Bilan

Actions, structurés, alternatif: les meilleurs paris de la rentrée

Vendre ses titres en mai et s'en aller en vacances, dit le proverbe. En 2009, l'investisseur qui a appliqué le célèbre dicton boursier s'en mord les doigts. En cédant ses actions au printemps, il a vu le substantiel rallye survenu lui passer sous le nez. Car les Bourses mondiales, y compris le marché suisse, ont enregistré plus de 15% de hausse cet été. Le SMI, l'indice vedette de Rocheet autres Credit Suisse, a même progressé de plus de 40% depuis les planchers atteints début mars.Il est vrai que les signes positifs se sont multipliés. Au second trimestre, près de 75% des firmes américaines (et 50% des européennes) ont réalisé des profits dépassant les attentes des analystes. Cerise sur le gâteau, les chiffres macroéconomiques montrent que le gros de la récession est derrière. Les premiers résultats des plans de relance et des politiques ultra-accommodantes des banques centrales se font sentir. Jauge de la santé du secteur industriel, les indicateurs avancés PMI des principaux pays industrialisés se sont fortement redressés. «Ils pointent tous à la hausse, signa-lant en même temps l'avance du cycle japonais par rapport aux cycles américain et européen», indique la Banque Syz. La résistance de la Chine et de l'Inde met clairement de l'huile dans les rouages de l'économie mondiale. Peu d'investisseurs avaient parié sur une embellie aussi rapide. La majorité des banques n'ont augmenté que très récemment la part des portefeuilles de la clientèle investie en Bourse. Credit Suisse a par exemple effectué ce mouvement stratégique à fin juillet. Positionnés de manière très défensive, ils ont été largement pris à revers. D'où la vigueur boursière de ces dernières semaines. Les liquidités et les emprunts gouvernementaux étaient largement privilégiés au détriment des actions, sensibles à la conjoncture. Que faut-il attendre de l'automne boursier?Pourquoi les voyants restent au vert«Les particuliers, les fonds alternatifs et les caisses de pension avaient bradé leurs actions dans la baisse, détaille le conseiller en investissement d'une grande banque. Ils n'ont pas encore reconstitué leurs positions et devront racheter cet automne.» Les derniers chiffres publiés en Allemagne et en France vont servir de déclencheur. Ne viennent-ils pas de sortir de récession, annonçant à la surprise générale que leurs économies avaient retrouvé le chemin de la croissance (0,3%) au printemps dernier?

Le financier n'a aucun doute. Les principaux indices auraient encore une marge de progression «de 10% à 15% d'ici à décembre». Autre soutien des Bourses, les taux: «Ils vont rester bas, car les banques centrales ne vont pas prendre le risque de tuer la croissance dans l'oeuf.» Les résultats des entreprises au troisième et quatrième trimestres vont aussi soutenir les cours. «Les bénéfices avaient connu un véritable trou d'air à fin 2008, rappelle-t-il. La comparaison va s'avérer particulièrement avantageuse, car les bénéfices vont grimper de 60% ou même 100% d'une année sur l'autre.»

LE CHIFFRE 0,4 En pour-cent.La croissance de l'économie suisse attendue en 2010.

Titres et investissements à privilégierActions: Malgré le fort rebond enregistré depuis mars, les valeurs cycliques, la consommation et le luxe, très sensibles à la reprise, recèlent encore du potentiel. «Swatch,Richemont, ABB, Siemens, Credit Suisse, Holcim,Lafargeou encoreAlstom peuvent facilement grimper de 20% d'ici à décembre.» Le financier est également très chaud sur les valeurs pétrolières, les télécoms et le service à la collectivité (eau, électricité, etc.). Il parle de Royal Dutch, Total,Swisscomet Eon. «Ces titres proposent de solides dividendes de 5% à 7% et sont intéressants en prévision de l'année prochaine, qui risque d'être difficile pour les Bourses. En 2010, le chômage atteindra son pic et les gouvernements ne disposeront plus de munitions pour stimuler l'économie. Dès lors, la sortie de récession s'accompagnera d'une période de croissance molle. «L'euphorie boursière va forcément retomber», prévient-il.

Produits structurés: ils peuvent aussi réserver de bonnes surprises. «Les produits d'optimisation de rendement restent intéressants dans la configuration de marché actuelle, explique Lionel Pilloud, responsable des produits financiers pour la Suisse romande chez Vontobel. Un panier de titres comprenant Credit Suisse, Novartiset Holcim offrent ainsi un coupon de 9%. «Il s'agit d'un Multi Defender Vonti Plus équipé d'un déclencheur permettant à l'investisseur de toucher le coupon et le capital en intégralité dès que les titres le composant clôturent 5% au-dessus du prix d'émission.» Le véhicule dispose d'une barrière défensive qui absorbe une baisse de 40%. «Ce produit est particulièrement adapté si l'on ne s'attend ni à une violente hausse, ni à un nouveau krach.» Dans la même veine, le certificat Express Voncert sur la Chine permet d'encaisser jusqu'à 34,2% sur deux ans. Cela étant, l'investisseur peut aussi enregistrer une perte si l'indice chinois baisse de plus de 30% le jour de l'échéance.Hedge funds: Michel Dominicé, associé chez Dominicé Asset Management, parie sur le gérant alternatif Gottex Fund, firme cotée à la Bourse suisse. «Un investissement idéal pour ceux qui ne croient pas que la fin du monde est proche», explique-t-il, avec humour. Il est vrai que le titre du hedge fund lausannois avait plongé de 72 francs à 2,5 francs avec la crise, «avant de se redresser à 9,5 francs au cours des derniers mois». Pourquoi ce titre? Fait rare dans l'arc lémanique, Gottex n'avait pas un sou investi chez l'escroc Madoff.De plus, la firme a signé début juillet un contrat pour gérer les investissements en hedge funds de Nestlé, «un mandat très difficile à obtenir».Après avoir culminé à 13 milliards, la masse sous gestion de Gottex s'est stabilisée à 8,5 milliards. «Elle va rebondir avec les marchés qui grimpent et les flux qui redeviennent positifs dans l'alternatif», estime-t-il. De manière générale, le pire serait derrière pour les hedge funds. «Le secteur a montré qu'il pouvait honorer les demandes de remboursement», souligne-t-il. Au quotidien, Michel Dominicé gère son propre fonds alternatif. «Nous avons enregistré en mai et en juillet des entrées nettes d'argent frais pour la première fois depuis l'automne dernier.»

LE CHIFFRE 6En pour-cent.Les forts dividendes proposés par les titres des géants du pétrole.

Que faire si la bourse baisse?D'autres sont moins positifs. Le stratège américain Dennis Gartman est circonspect. «Je suis surpris des importantes ventes de titres annoncées par les insiders (hauts dirigeants d'entreprise, ndlr).» Pourquoi vendre les actions de son entreprise si l'on estime qu'elles vont monter? Le signal don- né n'est pas bon.Yiannis Skeparnias, associé chez Cefisagestion de patrimoine, est lui clairement négatif. Il recommande la plus extrême prudence. «Il faut rester liquide et acheter des fonds marchés monétaires ou des emprunts gouvernementaux.» En cinq mois, la hausse des Bourses atteint 50%, du jamais vu dans l'histoire. «En 2003, un mouvement d'une amplitude similaire avait pris 14 mois à se matérialiser.» Le fort endettement des Etats l'inquiète. Il ne croit pas à un redressement rapide de l'économie. «Pour preuve, la demande pour les emprunts du Trésor américain, défensifs par nature, est plus forte actuellement qu'en juin, explique-t-il. Il y a de gros acheteurs, du smart money , ces investisseurs sophistiqués qui disposent d'informations privilégiées.» La crainte domine. Pour lui, les marchés vont repiquer du nez. «Nous allons revoir les cours plancher atteints en mars à 666 points sur le S&P 500 américain et à 4300 points sur le SMI», prévoit-il. Il rappelle que les mois de septembre et d'octobre sont traditionnellement lespires pour les Bourses. Le chiffre0,4en pour-centLa croissance de l'économie suisse attendue en 2010.perspectivesD'ici à décembre, les actions peuvent encore grimper de 20%.

Graph et chartLes secrets de l’analyse technique Le pétrole et les Bourses grimperont encore d’ici à décembre.Analyse graphique Cette technique prisée des traders cherche à détecter les tendances futures sur les marchés financiers en passant au crible les mouvements passés. Pour définir les objectifs, la théorie élaborée par Ralph Nelson Elliott au début des années 1930 est fréquemment utilisée. Ce dernier avait observé que tous les mouvements boursiers se décomposaient en cinq vagues successives, suivies d’une phase de correction en trois temps.Christian Bado, gérant de fonds chez Palaedinoà Genève, est un adepte.SMI(5900 points). «En franchissant les 5400 points au mois de juillet, l’indice est sorti du canal baissier dans lequel il évoluait depuis 2007. Le ciel s’est ainsi dégagé. Si un retour à 5500 est envisageable ces prochaines semaines, il faudra en profiter pour acheter: car nous devrions évoluer aux alentours de 6800 en fin d’année!»Bourse chinoise(2800 points). «Sur Shanghai, la correction a débuté. Nous nous trouvons actuellement sur un important support. Son franchissement ouvrirait la voie pour un retour à 2560, qui constitue un bon niveau d’achats. Car l’objectif reste fixé à 3500 points d’ici à décembre.»Pétrole(69 dollars). «Comme pour les Bourses, les chances que le pétrole grimpe atteignent 70%. Une fois la résistance située à 74 dollars franchie, l’objectif des 90 dollars devrait être rapidement atteint. Probablement d’ici à la fin décembre. Vers le bas, un solide support est actif à 64 dollars, qui marque le bas du canal haussier.»

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