Bilan

«Nous nous trouvons dans l'oeil du cyclone»

Une entrée en matière musclée pour Alexandre Zeller, l'ancien patron de la Banque Cantonale Vaudoise. A peine intronisé à la tête de la banque HSBC Privat Bank (Suisse), il est confronté à l'une des pires crises qu'ait connues la planète finance. Artisan du redressement de la BCV, que l'explosion de la bulle immobilière suisse du début des années 1990 avait mise à mal, il donne son point de vue sur la crise financière. Sans langue de bois.

Des deux côtés de l'Atlantique, les pouvoirs publics s'engagent directement pour soutenir les banques. La fin du libéralisme économique?

Non, ce modèle est ancré dans les mentalités. Mais il faut savoir se montrer pragmatique. Face à l'ampleur et à la propagation de la crise, les autorités n'ont pas d'autre choix que d'intervenir. L'histoire a d'ailleurs montré que cela peut marcher. Rien ne dit que les gouvernements interviennent aujourd'hui à fonds perdus.

UBS peut-elle être nationalisée?

Je ne souhaite pas que l'on en arrive à cette extrémité. Comme banquiers, nous devons tous nous sentir concernés. Plutôt que d'en arriver là, les banques suisses devraient participer à un fonds de soutien dont pourraient disposer les établissements en difficulté. Ce fut d'ailleurs le cas lorsque le Credit Suisse se retrouva pris dans le scandale de Chiasso à la fin des années 1970.

Le chiffre de 800 milliards de francs est articulé pour le plan de sauvetage américain. Un montant abyssal'

Non, les pertes immobilières avaient coûté plus de 60 milliards aux banques suisses au cours des années 1990. Le montant articulé aux Etats-Unis reste donc assez faible proportionnellement à la taille de son économie.

Ce montant sera-t-il suffisant?

C'est le grand point d'interrogation. Personne ne peut répondre aujourd'hui. La remise à flot des banques dépendra aussi de l'évolution de la conjoncture. Dans le meilleur des cas, j'estime qu'il faudra deux à trois ans pour sortir de l'ornière.

Le gros de la crise est-il derrière?

Nous nous trouvons dans l'oeil du cyclone. La phase de sauvetage des banques est bientôt terminée. Il faudra ensuite quantifier les effets de la crise sur la consommation et sur la croissance.

Une baisse coordonnée des taux par les banques centrales est-elle envisageable?

Oui, une mesure tactique prise des deux côtés de l'Atlantique est probable. Mais l'inflation pourrait vite devenir un problème. Car il faudra au minimum un à deux ans pour pomper la liquidité déversée dans les marchés pour sauver le système bancaire.

Comment se passe la journée du patron de HSBC avec le krach boursier?

Un tel niveau de stress n'a jamais été atteint pour l'ensemble des collaborateurs. Pour beaucoup, les journées de 15 à 16 heures sont la norme.

Quelles sont les impulsions que vous donnez?

Dans ces moments difficiles, j'ai demandé aux gestionnaires d'intensifier l'information donnée aux clients. Il s'agit d'expliquer précisément les stratégies et performances des portefeuilles en fonction des profils de risque adoptés. Je suis également très attentif aux crédits lombards (prêts contre lesquels des actions sont bloquées en garantie, ndlr). Avec les brusques chutes des cours boursiers, il faut procéder à des appels de marges, c'est-à-dire demander aux clients d'amener des fonds. Nous en discutant avec eux, leur expliquons la situation.

Votre intronisation est marquée par la fusion des deux banques de gestion de HSBC et la disparition de la marque HSBC Guyerzeller. Votre décision'

La décision a été prise par le groupe HSBC. J'ai ensuite préparé le projet en deux mois, depuis l'été. Le regroupement était dans l'air depuis un certain temps déjà. Comme nouveau directeur général, j'avais l'avantage d'avoir une vision neutre sur les deux banques.

Mais pourquoi maintenant?

Une telle décision aurait été difficile à prendre lorsque la situation économique était au beau fixe. Les deux entités ont connu une progression importante ces dernières années. Mais les facteurs extérieurs poussent aujourd'hui à la prudence. Bref, il n'est pas idéal de devoir investir à double dans les structures.

Bank of China a racheté 20% de la Compagnie financière Edmond de Rothschild, très présente à Genève. La transaction fait-elle sens?

D'ici à dix ou vingt ans, l'époque actuelle sera regardée comme une période de transition. Une transition marquée par le basculement vers le Moyen-Orient et l'Asie des économies occidentales. Avec une conséquence majeure. Ces zones vont bénéficier à long terme des fruits du transfert de notre savoir-faire et vont nourrir durablement la croissance mondiale.

Bank of America et Citibank ou Barclays profitent du krach actuel pour faire leurs emplettes. Des rachats en vue pour HSBC? Des rumeurs parlent de UBS...

Je ne peux pas me prononcer sur les intentions du groupe. Mais la fusion avec Guyerzeller montre que nous sommes du côté des acheteurs dans la gestion de fortune.

Vous n'excluez donc pas d'acheter une banque en Suisse?

Nous nous trouvons dans une position qui nous permet de tout envisager. Les prix ont beaucoup baissé après les sommets atteints par les banques ces dernières années.

Le groupe HSBC a amorti presque 30 milliards avec la crise hypothécaire américaine. Les investisseurs n'ont pas sanctionné le titre cette année. Etes-vous surpris?

Non, le titre est effectivement en hausse de presque 10% depuis janvier. Notre forte présence dans les marchés émergents et notre taille constituent un atout important dans la crise actuelle. Au premier semestre, le groupe a dégagé 10 milliards de bénéfice au plan mondial. Les marchés financiers saluent notre solidité. La prime demandée par les investisseurs pour garantir nos obligations ( les papiers appelés CDS, ndlr ) est nettement inférieure à celle des autres banques.

Enregistrez-vous un afflux de clientèle cet automne?

Oui, c'est le fruit de l'incertitude ambiante. Au deuxième semestre, les apports d'argent frais vont dépasser le montant enregistré sur les six premiers mois de l'année, à savoir 6,9 milliards.

Mais la masse sous gestion recule avec la baisse des marchés financiers?

Effectivement, les performances pèsent sur la masse sous gestion. Cette dernière approche 200 milliards après la fusion avec Guyerzeller.

En moyenne, les portefeuilles des clients de type équilibré, comportant environ 35% d'actions, reculeraient d'une dizaine de pour-cent dans les banques de la place. Vous confirmez ce chiffre?

Chez nous, ce chiffre est plus proche de 5%.

Faut-il racheter des actions aux cours actuels?

Les prix commencent à être attractifs. Les titres du secteur financier ont par exemple plongé de 60%, j'estime que ces valeurs peuvent être achetées pour autant que l'on ait un horizon à long terme.

Photo: Alexandre Zeller / © Francois Wavre/Rezo

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."