Bilan

Après Cahuzac, les Français ne pourront plus se dissimuler

Le scandale Cahuzac accroît la pression sur la clientèle française de la place genevoise. Les avoirs non déclarés français cachés à Genève sont estimés à quelque 70 milliards de francs.
Après le séisme de l’affaire Cahuzac, François Hollande souhaite l’échange d’informations sur les avoirs des ses compatriotes détenus à l’étranger. Crédits: AFP

La pression s’accélère sur les Français au bénéfice d’un compte secret en Suisse. Après le séisme de l’affaire Cahuzac, François Hollande souhaite l’échange d’informations sur les avoirs des ses compatriotes détenus à l’étranger. Dans ce contexte houleux, pourquoi finalement les banques ne décident-elle pas de bannir les clients français non déclarés dans leur pays? Et ainsi suivre l’exemple de Credit Suisse et Julius Bär qui ont annoncé se séparer des clients allemands non disposés à régulariser leur situation fiscale ?

Pour de nombreux clients de l’Union européenne, il existe une solution de sortie, à l’instar des cellules de régularisation pour l’Allemagne. En revanche, les négociations avec la France n’ont pas abouti, rendant les comptes secrets quasi intransférables. D’ailleurs le ministre du budget, Bernard Cazeneuve, vient encore de confirmer mardi dernier qu’il s’opposait à toute amnistie fiscale. A l’heure actuelle, témoin du climat de peur qui règne sur la place de Genève, lorsque nous appelons les banques et gérants indépendants, ils nous déclarent presque tous qu’ils « n’ont pas de clients français », ou cherchent à minimiser autant qu’ils peuvent l’importance de cette clientèle. Au-delà de cette anecdote, quels sont les vrais chiffres ?

On peut estimer les avoirs français en Suisse à 120-150 milliards de francs, en prenant comme base les déclarations d’intérêts (260 millions en 2011) touchés sur les comptes français dans le cadre de la Directive Suisse-UE sur la fiscalité de l’épargne. Sachant que les avoirs allemands en Suisse sont estimés par la Bundesbank à 250 milliards, et que les intérêts versés sur les comptes allemands en Suisse sont de 570 millions, on arrive à un montant d’environ 120 milliards pour les avoirs français en Suisse. En se basant sur les estimations de Boston Consulting Group, selon lesquelles les avoirs européens se chiffrent à quelque 830 milliards en Suisse, et que les avoirs français en représentent 15%, on arrive aussi au chiffre de 120 milliards d’avoirs français.

Diverses sources estiment à 70 milliards de francs les avoirs non déclarés dans l’Hexagone et cachés à Genève. Pour rappel, seuls 4740 Français, détenteurs de comptes non déclarés à l’étranger, ont sollicité la cellule de régularisation en 2009 pour un montant d’avoirs de 7,1 milliards d’euros. Même s’il perd de son importance, le passé n’a pas encore été réglé, d’autant que la France exclut, pour l’heure, la solution de Rubik, déjà rejetée par l’Allemagne.

Selon leur modèle d’affaires, certaines sont plus concernées que d’autres par la clientèle française. Les stratégies ont aussi évolué. Avant les années 2000, une banque pouvait encore posséder plus de 50% de clientèle française. Aujourd’hui, la proportion s’établit plutôt en dessous de 35%.

Chasser les indésirables

Si l’on interroge les établissements suisses, nombre d’entre eux affirment avoir pris des dispositions avec leur clientèle française qui échappe encore à Bercy. En effet, depuis que Berne s’est déclarée prête à accorder l’aide judiciaire en cas d’évasion fiscale en 2009, les banques helvétiques, surtout les grandes, ont incité tous les clients à régulariser leurs comptes. Nos interlocuteurs n’évoquent toutefois pas que pour les plus gros clients, des transferts vers d’autres juridictions, comme Singapour, sont effectués. Le cas de Reyl, qui a transféré les avoirs de Jérome Cahuzac chez Julius Baer dans la cité-Etat d’Asie du Sud, prouve que de telles solutions sont recherchées

« Il est certain qu’un client français non déclaré est aujourd’hui refusé dans une banque suisse », souligne un gérant indépendant. Ainsi, la tendance à chasser les indésirables se confirme bel et bien. « Les clients de France sont mal vus sur la place financière genevoise, ce n’est pas nouveau », observe un autre gérant de la place. Le scandale Jérôme Cahuzac accroît encore la pression et pourrait accélérer encore cette procédure. « De plus en plus de clients viennent me consulter, car leur banque en Suisse devient insistante et les presse pour régulariser leur compte », confie Benjamin Lebreton, avocat spécialiste en droit fiscal. 

Reyl ressort lourdement touchée après les missiles Cahuzac et « offshore leaks » et semble se préparer à une troisième salve. En effet, l’établissement aurait bâti sa croissance sur un fort apport de clientèle française. Une information que dément François Reyl dans la presse.

Patricia Meunier

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