Bilan

«le système bancaire privé jouit de la garantie d’État»

Béatrice Weder di Mauroest sans conteste l’économiste la plus célèbre d’Allemagne. Citoyenne du monde, la Bâloise également au bénéfice d’un passeport italien maîtrise une demi-douzaine de langues européennes, auxquelles s’ajoutent des notions de russe et de japonais. En 2004, cette ancienne de la Banque mondiale et du FMI (Fonds monétaire international) est nommée à 38 ans au «Conseil des Sages», le comité d’experts économiques qui conseille le gouvernement allemand. Réputée pour son pragmatisme, elle se profile comme le plus jeune membre jamais accueilli par cette institution, la première étrangère et la première femme. Elle est régulièrement invitée à publier des tribunes dans de prestigieux titres comme TheEconomist et The Financial Times.

Bilan: En une année, la crise financière a provoqué quels changements?Béatrice Weder di Mauro: La crise a explicité une donnée jusque-là implicite: le système bancaire privé jouit de la garantie d’Etat. Et c’est très grave, car cela encourage la prise de risques. Aujourd’hui, les instituts financiers peuvent être sûrs qu’en cas de faillite, l’Etat passera l’éponge. Il est urgent de changer cela en définissant au niveau international un règlement pour prévenir des crises systémiques.

B: Quelles réglementations devraient être mises en place?BWDM: Il faudrait agir simultanément à plusieurs niveaux. Premièrement, les établissements vulnérables à une crise systémique doivent être soumis à des règles qui réduisent leur exposition. Deuxièmement, le secteur financier devrait à l’avenir assumer lui-même une part plus importante des coûts de la crise. Il serait souhaitable d’établir un fond de stabilité auquel les banques contribuent en fonction des risques qu’elles prennent. Une procédure de faillite adoptée au niveau international est nécessaire pour les firmes supranationales qui déposeraient le bilan, afin qu’elles soient traitées sur un pied d’égalité. Troisièmement, la surveillance des banques doit être sérieusement améliorée, en particulier en Europe. Tout cela demande d’importantes mesures, décidées au sein d’une coordination internationale.

B: Le système financier a-t-il terminé sa restructuration?BWDM: Le soutien illimité des banques centrales a empêché l’implosion du secteur. Mais il reste beaucoup de pertes en capital non réalisées cachées dans les bilans. Surtout chez les banques européennes.

B: La conjoncture s’est à peine redressée et déjà les banquiers encaissent à nouveaux d’énormes bonus…BWDM: C’est la conséquence de la garantie explicite des Etats et du soutien des banques centrales. En clair, le secteur financier bénéficie maintenant de subventions des pouvoirs publics.

B: Les Etats-Unis sont sortis de la récession au trimestre dernier. Peut-on croire aujourd’hui en une reprise durable?BWDM: Nous ne sommes de loin pas sortis des difficultés. L’économie mondiale a connu un choc énorme. Nous sommes dans l’état d’un grand blessé qui reprend ses esprits et examine ses plaies. En Allemagne, le PIB va chuter de plus de 5% en 2009. Ces deux derniers trimestres, le taux de croissance est positif. Mais il est très loin de compenser l’effondrement total. Il faudra sans doute plusieurs années pour que la croissance retrouve son niveau d’avant la crise.

B: Certains redoutent une reprise en W, soit une rechute une fois passés les effets des injections de fonds?BWDM: Ce n’est pas mon avis. En Allemagne, les plans de relance n’ont pas encore vraiment commencé et ils ne vont pas tous cesser en même temps. Le problème le plus urgent à régler est celui de l’endettement public, alors que les déficits ne cessent d’augmenter.

B: Le déficit budgétaire est-il préoccupant en Allemagne?BWDM: Bien sûr. C’est pourquoi au sein du «Conseil économique des Sages», nous avons préconisé l’assainissement des finances publiques par le biais d’un frein à l’endettement. Nous nous sommes inspirés de l’exemple de la Suisse qui a introduit la règle du frein à l’endettement en 2003. En Allemagne, il a fallu modifier la Constitution. La loi est entrée en vigueur cette année et exige une réduction graduelle du déficit structurel jusqu’en 2016. La discipline budgétaire est indispensable pour que l’Allemagne reste une puissance économique crédible et bénéficie de bons taux d’intérêt.

B: En quoi consiste ce principe?BWDM: Il s’agit de juguler les dépenses publiques en fonction de l’évolution des rentrées fiscales. Le déficit structurel doit être maintenu en dessous de 0,35% du PIB. C’est indispensable et les Etats doivent s’engager de façon crédible sur le chemin de la consolidation. Si nous ne le faisons pas maintenant, nous allons laisser un fardeau colossal aux générations futures.

En dates

1965: Naissance le 3 août à Bâle. 1994: Rejoint le FMI à Washington comme économiste.1996: Entre à la Banque mondiale à Washington.2001: Nommée à la Chaire de macroéconomie internationale à l’Université de Mayence (D).2004: Rejoint le «Conseil économique des Sages» qui guide le gouvernement allemand.2006: Administratrice chez Roche.

 

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