Bilan

«Syngenta est ouvert au dialogue»

Rencontré lors du 50e World Economic Forum, le CEO du groupe bâlois, Erik Fyrwald, défend son industrie contre les attaques de certaines ONG et mise beaucoup sur la Chine.

  • L’Américain Erik Fyrwald dirige un groupe de 48 000 personnes.

    Crédits: Kostas Maros/13photo
  • Erik Fyrwald (à dr.): «Désormais, la Chine représente 4 milliards de dollars de ventes.»

    Crédits: Syngenta

Voilà quelques mois, l’ONG Public Eye (association fondée sur la Déclaration de Berne) manifestait devant les locaux de Syngenta à Bâle. Une campagne menée contre les intoxications dont certains enfants ont été victimes après avoir manipulé des emballages de l’insecticide Profénofos. «Nous leur avons proposé d’entrer pour dialoguer, ce qu’ils n’ont pas voulu», constate le CEO de Syngenta. Rencontré alors que le 50e World Economic Forum battait son plein à Davos, l’Américain Erik Fyrwald avance que son groupe de chimie est «beaucoup plus ouvert au dialogue qu’il y a cinq ans. J’ai d’ailleurs déjeuné voilà trois ans à Davos avec certains représentants d’ONG. (...) Nous aussi, nous avons des enfants. Notre objectif est de continuer à contribuer à nourrir la population mondiale avec une nourriture saine, aider les agriculteurs à faire face aux extrêmes météorologiques, tout en améliorant la sécurité et en réduisant le volume total de nos produits.» Erik Fyrwald nous affirme que Syngenta possède un programme de recyclage. «C’est très important pour nous», insiste-t-il. En Chine, ce serait de plus en plus de drones qui sont ainsi utilisés pour épandre ses produits.

Le rachat de Syngenta par ChemChina, pour 43 milliards de dollars, a-t-il impacté sa stratégie? «Notre ancien président Ren Jianxin nous a laissés tranquilles après l’acquisition. Nous avons continué donc à élaborer notre propre stratégie. Il y a un an et demi, Frank Ning a été nommé président de ChemChina, Sinochem et Syngenta.» Rappelons que Frank Ning était, jusqu’à fin 2017, à la tête de Cofco (China National Cereals, Oils and Foodstuffs Corporation). A ce poste, il a mené une politique de croissance externe très active, notamment avec les rachats de la compagnie de négoce hollandaise Nidera et de la division agroalimentaire du groupe Noble. «L’idée de Frank était d’aider Syngenta à proposer les meilleures solutions pour des agriculteurs partout dans le monde et surtout à transformer l’agriculture en Chine. Nous avions commencé par fonder une alliance entre la partie agricole de Sinochem, la compagnie israélienne Adama et Syngenta. Des synergies ont été recherchées, mais sans grand succès, même si le potentiel reste grand.» Dès lors, la création de Syngenta Group a été annoncée le 5 janvier 2020. Doté de quatre divisions, ce dernier emploie 48 000 personnes et réalise un chiffre d’affaires d’environ 23 milliards de dollars. «Désormais, la Chine représente 4 milliards de dollars de ventes, soit 18%, alors qu’auparavant nous étions à 2%.»

Eric Fyrwald n’a pas eu à se mettre au mandarin, d’autant que son président a décroché un MBA à l’Université de Pittsburgh et apprécie beaucoup parler en anglais. «Nous allons augmenter nos capacités de production en Suisse. Pour ce faire, nous allons prendre possession en septembre prochain d’une usine de production polyvalente exploitée auparavant par Novartis à Muttenz (BL). Il s’agit d’augmenter notre capacité de production pour soutenir la phase de lancement précoce de nouveaux ingrédients actifs issus du pipeline de R&D. Cette usine a l’avantage de se trouver à proximité de notre centre de développement technique à Münchwilen (AG), ce qui facilitera la transition de nouveaux produits de l’étape de l’usine pilote à la fabrication à grande échelle.»

«L’agriculture en Chine est encore à la traîne par rapport aux normes mondiales et dans la manière dont elle traite les sols. Durant les cinquante dernières années, la quantité de pesticides a chuté massivement, sauf en Chine, observe Erik Fyrwald. Nous offrons une solution plus globale avec nos centres MAP (Modern Agriculture Plateform), où nous testons les sols pour les agriculteurs et où nous conseillons quelles semences planter, quels produits utiliser et comment mieux traiter le sol. Il faut savoir que ces derniers plantaient encore à la main jusque très récemment. Au final, la qualité est meilleure et la traçabilité est rendue possible. Un QR code sur l’emballage indique au consommateur la provenance précise de la fraise, par exemple, avec même la photo du producteur. Cela a permis de justifier une légère augmentation des prix.»

Une action collective

Le groupe ne cesse d’investir dans la recherche et développement. On parle de 2 milliards de dollars qui y seront consacrés dans les cinq prochaines années. Le CEO de Syngenta cite l’exemple du programme Reverte au Brésil. «Des millions d’hectares sont devenus progressivement improductifs. Nous allons en restaurer un million en terrains productifs ces cinq prochaines années grâce à des semences que nous avons développées. Il s’agit de plantes et racines qui doivent permettre de fixer du nitrogène dans la terre. Si on ne fait rien, les paysans finiront par abandonner ces sols et iront sans doute brûler des forêts. Cette action permet aussi de lutter contre l’érosion. Le sol parvient ainsi à mieux capter l’eau.»

Syngenta vient de publier un rapport de la Fair Labor Association (FLA). Il marque l’aboutissement d’un projet pilote de trois ans, baptisé Seeds of Change, pour améliorer les salaires dans deux régions agricoles de l’Inde. «Ce rapport souligne la nécessité urgente d’une action collective. Aucune entreprise ne peut y parvenir seule, a déclaré Sharon Waxman, PDG de la FLA. Les gouvernements doivent créer un cadre juridique pour exiger des salaires qui sont au-dessus du seuil de pauvreté, et les entreprises doivent travailler ensemble pour fournir ces salaires. Alors seulement nous pourrons sortir des millions de travailleurs agricoles de la pauvreté.»

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

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Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

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