Bilan

«C'est le moment d'acheter»

L'an dernier à la même date, Uwe Lang annonçait une correction de 30% sur les marchés à partir du milieu 2008 (Bilan N° 240). Un pronostic qui s'est avéré cruellement exact cet automne. Ce conseiller aux investisseurs privés a aussi à son palmarès d'avoir prévu la fin de la bulle technologique du printemps 2000 avec plusieurs mois d'avance. Avez-vous une boule de cristal' Non, mais je suis l'évolution de la bourse depuis quarante ans. Disons que j'ai acquis une certaine expérience.

Comment pouviez-vous prévoir il y a douze mois une correction de 30% à partir du milieu 2008?

Simplement parce que les marchés boursiers progressaient sans discontinuer depuis cinq ans déjà. Or les statistiques montrent qu'un repli intervient tous les trois ans. Une correction était prévisible. Mais ma prévision n'était pas tout à fait exacte. La correction a dépassé les 40%, dépassant ainsi de 10% ce que j'avais envisagé.

Comment évaluez-vous la situation actuelle?

Les marchés boursiers n'ont pas seulement traversé une phase de correction. On a eu à faire avec un véritable mouvement de panique et les investisseurs ont surréagi. L'hiver devrait être marqué par une reprise vigoureuse des cours.

Combien de temps les marchés vont-ils rester déprimés selon vous?

Ils ont vraisemblablement touché le fond le 21 novembre (ndlr: l'indice helvétique des valeurs vedette SMI a alors crevé un plancher à 5034 points, perdant 40% en dix-huit mois).

Qu'est-ce qui vous permet de dire que le marché a déjà touché le fond'

Depuis cette date, la bourse ne s'est plus laissée impressionner par les dernières mauvaises nouvelles de la conjoncture. Elle s'est au contraire affirmée et a réussi à maintenir les cours.

L'effondrement des bourses est-il dû à un «effet mouton»?

Les mouvements boursiers sont toujours exagérés. Car toujours plus d'investisseurs veulent être les premiers à réagir à la tendance. Et lorsque les marchés se retournent, ils se précipitent de peur de manquer le point.

Qu'y a-t-il de mieux à faire avec son argent maintenant?

Conserver ses avoirs en cash était une décision judicieuse ces derniers mois. Mais maintenant, c'est le meilleur moment possible pour investir. Les actions présentent des niveaux de rêve. On ne voit pas souvent dans sa vie des cours aussi bas.

Et l'immobilier?

C'est un domaine intéressant, du moment que l'investissement sert à se loger. Mais en Europe, la population ne cesse de diminuer. Avec une demande pour le logement en recul, il ne faut pas s'at-tendre à réaliser de grosses plus-values ces prochaines an-nées.

Que pensez-vous des obligations et des produits structurés?

Les obligations sont trop peu rémunérées. Rien que par les dividendes, les actions présentent déjà des rendements supérieurs. Et je ne parle même pas des possibilités de gains sur l'évolution des cours. Les produits structurés sont à éviter car ils sont avant tout conçus pour permettre aux banques de gagner de l'argent. Le simple achat d'actions me paraît le plus indiqué.

Quels sont aujourd'hui les marchés les plus intéressants ?

Désormais c'est en Europe que l'on trouve les actions aux meilleurs prix. Le rapport entre le cours et le chiffre d'affaires est maintenant bien plus avantageux dans les sociétés du Vieux-Continent que dans les régions émergentes d'Asie, d'Europe de l'Est et d'Amérique latine. Le Japon présente aussi de bonnes opportunités d'achat avec des titres qui se situent au même niveau que les actions européennes.

Comment interpréteriez-vous cette crise? Une sorte de punition divine?

Les punitions divines n'existent pas car Dieu ne punit pas. La crise actuelle est une conséquence de la mégalomanie humaine. Les financiers ont voulu croire que tout était faisable pour faire éternellement augmenter la valeur des choses. Ils comptaient sur le marché pour rendre cela possible. Mais les arbres ne grimpent pas jusqu'au ciel.

Les recommandations d'Uwe Lang Les blue chips, les grandes actions classiques, sont devenues extrêmement bon marché, conseille Uwe Lang. C'est le cas de Novartis et Nestlé. Par ailleurs, la pharma et l'alimentation ne dépendent pas de la conjoncture. Gaz de France-Suez présente maintenant une valeur boursière inférieure à son chiffre d'affaires, ce qui lui laisse une bonne marge de rattrapage. Avec un ratio cours/bénéfice de 10 et un rendement sur dividende de 5,2%, la société se profile en outre comme un investissement sûr. Deutsche Telekom et le numéro deux allemand de l'énergie électrique RWE jouissent de bonnes perspectives pour 2009, même en phase de faible conjoncture. Les cours sont bas et le haut rendement des dividendes peut compenser une évolution décevante des titres. Enfin, Japan Airlines ,totalement à contre-courant, annonce un exercice record sur les neuf derniers mois. Le bas prix du pétrole a de plus un effet positif sur les titres des compagnies aériennes. Quant aux titres financiers, Uwe Lang recommande de les éviter encore pour un temps. De la prêtrise à la bourse Uwe Lang, 65 ans, se considère comme un directeur de conscience pour les abonnés de sa lettre bimensuelle, Börsensignale , diffusée en Suisse par la société financière Swissinvest à Lucerne (www.boersesignale.ch) Il a étudié la théologie, la pédagogie et la psychologie. Après avoir exercé comme pasteur durant une vingtaine d'années, il se tourne vers la bourse, sa passion depuis toujours, et devient journaliste indépendant. Installé dans la région d'Augsburg, dans le sud de l'Allemagne, il est l'auteur de plusieurs ouvrages de conseils aux investisseurs.

Photo: Uwe Lang / © Cash

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