Bilan

Après un an de crise: les gérants qui ont le mieux protégé votre argent

Avec le concours de Morningstar, Bilan a sélectionné les gérants de fonds de placement qui ont obtenu la meilleure performance. Ils livrent les secrets qui leur ont permis d'éviter les dégâts.#

Par Fabrice Delaye et Nicolas Pinguely - Bilan No.256 - 10.09.2008

Après quatre années de hausse des bourses, l'intervention mas-sive des banques centrales du 9 août 2007 pour sauver les marchés résonne comme un coup de tonnerre dans un ciel sans nuage. Les difficultés des prêts immobiliers américains subprime ou les pertes de hedge funds outre-Atlantique n'apparaissent soudain plus comme des phénomènes lointains. La crise s'est ensuite amplifiée, alternant phases de panique, quand des banques comme UBS annoncent des pertes abyssales, faux espoir dans le découplage de la conjoncture européenne ou asiatique vis-à-vis des Etats-Unis et retour de l'inflation, ralentissement des économies et rebond avorté des bourses cet été. Dans cet environnement difficile, il n'est plus question de gagner plus sur ses placements, mais de ne pas perdre. Comment les gérants de fonds de placement suisses ou étrangers, qui concentrent l'épargne des Suisses placée en bourse par le biais du deuxième pilier ou directement, se sont-ils dépêtrés dans cet environnement chao-tique? Pour le savoir, Bilan a demandé au cabinet d'analyse des fonds de placement Morningstar de conduire une analyse sur ceux qui sont commercialisés en Suisse sur la période du 1er août 2007 au 31 juillet 2008. Dans cet univers de 2500 fonds aussi bien institutionnels que privés, répartis en six caté- gories représentatives d'un portefeuille classique, nous avons extrait les trois fonds qui ont à chaque fois battu la concurrence. Afin de rendre la comparaison possible, les performances ont été exprimées en francs. Puis nous sommes allés à la rencontre de ces gérants pour savoir qui ils sont, comment ils préservent notre épargne et ce qu'ils prévoient. Verdict.

ACTIONS SUISSES Numéro 1: Fernand Garcia et Alain Freymond, associés de BBGI Group à Genève, gérants du fonds BBGI Tactical Switzerland: -3,64 %

Une performance incroyable sur le marché helvète. Le fonds cède moins de 4 % depuis le début de la crise financière. Par comparaison, l'indice SMI plonge de 20 %. Dès le printemps 2007, les deux patrons ont senti le vent tourner. «Nous avons identifié un début d'essoufflement sur le marché immobilier aux Etats-Unis.» Un phénomène qui les pousse à la prudence. «Dès le mois de juin, nous avons augmenté les liquidités à près de 20 % et vendu des dérivés pour nous protéger sur le SMI.» Dans le même temps, la majorité des titres bancaires et des valeurs sensibles aux variations de l'économie, particulièrement les petites et moyennes sociétés, sont liquidés. A partir de ce moment, les investissements sont concentrés sur les valeurs défensives, tels Nestléou Novartis.La menace inflationniste se précise avec l'envolée des prix de l'énergie et des matières premières. Un ralentissement économique paraît inéluctable. Mais personne ne semble y croire: l'environnement restait marqué par des investisseurs complaisants à l'extrême, à l'appétit en forme de bulle, aveuglés par près de cinq ans de progression boursière, «l'un des plus longs marchés haussiers de tous les temps.» Les deux associés, qui se sont rencontrés chez Pictetoù ils s'occupaient de la gestion institutionnelle, ont vu juste. Au moment où survient la crise, ils sont parés pour limiter la casse. «Nous avons conservé cette stratégie jusqu'à fin 2007.» Dès le mois de décembre, ils partent à la recherche de nouvelles opportunités. Patiemment. «Il fallait que les investisseurs aient épuisé leur angoisse, que le marché panique pour trouver des prix d'entrée corrects sur les actions.» Le plongeon boursier de janvier sera mis à contribution pour racheter. Les titres financiers ont reculé de plus de 50 % et les bourses de près de 30 % depuis l'été. Ils observent que les bénéfices des sociétés, hors secteur financier, ne s'effondrent pas. «La baisse de taux exceptionnelle annoncée le 22 janvier par la Fed, qui éloigna les risques de récession, a été le signal d'achat.» Ils liquident alors les contrats à terme, appelé futures , protégeant leur fonds, et se retrouvent à nouveau pleinement exposés au marché actions. Mais ils ne s'emballent pas sur les valeurs financières. «Nous avons seulement fait un peu de trading sur UBS et Credit Suisse, achetant sur les creux et revendant rapidement.» Par la suite, Bear Sterns est sauvé de la faillite par la Banque centrale américaine. Le printemps arrive marqué par de nouvelles craintes inflationnistes. Déprime boursière. Ils ne sont pas refroidis pour autant. En juillet, ils rachètent massivement les titres financiers, UBS, Credit Suisse,Zurich FinancialetSwiss de Re. «Le signal est venu du plongeon du prix de l'énergie, lorsque les Etats-Unis ont indiqué qu'ils envisageaient de prospecter dans des zones jusqu'ici interdites à l'exploitation pétrolière, notamment en Alaska.» Un coup de maître. Les craintes de hausses de taux se calment, ce qui profite aux actions bancaires. Les deux partenaires restent cependant prudents. «Il y aura encore des secousses.» On devine qu'ils n'hésiteront pas à revendre pour engranger des profits. Bref, une vraie gestion active.

Numéro 2: RFP Swiss Equity Plus I inc (Rieter Fischer Partners) -8,65 % Numéro 3: AS Eq Abs Ret Fd-Switzerland (CHF) Acc (Caceis Fastnet) -11,41 % ACTIONS INTERNATIONALES Numéro 1: Peter Heim, gérant du WMP Global Equity Fund D Acc (Julius Baer):+5,69 %

Le fonds Global Equity géré par WMP à Zurich et distribué par Julius Baer affiche la meilleure performance (et l'une des rares positives) dans la catégorie actions internationales. Il obtient ce résultat dans sa version institutionnelle, celle s'adressant aux caisses de pension, la version grand public ayant des frais de gestion de 1,25 % au lieu de 0,25 % pour la classe D réservée aux clients de WMP. A 27 ans, Peter Heim gère depuis 2006 ce fonds de 175 millions de francs avec une approche thématique qui guide le choix d'un maximum de trente titres. Formé à l'économie en Allemagne puis à la recherche financière chez Global Mining Researchen Australie, il rejoint en 2005 WMP, un gérant indépendant créé en 1971 à Zurich parWalter Meier. Autorisé à investir dans les petites capitalisations, le fonds privilégie les actions des grandes entreprises repérées comme bon marché dans des secteurs identifiés comme porteurs. Ayant écrit dès 2004 un livre sur les matières premières (Profiter des ressources naturelles, Finanz Buch Verlag, Munich), Peter Heim a investi très tôt une part substantielle du fonds dans ce secteur. «Nous n'investissons pas dans les grandes compagnies pétrolières, explique-t-il. Leur production a atteint un pic.» Il n'y a qu'une compagnie nationale dans le portefeuille, Statoil,et un équipementier, Trans- oecean, par contre on y trouve des perles comme XTO Energy, une entreprise gazière américaine en croissance de plus de 20 % par an. Même s'il pense que le repli actuel des prix du pétrole n'est que temporaire, Peter Heim l'a anticipé. Le secteur de l'énergie qui représentait, en mai, 30 % du portefeuille est revenu à 21 %. C'est désormais la montée des prix de l'électricité qui guide ses investissements avec la construction d'une position dans les électriciens suisses comme Atel. Le pari sur l'énergie n'explique pas à lui seul la bonne performance du fonds. Peter Heim a vu venir la crise financière de loin. Négatif sur les marchés immobiliers américains et européens, il n'a tout simplement jamais pris la moindre position dans le secteur bancaire. Quand la crise a révélé son ampleur avec les déboires d'UBS à l'automne 2007, il estime que cela touche l'ensemble du marché. Entre octobre 2007 et fin janvier 2008, la part en cash du fonds monte à 20 %-25 %. Peter Heim profite ensuite de la panique pour faire ses courses, ramenant la part en cash à 5 %. A cette occasion, il augmente ses investissements dans l'agriculture et réduit ceux dans l'industrie. Il privilégie les engrais à cause de la pénurie dans ce secteur. «Le norvégien Yara ne se paie que 4,5 fois les bénéfices à venir sur la base des prix spots de l'urée», détaille-t-il. En parallèle, il parie sur le train au travers de l'opérateurBurlingtonet d'ABB. Pour les mois à venir, Peter Heim se montre pessimiste. «Le flot de mauvaises nouvelles n'est pas terminé. Dans un contexte d'inflation et de remontée des taux d'intérêt, les estimations des analystes sont trop élevées.» Concernant l'Asie où le fonds n'a qu'une position, il évoque la fin du cycle de déflation. Ne voyant d'autres raisons au raffermissement du dollar que l'accès de faiblesse de l'euro, il confesse que le fonds construit une position dans l'or avec Barrick Gold. «La production mondiale d'or va chuter de 10 % à 15 % dans les deux ans à venir. Dans un contexte d'inflation, le métal jaune ne peut que remonter.»

Numéro 2 CSA 2 Saule Private equity (Credit Suisse)+3,44 % Numéro 3 Sarasin Equi Sar IIID (Sarasin) - 2,46 % OBLIGATIONS SUISSES Numéro 3: Daniel Hunziker,responsable de la gestion obligataire en francs suisses chez Julius Baer, gérant du JB Institutional CHF Domestic Bond Fund:+3,43 %

A l'été 2007, la spirale infernale dans laquelle ont été embarquées les obligations d'entreprises l'a peu touché. «L'optimisme avait atteint son paroxysme au printemps 2007, raconte-t-il. Méfiant, je m'étais déjà positionné défensivement.» La nature domestique de son fonds, réservé aux investisseurs institutionnels, l'a également protégé. Il investit majoritairement en obligations de la Confédération, en lettres de gages peu risquées et en emprunts des banques cantonales. «Les restrictions du fonds liées aux contraintes légales imposées aux caisses de pension nous interdisent les obligations étrangères libellées en francs suisses, notamment les financières, durement touchées par la crise.» Et les banques locales, UBS et Credit Suisse? «Nous en avions peu à l'époque et n'avons guère été affectés par l'écartement des spread de crédit (ndlr: sensibilité au risque de faillite)», explique celui qui commença sa carrière, au début des années 1990, comme gérant de portefeuille à UBS. Depuis le début de la crise, l'accent a été mis sur la diminution des frais de transactions. D'une part, le nombre d'opérations a été fortement réduit. D'autre part, l'extrême illiquidité du marché obligataire a nécessité d'adapter les techniques de trading, tant les coûts ont pris l'ascenseur: réaliser une transaction sur une obligationHolcimou Givaudan coûte deux fois plus cher qu'il y a douze mois. «La différence de prix entre l'offre et la demande est passée de 50 à 100 points de base, observe-t-il. Dès lors, nous avons utilisé davantage de contrats à terme de type futures et de swaps sur les taux d'intérêt pour agir.» Le mouvement de panique de mars dernier, ponctué par le sauvetage en urgence de Bear Sterns par la Banque centrale américaine, l'a marqué. «Beaucoup d'intervenants se sont rués pour acheter des protections en produits dérivés, payant d'importantes primes au plus mauvais moment.» Aujourd'hui ces positions, souvent établies sur l'indice iTraxx européen, se trouvent à leur tour dans le rouge. «Il faut savoir rester calme, éviter de paniquer.» L'avenir sera agité. Les marchés se tâtent pour déterminer qui, de l'inflation ou de la récession, va dicter le jeu obligataire. «Les rendements des bons Gouvernements allemands anticipent déjà une récession.» Dès lors, il est tenté de «reprendre un peu de risque», c'est-à-dire d'ache-ter des obligations d'entreprises, dont les cours sont particulièrement attractifs. Ainsi, il trouve la récente émission domestique du Credit Suisse, proposant un rendement de 4 % en francs suisses, très intéressante. «Jamais un tel surplus de rendement par rapport aux obligations de la Confédération, près de 1,5 %, n'avait été offert pas une banque de qualité.» A saisir, donc.

Numéro 1: SL i Fonds Obligationen CHF Inland Inc (Swiss Life)+3,85 % Numéro 2: UBS IF-Bds CHF Inland Med-Trm X Inc (UBS)+3,71 % OBLIGATIONS INTERNATIONALES Numéro 1: Philipp Rieder, gérant du ZKB IF A - Obli CHF Aktiv (Banque Cantonale de Zurich):+3,17 %

Pour manoeuvrer sur des marchés obligataires internationaux rendus tempétueux par la crise des subprime et les interventions des banques centrales, une compréhension profonde des instruments dérivés était essentielle afin de distinguer parmi ces instruments complexes ceux qui présentaient un risque toxique de ceux susceptibles d'apporter un surcroît de performance. Gérant obligataire à la Banque Cantonale de Zurich depuis 2005 mais aussi responsable du développement de l'activité dans les dérivés de crédit de l'établissement, Philipp Rieder a mis à profit son expertise en mathématiques et en économétrie pour hisser le fonds en obligations internationales libellées en francs suisses, qu'il supervise, en tête des performances de sa catégorie durant cette année de crise. Avec 1,5 milliard de francs, le fonds n'investit que dans des obligations en francs suisses émises par des institutions comme les banques centrales, les municipalités et les entreprises. Dans la période de forte volatilité que nous venons de vivre, il met ses bons résultats sur le compte d'une stratégie sélective et défensive. «La liquidité s'étant évaporée dans certains segments des marchés de capitaux en francs suisses, les marchés de dérivés ont offert une alternative efficace pour mettre en place des stratégies de crédit.» C'est cela qui l'a conduit, dès le printemps 2007, à éviter les banques d'affaires et les produits structurés dans lesquels elles avaient souvent réparti leurs créances pourries. Une fois la crise démarrée, il s'est fait opportuniste pour reconstruire des positions dans le secteur financier et se positionner sur les obligations de banques en réalité peu exposées mais bradées lors des diverses phases de panique connues par le marché. Philipp Rieder ne cache pas qu'il ne s'attendait pas à ce que la crise soit aussi profonde et aussi longue. Il avait cependant correctement pré- vu la baisse des taux américains à court terme même s'il reconnaît que sa vitesse l'a surpris. Il s'attend maintenant à une baisse des taux par la Banque centrale européenne mais demeure prudent sur la question de savoir si le ralentissement de l'économie a eu raison de l'inflation. «Nous ne sommes pas d'accord avec le marché qui considère maintenant que la bataille est terminée et que les taux d'intérêt vont demeurer bas.» De même s'il a construit quelques positions dans le secteur financier, il ne voit pas la fin des difficultés des banques tant que la baisse de l'immobilier va continuer d'éroder leurs bases en capital.

Numéro 2: CS IF Bonds Rest of the world (Credit Suisse) +2,66 % Numéro 3: UBS IF-Bds CHF PRIME Ausland (UBS)+2,56 % MATIÈRES PREMIÈRES ET ÉNERGIE Numéro 1: Jacques Blatter , gérant chez Harcourt du fonds Vontobel Belvista Commodity Linked Enhanced Fund:+30,25 %

Lui a géré habilement les matières premières et l'énergie. A l'inverse des marchés actions, ce secteur s'est révélé une niche de profits pour les plus talentueux. Cela étant, le récent plongeon du pétrole et des métaux a rappelé aux intervenants qu'il fallait savoir raison garder. Que les arbres ne grimpaient jamais jusqu'au ciel, ce que beaucoup avaient tendance à oublier. Il est vrai que les progressions ont été fulgurantes: au plus haut, le cours des grains (soja, maïs) gagnait 200 % l'année dernière, alors que le prix des métaux industriels était multiplié par trois depuis le milieu des années 2000, celui du nickel par huit et que le cours de l'or noir doublait depuis l'été dernier. Ce titulaire d'un master en mathématiques n'investit pas dans les actions de compagnies pétrolières ou minières, mais dans les produits financiers qui répliquent l'évolution des prix du pétrole ou du soja. «Dans les phases de renchérissement de l'éner-gie ou des produits agricoles, les actions du secteur ont tendance à réaliser une moins bonne performance que les indices sur les matières premières.» La faute à l'inflation qui fait grimper les coûts et grignote les marges des producteurs. Le financier, qui a rejoint le gérant Harcourt en 2002, investit au travers de contrats à terme sur les indices: énergie, agriculture, métaux industriels, bétail, métaux précieux. Le fonds est géré de façon active avec l'indice DJ-AIG comme point de référence. «Les échéances doivent être optimisées pour dégager un surplus de performance.» Les positions sont traditionnellement renouvelées de mois en mois. Il donne l'exemple des indices sur le bétail à l'automne 2007. Jacques Blatter redoutait un accès de faiblesse des prix de la viande sur les échéances courtes. Il fait le pari que les paysans, pour économiser, vont procéder à l'abattage le plus précocement possible des troupeaux en raison de l'envolée des prix du fourrage. «Nous avons alors reporté nos positions sur des échéances lointaines.» Il a eu raison. «Cela s'est révélé positif en termes de performance.» Cet ancien trader en obligations convertibles japonaises - il a travaillé deux ans pour l'Industrial Bank of Japan à Londres à la fin des années 1990 - lorgne actuellement du côté du gaz. Son prix a baissé de 13,5 à 8 dollars l'unité en quelques semaines. «A ce prix, les coûts pour produire de l'électricité sont équivalents à celui du charbon, alors que la pollution générée est moindre.»

Numéro 2: WEF I Global Energy Equities AEH Acc (World Express Fund)+13,84 % Numéro 3: JB URAM Energy Stock Fund (EUR) C Acc (Julius Baer)+11,22 % MARCHÉS ÉMERGENTS Numéro 1: Nick Price, gérant du FF EMEA A Euro(Fidelity):+0,22 %

Géré depuis novembre 2005 par Nick Price, à partir de Londres, le fonds Europe de l'Est Moyen-Orient Afrique (EMEA) de Fidelity International est le seul à afficher, à l'issue de la crise financière, une performance positive dans une catégorie actions des marchés émergents où les hécatombes n'ont pas été rares. Nombreuses sont, en effet, les pertes de 20 % et même de 40 % dans quelques cas. Précédemment analyste de divers secteurs industriels européens, Nick Price met sur le compte de son approche de «stock picker» sa bonne défense du milliard de francs qui constitue la valeur de son fonds. Il privilégie une approche sectorielle pour sélectionner avec une équipe de six analystes spécialisés par industrie les 50 à 80 titres qui composent son portefeuille. Il bénéficie aussi d'une certaine souplesse vis-à-vis des indices de référence qui souvent brident la performance des gérants. Il peut investir aussi bien dans les petites que dans les grandes capitalisations, sous réserve que les entreprises aient leurs sièges dans les pays concernés. C'est ce qui lui a permis de prendre une part significative dans le producteur d'engrais Uralkaliqui s'est avéré son meilleur pari pendant la crise. Il a aussi diminué son exposition au secteur des matériaux tout en augmentant, à contre-courant, la part du secteur financier. Il est vrai que les titres bancaires du Nigeria qu'il privilégie n'ont pratiquement pas de corrélation avec la crise des subprime. Il a encore réduit le poids de la Russie et augmenté celui de l'Afrique du Sud, qui, à eux deux, captent 65 % de ses investissements. Ses principales positions sont Gazprom,MTN Group et Sasol. Très tôt investi dans les matières premières, Nick Price continue de croire à la hausse à long terme des entreprises qui les exploitent: «80 % du pétrole, la quasi-totalité du platine et du chrome et 40 % du minerai de fer proviennent de Russie, du Moyen-Orient et d'Afrique.» Cela dit, il insiste sur l'importance d'identifier et d'analyser les acteurs les mieux exposés en allant souvent sur le terrain. «Il y a un mois et demi j'ai découvert Qatar Industries, un producteur de gaz naturel qui a bien négocié sa diversification vers la pétrochimie et les engrais. Ils ont un contrat qui leur garantit un prix du gaz en dessous des prix mondiaux pendant quarante ans. C'est comme si quelqu'un vous disait: je peux remplir votre réservoir avec un prix soldé pendant quarante ans!» Observant l'émergence d'une classe moyenne dans les pays qu'il couvre, Nick Price voit leur croissance continuer à porter les entreprises. Dans un environnement qui exclut l'Asie, il ne considère pas l'inflation comme un sujet de préoccupation mais comme une opportunité.

Numéro 2: WEF I Global Emerging Market (American Express) -3,51 % Numéro 3: JPM Middle East Eq (JP Morgan) -3,97 %

Le calendrier de la crise 18 juillet 2007 La Banque américaine Bear Stearns annonce que la valeur de deux de ses hedge funds investis dans les marchés de crédit est dans un cas de zéro et dans l'autre de seulement 9% de sa valeur quatre mois plus tôt. 8 août 2007 BNP Paribas annonce le gel d'un portefeuille de 1,6 milliard de titres garantis par les hypothèques pourries américaines. Le lendemain, la Banque centrale européenne injecte 94,8 milliards d'euros dans les marchés alors que les prêts entre banques se sont évaporés. 14 septembre 2007 L'action du prêteur britannique Northern Rock plonge de 25% après qu'il est allé chercher un financement d'urgence auprès de la Banque d'Angleterre. 1er octobre 2007 UBS fait état d'une dévalorisation d'actifs de plus de 3 milliards de francs et annonce sa première perte trimestrielle en neuf ans. Citigroup suit le lendemain en annonçant une diminution de ses profits de 60% au troisième trimestre. 4 novembre 2007 Quatre jours après Stan O'Neal chez Merrill Lynch,le patron de Citigroup, Charles Prince, démissionne. 22 janvier 2008 Les marchés mondiaux d'actions connaissent leurs plus mauvaises journées depuis six ans. La Réserve fédérale américaine répond en réduisant son principal taux d'intérêt de 75 points de base à 3,5%. 24 janvier 2008 La Société Générale révèle une perte de 5 milliards d'euros qu'elle attribue aux agissements d'un trader maison, Jérôme Kerviel. 14 mars 2008 L'action de la Banque Bear Stearns s'effondre de 50%. Elle est sauvée in extremis par l'intermédiaire de JP Morganqui la rachète grâce à une garantie de la Réserve fédérale. C'est le premier sauvetage d'une banque par la Fed depuis les années 1930. 1er avril 2008 UBS révèle une nouvelle dépréciation de 19 milliards qui portent ses pertes à plus de 28 milliards depuis le début de la crise. Le président de l'établissement Marcel Ospel annonce sa démission. 11 juillet 2008 Le baril de pétrole atteint un pic à 147 dollars. Trois jours plus tard, l'indice S&P 500 chute à 1214 points, son plus bas niveau depuis un an. 21 juillet 2008 En dépit d'un début de rally d'été qui fait remonter les bourses, la banque HBOS, qui procède à une augmentation de capital de 4 milliards de livres pour couvrir ses pertes, n'en reçoit que 8,3% de ses actionnaires, forçant Dresdner Kleinwort et Morgan Stanleyà garder le reste.

Photo: Capital ouverture / © D.R.

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