Bilan

Acheter une maison de star: le bon filon?

Des propriétés ayant appartenu à des célébrités sont régulièrement mises en vente. L’aura des lieux permet-elle de revendre ensuite plus cher ces biens immobiliers?
  • La maison de Michael Schumacher à Vufflens-le-Château a été estimée en 2011 à 16 millions de francs. Crédits: Arc
  • La villa Diodati à Cologny, où Mary Shelley rédigea les prémices de «Frankenstein». Crédits: Gillieron Lopreno
  • L’ancienne maison de David Bowie à Sauvabelin. Crédits: Papilloud/Féval/EOL
  • La villa d’Orianne Collins à Begnins. Crédits: Papilloud/Féval/EOL

Grâce à leur beauté, les terres romandes ont attiré bon nombre de personnalités à travers les siècles. De Phil Collins à Michael Schumacher en passant par Charles Aznavour, Johnny Hallyday ou encore Alain Delon. Et, avant eux, Coco Chanel, Charlie Chaplin, Vladimir Nabokov ou encore Igor Stravinsky...

La plupart des demeures dans lesquelles ces stars vécurent se sont érigées en monuments à la mémoire de leur passage. Elles font aujourd’hui partie du patrimoine helvétique. D’autres ont été vendues à travers les années. Les heureux acquéreurs ont pu jouir de l’histoire des lieux, jusqu’à créer parfois un mythe. Ce fut le cas notamment de la villa Diodati à Cologny, habitée aujourd’hui par des particuliers.

Connue pour avoir été la résidence estivale de Lord Byron, c’est là que Mary Shelley a élaboré, lors d’une nuit d’orage, les prémices de son célèbre roman Frankenstein. Autre exemple: au-dessus de Morges, à Tolochenaz, la maison de 16 000 m2 d’Audrey Hepburn a été rachetée après sa mort en 1993.

Ou encore, à Céligny, à quelques kilomètres de là, la maison «Pays de Galles» de Richard Burton, l’amour passionné d’Elizabeth Taylor, a été également acquise par des particuliers. L’acteur y a vécu avec sa dernière épouse, Sally Hay Burton, jusqu’à sa mort en 1984 et a été enterré dans l’ancien cimetière du village. 

Plus récemment, au début des années 2000, Hugues de Montfalcon a racheté un manoir sur les hauts de Lausanne, à Sauvabelin, qui appartenait au chanteur David Bowie. Cette vaste demeure avec un parc de 4500  m2 avait servi de décor au film de Claude Chabrol Merci pour le chocolat, avec Isabelle Huppert et Jacques Dutronc en vedette.

Au mois d’août dernier, c’est la maison où Gustave Ador vécut à Cologny qui a été rachetée par la princesse Latifa, fille de feu le roi Fahd Ier pour près de 57,5 millions de francs. La demeure de 19 000  m2 appartenait à la famille Nordmann. «Dans la plaquette de vente, nous mettions clairement en avant le fait que cette maison a appartenu à l’homme politique suisse», commente Pierre Hagmann, directeur de la régie immobilière Naef Prestige Knight Frank.

Il s’agit cependant d’un fait exceptionnel, puisque l’agence affirme qu’elle n’a pas pour habitude de mettre le nom du propriétaire en avant.

Actuellement en charge de la vente de l’ancien appartement à Genève d’un célèbre écrivain brésilien, Pierre Hagmann précise que cet élément n’est pas mentionné dans l’annonce, mais n’hésitera pas à le glisser lors des visites. La régie Barnes, quant à elle, qui vient de vendre l’appartement du joueur de tennis Stanislas Wawrinka à Lutry, n’a pas fait mention de son propriétaire lors de la vente.

«Cela n’a pas du tout influencé l’acheteur», précise Jérôme Félicité, directeur de Gérofinance-Dunand. En revanche, ce dernier, qui a actuellement le mandat de vente de la villa d’un célèbre pilote automobile, dans le canton de Vaud, n’hésite pas à le mentionner aux visiteurs.

«C’est indéniablement un plus»

Dès lors, peut-on valoriser le fait qu’un bien immobilier ait appartenu à une célébrité lors de sa mise en vente? Pour Léonard Cohen, patron de la régie Léonard Properties, il s’agit d’un élément de motivation à l’achat mais pas de valorisation.

«Le client final sera content de raconter à ses amis qu’il a acheté la propriété d’un tel, ça va flatter son ego. Mais au final, lors de la valorisation du bien, c’est la banque qui fait la loi et non pas le vendeur.» Et le fait qu’un bien ait appartenu à une star n’entre pas dans l’équation de la banque. L’intéressé explique que, par discrétion, l’agence ne mettra jamais en avant le nom de l’ancien ou de l’actuel propriétaire d’un bien à vendre. 

Par contre, tout comme plusieurs régies interrogées, il n’hésitera pas à glisser l’information lors d’une visite par de potentiels acquéreurs. «C’est indéniablement un plus», rajoute le courtier genevois. Le fondateur de La Roche Residential Emanuel La Roche va plus loin: «A mon avis, le bon voisinage est plus un gage de prestige pour un appartement que l’ancien propriétaire. Dès lors, je mentionne toujours aux potentiels acheteurs quelles personnalités habitent dans l’immeuble, surtout s’il s’agit de célébrités.»

Si les différents interlocuteurs confirment plus ou moins que le prix du bien ne dépend pas de son histoire, plusieurs d’entre eux affirment que le mythe peut parfois pousser à l’achat. «Quand nous avons vendu à l’époque la maison de Christina Onassis à Paris, l’acquéreur l’a aussi achetée pour la légende», raconte Thibault de Saint Vincent, responsable de l’agence Barnes dans la capitale française.

Autre exemple extraordinaire: «Nous avions la propriété de Rudolf Noureev à vendre à Saint-Barth. Cette dernière, qui s’appelle toujours «la maison Noureev», a été achetée par une dame pour 5  millions d’euros il y a quelques années, alors que la maison, qui fait environ 500  m2 au bord de la plage, n’est pas habitable toute l’année, à cause du bruit des vagues.

Il est clair que l’acheteuse a misé sur le fait qu’elle ait appartenu au célèbre danseur russe. Bien lui en a pris: quelques années plus tard, un Russe, fan de Noureev, l’a rachetée quatre fois plus cher. Ce dernier y est venu uniquement huit jours depuis son achat. Cela prouve qu’il a acquis avant tout un bout de rêve.»

Achats émotionnels 

Ces personnes, qui ne sont pas à 20 millions près, achètent le mythe avant d’acheter le bien immobilier, confirme le spécialiste. «C’est comme ceux qui ne connaissent rien en art et qui achètent un tableau pour le prestige de l’artiste.» En bref, une maison ou un appartement ayant appartenu à une célébrité n’ont pas de valeur en soi, mais cela reste un plus.

«Notre rôle en tant qu’expert immobilier, c’est d’estimer la valeur immobilière du bien. Le propriétaire, lui, va rajouter une plus-value en valorisant l’histoire du bien. Cette partie intangible ne peut être chiffrée, mais sur le terrain on voit que ces détails ont de la valeur», rajoute Thibault de Saint Vincent. Sidonie Morvan, avocate spécialisée dans le droit immobilier, confirme:«tous les éléments émotionnels doivent être pris en compte lors de la vente ou de l’achat d’un bien. Par exemple, une maison historique peut participer au phénomène coup de cœur.»

Un constat approuvé par Philippe Cardis, CEO de la nouvelle société Cardis-Sotheby’s International Realty. Pour ce dernier, il existe indirectement une certaine ascendance psychologique par rapport à l’histoire du bien. Mais il précise que cette ascendance peut aller dans les deux sens.

«Un endroit où il y a eu un drame sera considéré comme un lieu maudit par les superstitieux.» Et une vente sera alors difficile. «A l’inverse, si la maison regorge de contes de fées, certains acheteurs pourraient être poussés plus rapidement à faire le pas de l’acquisition.»

Philippe Cardis explique pourtant qu’il ne suffit pas d’être une célébrité pour vendre son bien, surtout si le prix demandé dépasse celui du marché. «L’an dernier, nous avions plusieurs propriétés de star à vendre sur la Riviera vaudoise à des prix complètement surfaits. Ce n’est pas pour cela qu’elles se sont vendues.» Les propriétaires ont rapidement compris qu’il fallait s’aligner sur le prix du marché, car l’achat reste en principe assez rationnel, même si l’aspect émotionnel est important.

L’exemple de l’ancienne maison de Michael Schumacher à Vufflens-le Château le prouve. Estimée en 2011 à environ 16 millions de francs, un prix pourtant raisonnable selon les experts immobiliers, surtout au vu des prestations offertes, 750  m2 habitables avec court de tennis, piscine intérieure et piste d’hélicoptère, la demeure est à l’heure actuelle toujours en vente. Il a même été question de la louer, faute d’acheteur.

La propriété où vécurent Orianne et Phil Collins à Begnins a également été mise en vente par de nombreux courtiers à un prix très élevé l’an dernier. Le montant de 60 millions de francs a été évoqué alors que cette propriété avait été acquise par le couple, aujourd’hui divorcé, pour moins de la moitié à l’ancien pilote de F1 Jacky Stewart. Le prix de la demeure a, depuis lors, été corrigé, mais la maison n’a à ce jour toujours pas trouvé d’acquéreur. Idem pour les châteaux historiques du Marteray à Begnins, en vente depuis près de quatre ans et celui d’Allaman, en vente depuis deux ans. 

Ces exemples prouvent qu’il ne suffit pas d’être une célébrité pour trouver facilement et à n’importe quel prix un acheteur prêt à payer un bien à un prix en dehors de la réalité du marché.

En revanche, un bien construit par un célèbre architecte peut souvent être valorisé. «Une villa construite par Jean Nouvel ou Le Corbusier est un gage de prestige qui peut aisément être valorisé», conclut Emanuel La Roche.

Chantal Mathez

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