Bilan

Philip Morris tousse, Neuchâtel s’enrhume

Le géant du tabac américain joue un rôle primordial dans le canton non seulement en termes d’emplois, mais surtout au niveau des retombées fiscales.

Le cigarettier est l’un des plus gros employeurs du canton.

Crédits: PM

Lorsque Philip Morris s’agite, le canton de Neuchâtel frémit. Après une première phase de restructuration qui affectera Lausanne, une seconde étape touchera ce printemps le géant du tabac américain à Serrières. Même si sa présence n’est pas remise en question, les Neuchâtelois vivent toujours avec la crainte d’une réduction drastique de ses activités, voire d’un départ de cet acteur clé. Philip Morris joue en effet un rôle très important à la fois en termes d’emplois et au niveau des retombées fiscales.

Avec une usine de production, un centre de recherche et développement, une unité de développement industriel pour les prototypes, des services logistiques, administratifs et de gestion, Philip Morris dispose à Serrières d’un de ses plus importants sites au niveau mondial. Au total: environ 1500 collaborateurs fin 2019 contre 1360 dix ans plus tôt. Ce qui fait du cigarettier le plus gros employeur du canton derrière les groupes horlogers Swatch et Richemont.

C’est surtout au niveau des recettes fiscales que le canton et le chef-lieu dépendent fortement de la présence du géant américain. Outre l’imposition du produit de la vente de cigarettes fabriquées à Serrières, les impôts proviennent principalement de la répartition de ces derniers entre les cantons de Vaud (le centre des opérations de Philip Morris International est à Lausanne) et de Neuchâtel qui est basée notamment sur le nombre d’emplois et la valeur des actifs.

Selon les indications fournies par branche économique qui ont été publiées la dernière fois pour l’année fiscale 2012, l’impôt cantonal (99 millions) acquitté par l’industrie des produits alimentaires, des boissons et du tabac représentait alors la moitié du total dû par les entreprises. Au vu du nombre restreint d’acteurs de ce secteur (7), tout le monde s’accordait à dire que Philip Morris réglait presque à lui tout seul ce montant. Cette statistique n’existe plus depuis huit ans pour des raisons de protection des données. Aujourd’hui, on estime que la part de Philip Morris dans les recettes fiscales totales des personnes morales a encore augmenté.

Pour la Ville de Neuchâtel, Philip Morris joue aussi un rôle crucial. Rapporteur de la commission financière du Conseil général, Antoine de Montmollin le rappelait encore l’an dernier lors du débat sur les comptes 2018: «L’évolution négative que nous observons nous rappelle à quel point notre situation et notre santé financière sont dépendantes de la situation d’un seul acteur.» Si le conseiller communal Fabio Bongiovanni ne nie pas l’impact du géant américain sur les finances locales, il tient à nuancer: «Depuis l’introduction en 2014 d’une réforme visant à lisser les disparités de l’impôt versé aux communes par les entreprises, son influence s’est un peu réduite.» Selon certaines estimations, la part de Philip Morris représente environ 50% des impôts acquittés par les sociétés.

La visibilité manque

Depuis quelques années, le canton et les principales communes peinent à boucler leurs budgets en raison de la baisse des recettes fiscales des personnes morales (moins 53 millions de francs entre 2014
et 2018 au niveau cantonal). L’avenir s’annonce mouvementé. «Le repositionnement de plusieurs entreprises internationales entraîne une volatilité importante de nos revenus et un manque de visibilité», relève le conseiller d’Etat Laurent Kurth.

L’avenir de Philip Morris à Serrières dépendra des répercussions en termes d’organisation de la vente des nouveaux produits mis sur le marché et de celle des marques historiques du groupe.

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix BZ du journalisme local 1991, Prix Jean Dumur 1998, AgroPrix 2005 et 2019.

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