Bilan

Oddo et Landolt, les raisons d'une fusion

Avec l’acquisition de la Banque Landolt, le groupe franco-allemand Oddo BHF s’implante en Suisse romande. Philippe Oddo, associé gérant du groupe familial, et Thierry Lombard, jusque-là actionnaire et administrateur de Landolt & Cie, décrivent leur stratégie.

Philippe Oddo (à gauche) et Thierry Lombard.

Crédits: DR

Le Groupe Oddo BHF compte deux sièges en Suisse (Zurich et Genève), deux en Allemagne et un seul en France. Cette approche respectueuse d’un marché moins centralisé est-elle cruciale dans votre stratégie?

Philippe Oddo Effectivement, en France, nous couvrons depuis notre siège parisien l’ensemble du pays, en comptant sur notre ancrage local depuis cent cinquante ans. En Allemagne, outre nos sièges à Francfort et Düsseldorf, nous répondons aux attentes de nos clients depuis nos 14 succursales dans l’ensemble du pays. En Suisse, nous avons désormais la chance d’être implantés à Zurich et en Suisse romande (Genève et Lausanne), deux bassins d’activités économiques, financiers, culturels, et linguistiques dont nous nous sentons proches. Nous avions pour objectif de bien connaître l’Europe et d’accroître notre expertise de la zone euro, avec un axe fort au service des entreprises familiales, qui sont nombreuses en Allemagne. Nous avons choisi de nous appuyer sur un management avec compétences et expertises allemandes et françaises et nous adoptons toujours une approche franco-allemande.

En faisant l’acquisition de BHF Bank en 2016, nous avons aussi acquis une banque à Zurich. Quand nous avons rencontré Thierry, nous nous sommes dit que ce serait formidable d’avoir une plateforme romande. Notre ambition est de nous engager en Suisse, et donc de bien la comprendre. Nous admirons la Suisse, qui a su générer des leaders mondiaux (pharmacie, agroalimentaire, entreprises familiales dans le luxe, les machines-outils), et compte des universités qui rivalisent avec les meilleures du monde.

Nous avons l’ambition de devenir suisses en Suisse, comme nous sommes devenus allemands en Allemagne. Nous souhaitons prendre part à la communauté helvétique et investir ici, avec des compétences locales. Ce que nous voulons apporter c’est une approche, une attitude, attirer des talents en leur proposant de devenir actionnaires, investir en Suisse avec des clients suisses basés ici. Nous voulons combiner les compétences, faire rayonner les savoir-faire et expertises suisses en Allemagne et en France, et construire avec les Suisses.

Nous voulons combiner les compétences, faire rayonner les savoir-faire et expertises suisses en Allemagne et en France
Philippe Oddo

Thierry Lombard L’économie suisse est tournée vers l’Allemagne et la France, avec des compétences françaises et allemandes qui restent souvent en Suisse. Le défi est de faire matcher talents, formations et compétences, dans un écosystème franco-germano-suisse assez exceptionnel. Un de mes amis dirigeant les ressources humaines d’une grande entreprise genevoise ne trouvait plus assez de Suisses pour développer la firme à travers le monde, mais trouvait des talents européens venus faire leurs études en Suisse, et qui avaient eu cette formation et cette sensibilité helvétiques. En somme, la Suisse garde cette capacité d’attraction et de formation des compétences européennes qui ont fait sa force et la font rayonner.

PO Ce qui nous intéresse n’est pas de développer une banque de wealth management qui va accroître sa clientèle allemande, russe ou chinoise. Nous souhaitons faire de la Suisse le troisième marché domestique du groupe et faire partie de la communauté helvétique. Il y a plus d’argent investi dans les sociétés innovantes en Suisse qu’en France ou en Allemagne. Nous souhaitons investir avec nos clients dans l’écosystème suisse, terreau des entreprises familiales, de l’innovation et de la formation.

Quels potentiels représentait la Suisse pour vous?

PO La Suisse est un formidable potentiel de croissance durable. Nous souhaitons accélérer l’investissement dans l’ESG (critères environnementaux, sociaux et de gouvernance, ndlr), en nous appuyant sur l’écosystème suisse particulièrement propice au développement de cette expertise, dans laquelle nous avons investi depuis 2005.

Genève est une place forte de la finance durable et éthique. Est-il crucial d’avoir une présence ici pour participer à ce mouvement?

PO Il y a en Suisse une culture protectrice de l’environnement, des réflexes forts et historiques. Nous sommes convaincus que nous allons pouvoir développer cette expertise en attirant des jeunes talents, les jeunes étant mobilisés sur ce sujet.

TL L’avantage d’avoir un terreau avec quelques jeunes pousses et des acteurs installés est de pouvoir agir avec eux. Ici on a ce terreau. Et il est fertile. La première année à l’EPFL, ils prennent les SDG (objectifs de développement durable, ndlr) et demandent aux étudiants ce qu’ils feraient pour régler un des objectifs. Ce qui ressort est génial en termes d’inventivité. On est dans de la réalité potentielle ou concrète, pas juste une volonté. L’ESG est faite différemment selon les acteurs: c’est un outil de marketing pour certains, pour d’autres un outil de transformation de l’approche financière. Le groupe Oddo BHF est dans la deuxième catégorie.

Les entreprises dans lesquelles le patron est en contact constant avec le client sont plus innovantes que les autres
Thierry Lombard

Quelles passerelles voyez-vous pour votre groupe qui connaît ces dernières années une croissance rapide, en termes géographiques, de collaborateurs, chiffres et compétences?

PO Nous avons su mener à bien la croissance externe de la maison depuis 20/25 ans. S’il y a de nouvelles opportunités, nous les regarderons toujours avec beaucoup d’attention. Nous venons de finaliser la plateforme informatique franco-allemande sur laquelle nous travaillons depuis cinq ans. Tout est mené à un rythme maîtrisé, avec des équipes ouvertes, habituées à mener des projets d’envergure. Aujourd’hui notre priorité est de réussir la fusion des équipes de Zurich, Lausanne et Genève, pour fusionner Landolt et Oddo BHF CH, d’ici à la fin de l’année.

TL Dans ce groupe, j’ai trouvé de la profondeur et de la compétence, cruciales pour l’exercice du métier. Et une même profondeur et compétence pour intégrer et gérer des équipes venant de l’extérieur, avec l’ambition de les mettre dans les meilleures dispositions pour aller conjointement dans la même direction.

De nombreux acteurs bancaires français arrivés en Suisse au cours des dernières décennies ont réduit leur implantation récemment, ou se focalisent sur des activités ciblées…

PO Nous voulons développer le Wealth et l’Asset Management, regarder ce qu’on peut faire dans le conseil aux entrepreneurs mais rien n’a encore démarré. Nous n’avons pas vocation à aller dans des métiers bancaires qui ne sont pas les nôtres. Nous voulons nous focaliser sur ce que nous savons bien faire et investir une partie de nos 900 millions de fonds propres avec nos clients dans le venture capital, les actifs illiquides et l’innovation.

Vous avez mené une vingtaine d’acquisitions en vingt ans. La croissance externe est-elle la garantie de l’indépendance?

PO Quand on regarde les indices des banques, nous sommes dans un secteur en phase de consolidation. Soit on consolide, soit nous sommes consolidés. Nous avons réussi à croître dans un secteur qui n’est pas en croissance en nous appuyant sur une vision claire de ce que nous voulions faire et savions faire.

Oddo BHF reste un groupe familial, modèle qui rejoint celui de nombreuses entreprises suisses, et a été celui de la banque Landolt. Face aux errances des marchés boursiers, quels atouts voyez-vous à ce modèle?

PO L’avantage d’une entreprise familiale, dans le domaine bancaire comme dans d’autres, c’est d’amener une vision de long terme, de stabilité, d’ancrage dans la durée. En France, en Allemagne et en Suisse, les entreprises familiales surperforment les autres. C’est très européen. On parle souvent de capitalisme rhénan.

TL Nous avons mené une étude sur les entreprises familiales. Sur plus de 100 entreprises, nous nous sommes rendu compte que les entreprises dans lesquelles le patron est en contact constant avec le client sont plus innovantes que les autres. Il y a chez elles cette capacité d’écoute des clients qui permet de s’adapter continuellement à leurs besoins. C’est un modèle vertueux.


Le groupe Oddo BHF, en 6 dates

1849 Camille Gauthier devient agent de change à Marseille.
1970
Bernard Oddo (arrière-petit-fils de Camille Gauthier) est à son tour agent de change.
1987
Philippe et Pascal Oddo (fils de Bernard Oddo) deviennent associés.
1997
Début d’une période d’acquisitions: Delahaye Finance, puis Pinatton en 2000, NFMDA en 2003, Cyril Finance en 2005…
2016
Acquisition de BHF Bank, le groupe devient franco-allemand.
2021
Rapprochement avec Landolt & Cie.

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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