Bilan

«Plusieurs pays ne s’en sortiront pas sans une restructuration»

Répondant aux exigences de ses créanciers, la Grèce s’est dotée d’un budget d’austérité. Ce qui ne règlera pas le problème, assure Charles Wyplosz. A quoi faut-il donc s’attendre? Le professeur à IHEID répond.
Le Parlement a voté dimanche le budget 2013 de l’Etat grec. Il prévoit des coupes dans les dépenses et des hausses d’impôts.

Mais la Grèce a tenu parole, juge Jean-Claude Juncker, le premier ministre luxembourgeois. Conséquence, elle devrait obtenir de ses créanciers une tranche d’aide de 31,2 milliards d’euros.

Avec son budget, la Grèce est donc sur le point de gagner une nouvelle passe de bras de fer, constate Charles Wyplosz, professeur à IHEID.

<%=misc::zitat%> - Qu’est-ce que cela changera pour les Grecs?

Charles Wyplosz – Cela signifiera plus d’austérité, plus de récession, plus de chômage, plus de pauvreté. Et pas d’amélioration.

Comment envisagez-vous la suite des événements?

On sait depuis deux ou trois ans que la Grèce ne s’en sortira pas tant qu’il n’y aura pas élimination à peu près complète de sa dette publique. Mais beaucoup de gens risquent de perdre de l’argent dans l’affaire. Ils exercent donc des pressions sur les gouvernements grecs et européens. Mais on n’y échappera pas. Nous vivons un long et pénible processus qui débouchera sur la seule solution susceptible de résoudre le problème.

Et seule la Grèce devra passer par là?

Non. Plusieurs pays européens ne s’en sortiront pas sans une restructuration de leur dette, partielle ou totale. Totale dans le cas de la Grèce, partielle pour d’autres. Mais comme cela va coûter cher à beaucoup de monde, y compris aux contribuables allemands, les politiques font ce qu’ils peuvent pour éviter l’inévitable, avant de l’accepter.

Que va-t-il se passer d’ici-là?

Jusqu’à résolution du problème, les mouvements de panique sur les marchés financiers et les pressions vont se poursuivre. La seule bonne nouvelle est que la Banque centrale européenne est maintenant active. Elle limite le niveau de catastrophe potentielle en cas de crise qui ne serait pas contrôlée.

Au final, la zone euro survivra-t-elle?

Sur le pan technique et économique, avec les gouvernements actuellement en place, il ne fait aucun doute que la zone euro devrait survivre. L’incertitude porte sur la tenue d’élections, ici ou là, débouchant sur l’arrivée au pouvoir de partis populistes qui feront leur fromage d’une sortie de la zone euro. C’est une éventualité totalement imprévisible, qui ne peut être exclue.

Cette situation de précarité qui devrait perdurer, quel impact lui voyez-vous sur l’économie suisse?

Un impact négatif. Dans la mesure où la zone euro est le principal partenaire commercial de la Suisse, avec une situation qui se dégrade, y compris maintenant en Allemagne, ce n’est pas bien pour la Suisse. Quant à la pression sur le taux de change, elle se maintient et oblige la Banque nationale à absorber beaucoup de devises internationales. Ce qui n’est pas très confortable non plus.

En résumé, l’Europe et la Suisse vont au devant de mois difficiles…

Oui, des mois ou des trimestres, ou plus…

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