Bilan

«Les acteurs financiers suisses devraient se soutenir davantage»

Spécialiste de la gestion institutionnelle, Jean Keller appelle à une nouvelle stratégie de la place helvétique.

Jean Keller: «La Suisse doit se battre pour rester une place financière compétitive.»

Crédits: Dr

A la tête d’Argos Investment Managers, une société de gestion d’actifs basée à Genève, Jean Keller a écrit un courrier aux rédactions des journaux économiques pour renforcer la place financière en Suisse. Il explique sa démarche à Bilan.

Que proposez-vous concrètement comme solution à l’après-secret bancaire?

J’essaie de mettre en lumière la problématique du manque de collaboration entre les différents acteurs financiers en Suisse. J’aimerais que ces derniers se soutiennent plutôt qu’ils se considèrent comme concurrents. Typiquement, certaines banques préfèrent acheter des fonds étrangers plutôt que des fonds d’autres banques concurrentes.

Du coup, ce secteur ne peut pas se développer en Suisse. Il ne faut pas s’étonner que 75% des fonds détenus dans les portefeuilles des clients en Suisse sont étrangers. La Suisse est l’un des plus gros acheteurs de hedge funds au monde, mais elle continue à chercher des compétences ailleurs plutôt que d’investir dans ses propres outils de production.

Vous préconisez donc le développement d’une vaste politique de place financière en Suisse qui favorise le développement de compétences locales. Comment y arriver?

Il faut déjà passer le message. Et ensuite encourager les gérants à acheter des fonds gérés en Suisse plutôt que des fonds étrangers, surtout si les performances sont comparables. Il faut également rattraper notre retard dans l’asset management sans quoi il deviendra de plus en plus difficile de voir émerger une industrie suisse crédible au niveau international.

La Suisse doit se battre pour rester une place financière compétitive. Et c’est en misant sur une industrie naissante qu’elle pourra définitivement tourner la page du secret bancaire. 

Sans le secret bancaire, quels avantages reste-t-il à la Suisse?

Il y a un réel savoir-faire en Suisse, autant sur le plan de la finance que sur le plan du private banking. La qualité des infra-structures bancaires, le sens du service et de la formation sont impressionnants. Il y a aussi le franc fort et la neutralité de la Suisse qui sont deux avantages compétitifs. 

Alors pourquoi la Suisse est-elle en retard en ce qui concerne les activités d’asset management?

Ce secteur a été beaucoup plus développé en France et en Angleterre qu’en Suisse, par exemple. A Paris et à Londres, il y a une réelle politique de la place financière. Il y a eu la création de sociétés de gestion de très grande qualité alors que la Suisse a complètement sous-investi dans certains secteurs comme celui des fonds.

Est-ce que la Finma peut jouer un rôle dans cette politique de place financière que vous préconisez?

Premièrement, contrairement à ce qui a été dit, la Finma a fait un travail incroyable. Elle a réalisé depuis quelques années qu’il fallait aider l’asset management en Suisse. Elle a créé un certain nombre de règles qui ont aidé la place, comme le processus «Fast Track». Il s’agit d’un gendarme, mais un gendarme qui a une vraie envie d’aider la place financière suisse. 

Alors pourquoi est-elle toujours tellement critiquée par le secteur bancaire?

Pour trois raisons. Premièrement, personne n’aime le changement. Ensuite, tout le monde a très bien vécu grâce au secret bancaire, c’était un peu un oreiller de paresse. Et, finalement, il y a une peur du futur. Il faut rappeler également qu’en réalité la réglementation des marchés financiers est dictée par le monde anglo-saxon et des organisations telles que le G20 ou l’OCDE. La Finma n’a tout simplement pas le choix et son rôle est avant tout de créer une place financière de qualité et surtout de protéger les investisseurs.

Rappelons aussi que toutes ces nouvelles réglementations sont appliquées depuis de nombreuses années à Londres et ailleurs dans le monde. Et il faut aussi le dire: il y avait une réelle nécessité de réformer notre système financier. La Suisse est le seul pays d’Europe qui ne réglemente pas les tiers gérants. 

Comment voyez-vous la place financière d’ici à cinq ans?

Aujourd’hui, on assiste à la fin d’un monde qui a occupé légitiment énormément de monde pendant des décennies. Sous ce psychodrame, une nouvelle industrie essaie de naître. Et je suis persuadé que de très belles histoires vont naître.

Il faut juste arrêter de se focaliser sur le passé et essayer de construire un avenir basé sur la collaboration des acteurs financiers. Par contre, le non-accès au marché européen reste un problème pour le secteur.  

Chantal Mathez

Aucun titre

Lui écrire

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."