Bilan

Apple, Google et Samsung appelés à casser leur tirelire

Les géants mondiaux de la technologie ont profité de la crise pour constituer des réserves de liquidités représentant grosso modo l'équivalent du PIB français.

A elles trois Apple, Microsoft et Google ont plus de 300 milliards de dollars de cash, et l'ensemble des compagnies non financières américaines totalisent un record de 1.640 milliards de dollars, soit deux fois plus qu'en 2007, selon un rapport publié le mois dernier par l'agence de notation Moody's.

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Elles sont assises sur un matelas de 2.800 milliards de dollars! Elles, ce sont les mille grosses firmes mondiales auxquelles analystes et parfois actionnaires demandent de plus en plus de ne pas jouer les écureuils sous peine de plomber la croissance mondiale.

Depuis la crise financière de 2008, le trésor de guerre de ces géants, parmi lesquels Apple, Google et Samsung, a gonflé au point de représenter grosso modo l'équivalent du produit intérieur brut français.

Après le choc de la crise, durant laquelle de nombreuses sociétés ont rempli leurs bas de laine en attendant des jours meilleurs, les places boursières sont reparties à la hausse, la confiance est revenue, mais les réserves de liquidités n'ont cessé d'enfler. Et de dormir.

Du coup certains, dont des actionnaires, ont commencé à sonner le rappel pour pousser les "écureuils" mondiaux à puiser dans leurs gigantesques réserves pour, par exemple, racheter leurs propres actions, construire de nouvelles usines, améliorer les dividendes ou acquérir des compagnies concurrentes.

L'appel commence à être entendu. Ainsi, le mois dernier, le japonais Toyota a annoncé un plan de rachat de ses propres actions pour 3,5 milliards de dollars. Pour le n°1 mondial de l'automobile, c'est une première depuis cinq ans.

"Etant donné que Toyota a indiqué qu'il entendait réduire ses investissements sur les trois prochaines années, racheter ses propres actions est une des options concrètes que peut prendre une compagnie qui détient une telle trésorerie", estime Yusuke Miura, analyste au centre de recherche Tokai.

Mais Toyota est loin d'être seule à disposer d'un matelas ultra-épais.

A elles trois Apple, Microsoft et Google ont plus de 300 milliards de dollars de cash, et l'ensemble des compagnies non financières américaines totalisent un record de 1.640 milliards de dollars, soit deux fois plus qu'en 2007, selon un rapport publié le mois dernier par l'agence de notation Moody's.

Ces dernières années, les principales firmes américaines ont accru leur dette, mais dans le même temps, la constitution de réserves de liquidités a suscité de vives critiques de la part des investisseurs, d'aucuns allant jusqu'à insinuer que certaines sociétés amasseraient de l'argent à l'étranger afin d'échapper au fisc.

Argent mort

Toutefois, Moody's s'attend à ce que les entreprises "restent prudentes l'an prochain", estimant que "les dépenses d'investissement en capital, pour les dividendes, les acquisitions ou les rachats d'actions ne devraient croître que faiblement".

La société de conseil Deloitte, celle qui a donné en janvier ce chiffre astronomique de 2.800 milliards de dollars de réserves pour les 1.000 plus grandes entreprises mondiales, avertit que "cela pourrait freiner leur progression en ces temps de reprise" et qu'il "est temps pour elles de repenser leur stratégie de gestion de trésorerie pour créer des occasions de croissance".

Mark Carney, l'actuel patron de la Banque d'Angleterre, parlait encore plus cru en 2012 en qualifiant ces bas de laine géants d'"argent mort".

"Si les compagnies ne savent pas comment l'utiliser, alors qu'elles le confient aux actionnaires et eux sauront quoi en faire!", disait-il alors qu'il était à l'époque gouverneur de la Banque du Canada.

Cette impression d'"argent mort", certains investisseurs du géant sud-coréen de l'électronique Samsung la partagent, alors que le groupe dort sur plus de 50 milliards de dollars de réserves.

Du coup, la modestie des dividendes payés aux actionnaires a fait grincer des dents et la pression est montée sur l'entreprise, qui finalement a promis fin 2013 d'ouvrir un peu plus les vannes en direction des actionnaires.

Le directeur financier de Samsung, Lee Sang-Hoon, s'est engagé à "mettre l'accent sur un meilleur retour vers les actionnaires", mais dans le même temps a défendu la thésaurisation du groupe, affirmant que cela allait profiter aux dépenses de recherche et développement.

Au bout du compte, note Deloitte, les sociétés se mettent à augmenter leurs dépenses d'investissement et les fusions-acquisitions repartent, en particulier parmi les sociétés qui ont moins de liquidités --et dont les actions ont un meilleur rendement que les sociétés débordant de cash.

"Finalement les marchés récompensent leur volonté de croissance", conclut Deloitte.

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