Bilan

Novartis a-t-il payé trop cher son anticholestérol?

Le géant bâlois a déboursé près de 10 milliards de dollars pour un nouveau médicament très innovant, mais encore à l’état de promesse.

Le traitement cardiovasculaire que le géant bâlois Novartis vient de s’offrir pour 9,7 milliards de dollars serait «révolutionnaire», d’après François Mach. Le médecin-chef du service de cardiologie des HUG, coauteur des dernières recommandations de la Société européenne de cardiologie (ESC) en matière de cholestérol, ne cache pas son impatience de pouvoir proposer l’Inclisiran un jour à ses patients.

Ce nouveau traitement, encore en cours de développement, vise le marché des millions de personnes pour qui les statines (traitement plus ancien contre le cholestérol) ne suffisent pas ou sont contre-indiquées. Mis au point par la startup américaine The Medicines Company (62 salariés), l’Inclisiran fait baisser le mauvais cholestérol (baptisé LDL) en empêchant l’organe cible (principalement le foie) de fabriquer les protéines indésirables dans le cholestérol. Ce produit s’injecte dans la graisse de la peau deux fois par an, contre une fois par mois actuellement pour les traitements concurrents (Repatha d’Amgen et Praluent de Sanofi).

Outre sa technique très innovante basée sur une découverte qui a valu le Prix Nobel de médecine en 2006, c’est la praticité du produit tout comme son prix attendu beaucoup plus bas, qui font les arguments commerciaux majeurs de l’Inclisiran. «Le potentiel de ce médicament est énorme», commente encore François Mach. «La preuve de son efficacité a été faite sur plusieurs années d’essais cliniques.
Il n’a pas d’effets secondaires et s’injectera seulement deux fois par an. Les patients vont adorer.»

Pas encore homologué

L’enthousiasme du cardiologue genevois n’est pas toujours partagé par les analystes économiques. Le fait que The Medicines Company n’ait pas encore homologué son produit et qu’il n’ait aucun autre médicament dans son incubateur fait planer des doutes sur la réussite complète de ce rachat. A près de 10 milliards de dollars, Novartis rachète
la startup 24% plus cher que son prix en bourse au moment de l’annonce. Mais une fois l’autorisation de mise sur le marché obtenue (fin 2020 en Europe si tout va bien), le géant suisse entend s’appuyer sur son infrastructure de vente déjà déployée pour Entresto, son autre médicament contre les maladies cardiovasculaires dont les ventes ont grimpé de 61% sur la dernière année.

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Catherine Nivez

JOURNALISTE

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Journaliste en France depuis 1990, d’abord comme reporter et journaliste dans le secteur de la musique, puis dans les nouvelles technologies, internet et l’entrepreneuriat. Après 20 ans en France, j’ai migré en Suisse et à Genève ou je vis et travaille désormais sur ma nouvelle passion: l’alimentation et la santé.

J’ai fait l’essentiel de mon parcours dans l’audiovisuel français (France Inter, France Info, Europe1, ou encore Canal+). Désormais journaliste freelance en Suisse, j’ai signé une série d’articles pour le quotidien suisse-romand Le Temps et travaille désormais pour BILAN où je tiens la rubrique mensuelle « Santé & Nutrition ».

Vous pouvez aussi me retrouver sur mes blogs : www.suisse-entrepreneurs.com, galerie de portraits des entrepreneurs que je côtoie en Suisse, et sur LE BONJUS mon nouveau blog consacré aux jus et à l’alimentation.

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Xavier Casile, le pubard de la Suisse

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