Bilan

«C'est aussi une leçon pour les banques»

Derrière Kweku Adoboli, c'est «tout un système d'incitation» qui a été jugé, estime l'ancien procureur Paolo Bernasconi. Pour lui, pas de doute, les juges de Londres «savent comment fonctionne la City».
Il est clair que Kweku Adoboli devait répondre de ses actes, note Paolo Bernasconi dans une interview donnée à Tagesanzeiger.ch. Mais le jugement plutôt sévère prononcé contre l'ex-trader d'UBS «est aussi une leçon pour les banques». Il «exprime la volonté de la justice de maintenir propre la place financière».

Pour l'ancien procureur du Tessin, il ne fait aucun doute que les juges de Londres savent ce qui fait marcher la City. De son point de vue, le jugement Adoboli a au moins trois mérites: il met fin aux discussions sans fin sur le négoce motivé par de bonnes intentions, il signale qu'une entreprise ne peut avoir recours à des opérations aussi risquées et il montre que le fait de passer outre les règlements internes a des conséquences judiciaires, pénales et civiles.

La peine en Suisse aurait été plus légère

En définitive, Kweku Adoboli écope d'une peine similaire à celle prononcée au milieu des années 90 contre Nick Leeson. Le trader qui avait coulé Barings avait écopé de 6,5 ans de prison et de 70'000 livres d'amende pour une perte de 1,3 milliards de dollars accumulée en spéculant sur l'indice Nikkei. «Lui aussi avait affirmé avoir agi dans l'intérêt de la banque»

S'il avait été jugé en Suisse, Kweku Adoboli aurait vraisemblablement profité d'un jugement plus clément, selon Paolo Bernaconi. En règle générale, les cours pénales en Suisse se montrent plus dures contre le vol et l'abus de confiance, car ils menacent la propriété.

Mais lorsqu'il s'agit de la fortune d'une entreprise, par exemple d'une banque, le juge se montre nettement moins sévère, note l'expert tessinois. Paolo Bernaconi rappelle à ce titre la peine de 18 mois avec sursis prononcée en 1974 à Lugano contre un trader qui avait fait perdre 220 millions de francs à une banque.

Bonus contre bonne gouvernance

Pour Paolo Bernasconi, le cas Adoboli démontre une nouvelle fois que le système des bonus va à l'encontre d'une bonne gouvernance. «Les managers agissent dans leur intérêt au lieu d'évaluer soigneusement les risques».

«La répétition des catastrophes montre l'échec de l'autorégulation», observe-t-il. C'est pourquoi la FINMA , en tant qu'organe de régulation des marchés en Suisse, devrait selon lui «intervenir enfin vigoureusement contre le système d'incitation financière» en place dans les établissements bancaires.

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