Bilan

«Privilégier les trackers ou les boutiques»

L’univers de la gestion de fonds attire beaucoup de gérants, mais rares sont les bons, constate Gérard Moulin, un gérant parisien.
Gérard Moulin, gérant du fonds Delubac Exceptions Pricing Power. Crédits: Dr

Gérard Moulin, gérant du fonds en actions européennes Delubac Exceptions Pricing Power, chez Delubac Asset Management à Paris, n’est pas surpris par les résultats de l’étude Fundo. «Ce métier nécessite de l’expérience, un sens du marché, une méthode précise qu’on ne change pas dans le temps; c’est comme tous les métiers, il y a les professionnels, et il y a les autres.»

Pendant des années, rappelle le gérant parisien, la plus-value en bourse était facile. Au milieu des années 2000, il était normal de voir les banques dégager 20-25% de rendement par an. A des fonds de stock-picking (sélection de valeurs) comme le sien, très sélectifs, on préférait les trackers, les produits indiciels. Etre simplement dans le marché suffisait pour gagner gros. «J’ai connu des années de vaches maigres, témoigne Gérard Moulin. Mais la crise aidant, une distinction se fait entre les gestions dont le travail sert à quelque chose et les autres.»

Pour le gestionnaire, les boutiques qui ont une méthode éprouvée dans le temps sont celles qui génèrent encore de l’alpha. «Oui, il y a des gérants qui arrivent à battre systématiquement leurs indices. Ceux-là ont une méthode en place qui leur permet de le faire sans prendre trop de risques. Mais il y a aussi une partie de la profession qui est chère, et pas spécialement compétente, car ce genre de métiers attire beaucoup de monde. Le mérite de la période récente est d’avoir pu faire le tri entre le grain et l’ivraie.»

Son conseil aux investisseurs: «Allez soit vers les trackers, soit vers les boutiques de gestion qui ont du talent et qui méritent une rémunération raisonnable.» Le fonds de Gérard Moulin a gagné 50% sur trois ans, de 2010-2012, années correspondant pourtant au plus fort de la crise de la zone euro. Sur deux ans, il dégage 27%, et en 2012 il affiche 28%, soit 12% de plus que l’indice MSCI Europe. Enfin, depuis mars 2009, il affiche 100% de performance.

Ces chiffres sont «nets de tous les frais». Et quels sont ces frais? Pour les institutionnels: 1% de frais de gestion. Pour le grand public: 2,15% de frais de gestion. A cela, il faut ajouter une commission de surperformance, égale à 15% de la surperformance du fonds par rapport au MSCI Europe, à partir de +5%. En 2012, par exemple, le fonds a généré 29,40% avant cette commission. Elle porte donc sur 2,4% de la performance. Bref, le fonds est cher, mais le travail du gérant donne pleine satisfaction: «J’ai des clients contents au téléphone», nous dit-il.

Même souci chez les hedge funds

Les premiers fonds à devoir revoir à la baisse leurs frais, car les performances ne suivent pas, ce sont les hedge funds. «J’ai toujours moi-même été indigné par le niveau de frais pris par les hedge funds», témoigne Gérard Moulin, gérant chez Delubac Asset Management. «S’il y a des hedge funds qui facturent 20% de la performance, c’est qu’il y a des clients qui acceptent. Mais justement, la situation est en train de changer. Actuellement, les frais sont en train de descendre à 10%, ils sont donc divisés par deux.»

Fin janvier, ce constat venait même de la bouche du père des hedge funds: George Soros déclarait, au Forum de Davos, que les clients institutionnels qui investissent dans des hedge funds devaient s’attendre à de faibles performances, en partie à cause des frais élevés des gérants. «Les hedge funds, devenus une grande industrie, ne peuvent plus, dans l’ensemble, surperformer le marché», a-t-il déclaré sur Bloomberg TV. Les commissions, situées à 2% des avoirs et à 20% des performances, «grignotent les profits», a ajouté Soros.

Une pression à la baisse s’exerce déjà sur les frais. George Soros a dégagé des rendements moyens de 20% par an depuis 1969, avec sa firme Soros Fund Management jusqu’en 2011, puis il a converti sa société en family office. «J’ai surperformé le marché durant trente ans; mais avec les faibles volatilités actuelles, a-t-il reconnu, ce serait impossible».  

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

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