Bilan

«Il faut aussi réglementer les hedge funds»

Les banques doivent prendre leurs responsabilités. Mais nous ne pouvons être les seuls à opérer des changements. Il est trop facile de blâmer uniquement les banques. D’importants changements doivent être menés ailleurs.» Le discours d’Angela Knight, CEO de l’Association des banquiers britanniques depuis avril 2007, se déroulait à Genève le 7 octobre. Invitée par Michael McKay, président de la section genevoise de la Chambre de commerce suisse-britannique, la représentante des banques d’outre-Manche a souligné que «les règles d’octroi du crédit étaient trop relâchées en Grande-Bretagne, tout comme les politiques fiscales qui encourageaient un endettement excessif». Par ailleurs, elle a relevé que «les politiques monétaires des grands pays n’ont pas pris en compte les déséquilibres globaux, et que les taux sont restés trop bas trop longtemps». Mais les banques britanniques, a-t-elle observé, ne sont pas restées les bras croisés. Elles ont aujourd’hui un ratio de fonds propres de 10%, certains analystes les estimant même surcapitalisées, et les plus affectées par la crise, comme RBS, sont en voie de reconstruction.

La Grande-Bretagne a apporté une réponse musclée à la crise, a-t-elle noté, en scindant la Financial Services Authority pour conférer à la Banque d’Angleterre le pouvoir réglementaire sur le secteur financier. En outre, la directive européenne Mifid, dans sa nouvelle version (Mifid II), va englober désormais la spéculation sur les matières premières, blâmée pour avoir déstabilisé le prix des denrées alimentaires. En outre, la création en Grande-Bretagne du «Consumer Protection and Markets Authority» représente une sorte de Mifid local qui reprend l’approche interventionniste de l’UE pour superviser les services financiers destinés aux investisseurs de détail.

Cela dit, Angela Knight estime que la Grande-Bretagne ne se dirige pas pour autant vers un démantèlement des banques universelles. «Nous, les Britanniques, n’allons pas agir de façon dommageable à l’industrie bancaire.» En soulignant que l’Europe, et potentiellement la Suisse, sera certainement la région du monde qui appliquera le plus scrupuleusement Bâle III et qui mettra en place des lois plus sévères qu’ailleurs pour appliquer les nouveaux régimes de capital et de liquidité, Angela Knight a lancé un appel pour «laisser les banques financer la reprise, rembourser les contribuables et mettre en place les changements coûteux qui leur sont demandés à long terme».

Sur la question de la réglementation des hedge funds, Angela Knight estime que «la discussion sur le système bancaire de l’ombre» qu’ils représentent a été trop vite éclipsée. Or, avertit-elle, durcir uniquement les règles pour les banques ne fera que transférer le risque vers ces véhicules non réglementés. «Les hedge funds, poursuit-elle, affirment qu’ils n’ont pas utilisé l’argent des gouvernements durant la crise. Mais le point essentiel, c’est que le secteur financier est très interdépendant, et que les hedge funds ont contribué à l’instabilité des marchés. Ce n’est pas une accusation, c’est un fait. Le problème est le suivant: si les hedge funds commencent à ressembler à des banques et à faire ce que font les banques, ne devraient-ils pas être réglementés?»En revanche, sur la question de la hausse des impôts qui a touché en premier lieu les gérants alternatifs, Angela Knight se montre plus compatissante: «Avec un taux marginal de 50%, plus les assurances, les contribuables à hauts revenus paient en réalité 54%. Lorsque l’on perd plus de la moitié de son revenu en impôts, il y a un souci, le taux devient trop dissuasif et le système perd en efficacité, car les gens s’en vont. C’est un domaine sur lequel le gouvernement doit réfléchir.»

Cela dit, même si Angela Knight aimerait comme Britannique que tous les gérants de hedge funds restent dans la City, elle estime que Londres a la chance de ne pas dépendre d’un seul secteur, et note combien les services financiers y sont variés, entre les banques, les assurances, les courtiers, les gérants de fonds de placement et de fonds de pension, ou encore le private equity.

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

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