Je pense malheureusement que la littérature est le dernier cheval de course du divertissement, loin derrière la télévision et le cinéma. Il y a donc quelque chose à faire comme essayer de redonner du plaisir aux lecteurs, les motiver à lire plus.

Et la recette pour faire un bon roman?

La recette, c’est d’avoir du plaisir à l’écrire.


En chiffres

10 millions de livres vendus

40 traductions de ses romans

40 millions de francs: Le coût de production de la série TV «La vérité sur l’affaire Harry Quebert».

Chantal De Senger
Chantal de Senger

JOURNALISTE

Lui écrire

Licenciée des Hautes Etudes Internationales de Genève (IHEID) en 2001, Chantal de Senger obtient par la suite un Master en médias et communication à l'Université de Genève. Après avoir hésité à travailler dans une organisation internationale, elle décide de débuter sa carrière au sein de la radio genevoise Radio Lac. Depuis 2010, Chantal est journaliste pour le magazine Bilan. Elle contribue aux grands dossiers de couverture, réalise avec passion des portraits d'entrepreneurs, met en avant les PME et les startups de la région romande. En grande amatrice de vin et de gastronomie, elle a lancé le supplément Au fil du goût, encarté deux fois par année dans le magazine Bilan. Chantal est depuis 2019 rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan et responsable du hors série national Luxe by Bilan et Luxe by Finanz und Wirtschaft.

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