Bilan

Au-delà de la crise... cap sur 2020

Les investisseurs et épargnants n'ont plus grand-chose à se mettre sous la dent depuis l'été 2007. Avec l'explosion de la bulle immobilière des subprimes - les hypothèques à risques aux Etats-Unis - l'ensemble des marchés et des titres ont plongé. De fil en aiguille, la récession mondiale s'est installée. Les Bourses ont reculé de 45% l'an dernier.La crise a menacé d'emporter l'ensemble du secteur financier. Après la faillite du géant américain Lehman Brothers, les gouvernements sont intervenus pour soutenir les établissements en difficulté. De Fortis à UBS en passant par Royal Bank of Scotland, AIG ou encore Citigroup, le coup de pouce des autorités a permis de stabiliser les choses. Aujourd'hui, les plans de relance gouvernementaux font saliver. Le moment est-il venu de racheter des actions? «Les Etats-Unis devraient commencer à se redresser à partir du second semestre 2009, avec la fin de la correction du marché immobilier», écrivent les économistes de la Banque Sarasin. «Les autorités ont réagi promptement et adéquatement à la crise et une stagnation à la japonaise est improbable.» Après un recul de 1,6% en 2009, la croissance américaine devrait atteindre 2% en 2010. L'Europe devrait aussi profiter du rebond de l'économie mondiale. Si ce scénario est le bon, les valeurs connues pour anticiper les reprises (lire l'encadré sur les cycles d'investissement) peuvent être accumulées dès aujourd'hui. Mieux encore, Bilan donne des pistes de stratégies pour se positionner gagnant sur le long terme. Cap sur 2020!

La Chine

Le moment est propice pour entrer sur le marché chinois. Les prix ont été divisés par trois à la Bourse de Shanghai. «Avec un multiple des bénéfices de moins de dix pour 2009, les actions se trouvent à un plus bas historique», confie Pinakin Patel, stratège auprès du JPMorganChina Funds.Bien entendu, les exportations plongent avec la récession mondiale. Mais l'industrie n'est plus l'unique moteur économique. «La consommation et les dépenses en infrastructures, pour les hôpitaux, les écoles et l'environnement dans les zones rurales, portent la croissance.» Pour juguler la crise, Pékin a annoncé plusieurs plans de soutiens à hauteur de 1460 milliards de dollars, «soit 35% du PIB». A côté des grands travaux, les paysans se verront ainsi offrir l'air conditionné et une machine à laver. Au-delà, les salaires dans les villes et dans les campagnes avancent de 8% par an. Le tassement de la croissance enregistrée au dernier trimestre 2008 ne l'inquiète pas outre mesure. Il précise même que «les statistiques chinoises ne sont pas forcément fiables, le PIB a peut-être été inférieur aux 6,8% annoncés». Selon lui, l'objectif de Pékin d'obtenir une croissance annuelle de 7 à 8% sur le long terme constitue une garantie pour la suite. «A l'horizon 2020, les économies indiennes et chinoisent représenteront 60% du PIB américain, contre 25% aujourd'hui», prédit-il. Du solide pour les investisseurs.

Le vieillissement

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. En France, une personne sur trois aura plus de 60 ans en 2050, contre une sur cinq aujourd'hui. Ce marché fait saliver. La Financière de Champlain, basée à Paris, propose un fonds dédié au thème du vieillissement et de la santé. «Nous investissons dans les maisons de retraite, les cliniques privées, les soins à la personne, les outils de diagnostic et le matériel médical», détaille Barthélemy Renaudin, gestionnaire du fonds Performance Vitae. Il met en avant la nature défensive de ces placements qui répondent à des besoins vitaux. «Les chiffres d'affaires sont en croissance et les marges stables.» Parmi ses sociétés favorites, il cite Qiagen, «spécialisée dans le diagnostic médical», et Grifols, «une firme espagnole qui collecte du sang pour en extraire des protéines», ou encore Synthes, «présent dans la prothèse médicale». A l'heure où un peu moins de 20% des plus de 75 ans sont touchés par Alzheimer, le britannique Caretech, «qui propose des structures médicales spécialisées pour les personnes atteintes de déficience mentale», l'intéresse également. Il envisage positivement les fournisseurs de soins à domicile, «qui permettent de réduire de trois quarts les coûts par rapport à une hospitalisation classique». Bref, le plongeon boursier offre une bonne opportunité pour entrer dans un secteur qui s'avère plus que prometteur.

Les infrastructures

Les plans de relance quasi planétaires annoncés par les gouvernements feront le jeu des entreprises spécialisées dans la construction des infrastructures. Des Etats-Unis à l'Europe en passant par la Chine, les politiques keynésiennes déboucheront sur des dépenses de plus de 2300 milliards de dollars. Les routes, le rail, les réseaux et les centrales électriques seront modernisés. De nombreux bâtiments devraient également être rénovés et leur isolation, améliorée. De quoi doper les acteurs du secteur, Alstom, General Electric, ABB, Saint-Gobain, Holcim et Iberdrola, bradées en Bourse. Les mégapoles des pays émergents offrent également un soutien à long terme. «Un million de personnes migreraient chaque semaine dans les villes. Ce phénomène rend d'autant plus nécessaire l'amélioration des transports publics et des capacités électriques, l'assainissement de l'eau, ainsi que l'existence de logements abordables», écrit Annabel Betz, stratège auprès du Credit Suisse Equity Fund Infrastructure. Un pari sur l'avenir.

Les technologies propres

La révolution verte avance avec l'effet de serre qui menace. Les perspectives de l'éolien, du solaire ou encore de la géothermie demeurent solides malgré la crise. «Face à la raréfaction du crédit, certaines banques bénéficiant d'une garantie étatique prennent le relais pour financer les parcs éoliens en Allemagne», illustre César de Brito, gérant du fonds LODH Invest-Clean Tech. L'injection d'argent public dans le privé va jouer à plein. Le plan vert lancé par le président Barack Obama, «des investissements de 150 milliards de dollars seront réalisés sur dix ans», et les réglementations adoptées vont soutenir durablement le secteur. «D'ici à l'horizon 2030, les Etats-Unis veulent réduire de 35% leurs émissions de gaz à effet de serre et les besoins en énergie devront être réduits de moitié pour une production donnée.» La gestion de l'eau et des déchets est également un enjeu. «A New York, les pertes dans les canalisations d'eau se montent à 80%.» Bruxelles n'est pas en reste. «L'Europe a même le leadership sur le cadre réglementaire et incitatif pour le développement des cleantechs.» En décembre dernier, l'Union européenne s'est donné de nouveaux objectifs: «Gagner 20% en efficacité énergétique, produire 20% d'énergie verte en plus et réduire de 20% supplémentaires les émissions de CO2 d'ici à 2020.» Un plan ambitieux. Suez Environnement, Solarworld, Sterycycle et autres Vestas auront du travail plein les bras.

L'agriculture

«Nous allons bénéficier de la tendance haussière à long terme sur les matières premières agricoles», confie Stéphane de la Serre, responsable du conseil pour le Diapason Long/Short Agriculture Commodity. La démographie galopante et les modifications alimentaires liées à l'évolution des modes de vie dans les pays émergents feront grimper durablement la demande de blé ou de soja. «Il faut 10 kilos de céréales pour produire un kilo de viande, qui est de plus en plus prisée.» L'évolution des cours a été très violente depuis 2007. Les prix du sucre, du blé ou encore du soja ou du cacao ont souvent été multipliés par trois en quelques mois avant de plonger violemment. «L'avantage de notre stratégie est qu'elle permet aussi de nous positionner à la baisse sur les produits agricoles et le bétail», nuance-t-il. Mais la tendance reste fondamentalement haussière. Le recul des terres arables et la difficulté à viabiliser de nouveaux hectares pour des raisons politiques ou climatiques feront sentir ses effets. «En Chine, les terrains propices à l'agriculture se réduisent de 1% chaque année en raison de l'industrialisation et de la pollution.»

L'eau

Le World Economic Forum (WEF) tire la sonnette d'alarme. L'eau va bientôt manquer dans de nombreuses régions du monde. «La bulle est proche de l'explosion», écrit le WEF. Depuis cinquante ans, son prix est maintenu artificiellement bas dans de nombreuses régions. Résultat, la précieuse ressource a été largement gaspillée. Les chiffres sont éloquents. «D'ici à 2025, la rareté de l'eau pourrait entraîner une diminution de la production de céréales équivalant aux moissons de l'Inde et des Etats-Unis combinées, soit quelque 30% de la consommation mondiale.» Dans le même temps, les besoins en nourriture vont grimper de 50% à 70% à l'horizon 2050. Pour ne rien arranger, la production d'énergie (bioéthanol, nucléaire) siphonnera d'énormes quantités d'eau. Le marché qui s'ouvre est gigantesque (dessalinisation, pompes, eau de table, etc.). La Banque Pictet dispose d'un fonds sur ce thème, baptisé PF (Lux) - Water. Nestlé, Veolia Environnement ou encore Aqua America y figurent. L'or bleu devient un sujet majeur pour les investisseurs.

Le pétrole

Malgré l'avancée des technologies vertes, l'or noir ne peut pas être snobé. «Un prix du pétrole inférieur à 40 dollars constitue un bon niveau d'entrée pour les investisseurs», souligne Roland Duss, directeur de la recherche de la Banque Gonet & Cie à Genève. L'effondrement des cours observé depuis l'été dernier - plongeon de 70% avec la récession mondiale - ne serait que provisoire. Un phénomène passager dont il faut profiter. «Toute reprise de la demande suite à une amélioration conjoncturelle ou à une diminution de la production entraînera une hausse du cours du baril», assure-t-il. Bob Doll, stratège du géant de l'investissement BlackRock, abonde dans son sens. Il estime que le prix d'équilibre du pétrole se situe «entre 60 et 80 dollars». Au plan mondial, la soif de brut n'est pas près d'être étanchée. «La croissance annuelle de la demande devrait avoisiner 1,6% par an jusqu'en 2030», détaille Roland Duss. Mais les compagnies pétrolières limitent leurs investissements suite au plongeon des cours. «Les budgets d'exploration ont chuté vertigineusement, parfois de plus de 50%, et les projets de construction de raffineries ont souvent été purement et simplement abandonnés.» L'offre finira à coup sûr par se raréfier. «D'autant que la production des puits existants décline au rythme annuel de 6 à 7%.»Roland Duss énumère toute une série de produits financiers et de titres susceptibles d'en profiter. «Il est possible d'acheter des fonds ETF pour se positionner sur les indices boursiers du secteur pétrolier ou directement sur le cours du brut.» Des titres recèleraient également un solide potentiel. «Les compagnies présentes dans l'exploration et la production, telles Apache, Petrobras ou Suncor, le spécialiste canadien en schisme bitumineux, sont tout particulièrement attractives.» Très sensibles aux fluctuations du prix du pétrole, ces actions ont été massacrées ces derniers mois. Les plus conservateurs se concentreront sur les géants pétroliers. Revers de la médaille, les actions de Total, BP ou encore Exxon Mobil sont moins influencées que leurs pairs par le cours du brut. Cela ne les empêchera toutefois pas de grimper si l'or noir devait renchérir. Bref, il s'agit de miser sur le pétrole pour cesser de broyer du noir.

Photo: Jumelles / © Taxi Japan

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."