Bilan

«Les autorités doivent défendre la place financière»

Le Genevois Patrick Odier raconte le combat de titan qu’il mène à la tête de l’Association suisse des banquiers pour défendre la place financière, presque seul contre tous.
  • Pour Patrick Odier, «il faut définitivement régler les problèmes issus du passé». Crédits: François Wavre/Rezo
  • «Le monde a changé et l’industrie bancaire ne peut pas être en marge de ce que la société est d’accord d’accepter.» Crédits: François Wavre/Rezo

Associé senior chez Lombard Odier & Cie, Patrick Odier est souvent sur les routes. Il partage son temps entre Genève, Berne et Zurich – où sa banque a des bureaux – et Bâle – où il préside l’Association suisse des banquiers. Hors de Suisse, il se rend fréquemment à Bruxelles pour défendre la place financière, mais aussi à Berlin, Paris, Londres, et jusqu’en Asie et aux Etats-Unis.

C’est à Genève qu’il a accueilli Bilan, quelques jours avant l’échéance du programme de régularisation américain. Patrick Odier revient sur les défis qui attendent la place financière helvétique en 2014.

En quoi consiste votre fonction de président de l’Association suisse des banquiers? Et quel est le rôle de l’ASB aujourd’hui?

L’Association suisse des banquiers comprend près de 300 membres. Elle représente les intérêts de la place financière auprès des autorités suisses et étrangères. Elle a aussi un objectif d’autoréglementation. Je suis le président du conseil d’administration, soit le représentant du secteur vis-à-vis notamment des autorités.

Vous êtes un banquier privé. Que répondez-vous à ceux qui pensent que vous n’êtes pas la bonne personne pour diriger l’ASB, surtout quand on sait qu’UBS et Credit Suisse, membres de l’association, détiennent plus de 50% de la masse sous gestion en Suisse?

Depuis la création de l’ASB, c’est une tradition qu’un banquier privé préside l’association. Cela pour plusieurs raisons: les banques privées sont représentatives des banques de notre pays. Elles ne sont ni trop grandes ni trop petites. Et surtout elles sont suisses, indépendantes, locales et internationales à la fois.

Que pensez-vous du nouveau lobby Swiss Finance Council fondé à Bruxelles par Credit Suisse et UBS?

C’est un lobby nécessaire. Ses activités seront très complémentaires à celles de l’ASB. Nous allons pouvoir en profiter notamment par rapport aux efforts entrepris à Bruxelles pour obtenir l’accès aux marchés européens.

De manière générale, toutes les grandes institutions financières mondiales doivent être représentées au niveau politique sur tous les continents. Il n’est donc pas surprenant que les deux grandes banques défendent leurs intérêts en Europe.

Concrètement, comment la Suisse peut-elle mieux défendre ses intérêts au niveau international?

En 2010, nous avons obtenu la création du Secrétariat d’Etat aux questions financières internationales qui est justement là pour défendre et promouvoir la place financière.

Pour l’heure, il s’est consacré à la résolution des problèmes issus du passé, mais à l’avenir il va se concentrer davantage sur la promotion du secteur. Cela étant, j’appelle de mes vœux depuis longtemps une promotion collective venant du Secrétariat d’Etat, de la Finma, de la BNS et de l’industrie bancaire.

Ce n’est pas justement votre rôle à vous de réunir toutes ces institutions pour défendre le secteur?

Absolument. Je pense que nous avons été entendus, mais il faut aussi que les autorités aient envie de nous soutenir davantage. Notre ministère des finances devrait défendre encore plus sa place financière à l’étranger, c’est dans l’intérêt de toute la Suisse. En voyageant, j’ai observé que toutes les autorités des pays défendent leur place.

Chez nous, c’est quelque chose qui peut vraiment être amélioré. La Finma devrait elle aussi contribuer à la promotion de la compétitivité de notre place financière. Nous sommes trop discrets, c’est pour cela que l’ASB se bat pour vendre la place.

Et comment peut-on améliorer l’image du secteur bancaire et des banques aujourd’hui?

Il faut définitivement régler les problèmes issus du passé et continuer à défendre les intérêts des collaborateurs et des clients des banques. Il faut aussi être à l’écoute de leurs préoccupations, qui sont tout à fait légitimes. La compétitivité, la croissance et les places de travail sont les trois priorités majeures.

Par ailleurs, il faut poursuivre le règlement de la problématique fiscale de manière efficace afin de continuer à attirer le maximum de capitaux suisses et étrangers, qui ont heureusement toujours une grande confiance dans la place financière helvétique.

Dans la crise bancaire actuelle, on parle souvent du malheur des banques mais peu de celui des clients. Comment est-ce que les banques peuvent aider les clients qui leur ont quand même rapporté beaucoup d’argent depuis tant d’années?

Le monde a changé et l’industrie bancaire ne peut pas être en marge de ce que la société est d’accord d’accepter. Les comportements ont évolué et nous devons accompagner les clients concernés vers la conformité fiscale. C’est dans leur intérêt de trouver des solutions avant qu’ils soient punissables.

Il faut aussi rappeler que le secteur bancaire est en train d’effectuer des efforts très importants sur le plan financier pour protéger ses clients pendant cette phase de transition. Nous sommes en train de faire beaucoup plus que n’importe quel pays au monde pour honorer les promesses faites à nos clients.

Un référendum contre Fatca vient d’être lancé en octobre. Que se passera-t-il s’il est accepté?

Premièrement, je pense que ce référendum est une très mauvaise idée car Fatca sera dans tous les cas appliqué par les Etats-Unis, et cela partout dans le monde.

Si le référendum est accepté, nous perdrons les allégements obtenus et l’industrie devra faire face à des coûts administratifs excessivement lourds, notamment pour les banques, mais aussi pour les fonds de pension et les fonds de placement. Et au final la compétitivité du secteur et les places de travail seront directement touchées.

Par rapport au programme américain du Département de la justice, que conseillez-vous aux banques? Doivent-elles se dénoncer?

Le programme est à la limite du tolérable sur le plan juridique et à la limite de l’acceptable sur le plan financier. De plus, un grand nombre de points sont flous et obscurs.

C’est pour cela que nous demandons un minimum d’éclaircissements pour que les banques puissent prendre une décision. Le gouvernement suisse nous a entendus sur ce point mais le Département de la justice ne veut pour l’instant pas entrer en matière.

Quels sont les défis de la place financière suisse en 2014?

Le règlement douloureux du passé va encore nous occuper en 2014, c’est certain. La première priorité sera de protéger les places de travail. Puis il va falloir améliorer la promotion de notre place en misant sur ses compétences et son savoir-faire historique, notamment en matière de gestion de fortune.

Nous devons continuer à attirer des talents pour développer nos services et nos produits. Et nous devons continuer à être compétitifs.

Particulièrement en développant le secteur de l’asset management, le marché des capitaux, notamment avec la Chine dans le cadre de l’accord de libre-échange entre nos deux pays. Et priorité fondamentale: maintenir l’accès au marché européen afin que les banques puissent continuer d’exporter leurs services à l’étranger!

2014, c’est aussi l’année des faillites et des fusions pour certains établissements financiers?

Oui, certains petits acteurs devront certes se regrouper, s’arrêter ou changer d’activité, mais la concentration peut être utile dans certains cas. Cependant, le potentiel pour développer l’industrie financière reste important pour les acteurs restants.  

Chantal Mathez

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