Bilan

Au Japon, après la correction, le rebond

De nombreux investisseurs ont délaissé le pays, loupant ainsi le rallye du début de l’année. Les indices restent volatils mais devraient remonter ces prochains mois.
  • Des mesures audacieuses ont été mises en place pour sortir le Japon de la déflation. Crédits: Franck Robichon/Keystone

Les bourses japonaises ont subi une série de corrections d’importance ce dernier mois. Comme le jeudi 13 juin, où le Nikkei a perdu encore 6,5%. Or l’indice ayant peu bougé ensuite, les analystes considèrent qu’il s’agit d’un signal vers une remontée. «Le Nikkei a touché une zone de support vers 12 600 et devrait dès lors rebondir à la hausse vers 14 600 ces prochains mois.

La tendance haussière reste intacte, mais va faire place à une phase de correction pendant plusieurs semaines alors que la volatilité devrait décroître sur cette même période. De nouveaux plus hauts ne sont attendus que pour bien plus tard», explique Bruno Estier, stratège du marché indépendant. Celui-ci précise que son scénario serait revu si l’indice cassait un plancher vers 11 500.

Ainsi, l’Empire du Soleil levant revient en force sur les radars des investisseurs. «La Bourse japonaise a augmenté de près de 80% depuis ses plus bas niveaux. Depuis la mi-mai dernier, le Topix a connu une forte correction, avec un repli de près de 20% (voir graphique ci-dessus). Toutefois, depuis début janvier 2013, il affiche encore une hausse d’environ 20%», confirme Pierre Mermod, gérant du fonds BCV Japac. Le marché peut dès lors être considéré comme un «bear market».

Les valorisations sont attractives et les perspectives bénéficiaires se sont sensiblement améliorées pour les entreprises du pays grâce à l’affaiblissement du yen. D’ailleurs, selon une analyse de Swiss & Global Asset Management, les bénéfices nets des firmes nippones devraient doubler dans les trois prochaines années. 

Depuis quelques semaines, la corrélation des actions japonaises avec celles des autres grands marchés s’est resserrée fortement du fait des craintes grandissantes de ralentissement global et plus particulièrement asiatique. «Au regard de la volatilité récente, il serait plus opportun de constituer une position graduellement ou d’être très, très opportuniste sur les replis», observe Jöel Le Saux, gérant du fonds Oyster Japan Opportunities.

En effet, le pays a amorcé une révolution en novembre 2012 avec la dissolution de sa chambre basse. Puis Shinzo Abe, le premier ministre, et Haruhiko Kuroda, le nouveau gouverneur de la Banque centrale, ont lancé un programme audacieux avec des mesures pour sortir le pays de la déflation, un mal aussi dangereux que l’inflation.

Le changement est majeur, le Japon s’est fixé un objectif d’inflation de 2% d’ici à deux ans et veut tripler sur sept ans les exportations dans le domaine des infrastructures. Dès lors, la mesure dite des «Trois Flèches» donne le ton: une politique monétaire accommodante, voire agressive, alliée à une politique fiscale flexible et à des réformes des structures, en cours, pour permettre le développement économique nippon. Par exemple, il s’agit de faciliter le travail des femmes. Et ainsi s’assurer plus de main-d’œuvre locale.

Pour l’instant, le gouvernement met sur le côté l’assainissement de son endettement, nettement supérieur à celui des Etats-Unis. Car sa priorité est d’augmenter le produit intérieur brut (PIB) à tout prix. Selon Swiss & Global Asset Management, ces dispositions sont crédibles pour les marchés financiers, car le yen est retombé dans sa fourchette basse de négoce de 100 à 120, face au dollar américain. 

Miser sur les exportatrices

La dévaluation du yen profite aux valeurs exportatrices. Elle rend les produits japonais plus compétitifs sur le marché, au détriment de certains concurrents asiatiques. Les valeurs industrielles et l’automobile, à la pointe des nouvelles technologies hybrides, respirent. Toyota attire les faveurs des analystes qui prévoient une forte croissance de ses bénéfices.

Cependant, la dévaluation de la devise nationale ne résout pas tout pour chaque entreprise. «Les valeurs technologiques ne sont pas inintéressantes, mais il faut faire preuve de plus de réserve, car elles sont affectées par la montée en gamme de la concurrence coréenne et taïwanaise», explique Pierre Mermod.

Si la nouvelle politique de Shinzo Abe fonctionne, les valeurs financières reprendront de l’attrait. «Certaines banques régionales et les sociétés de leasing constituent des opportunités d’investissement. En effet, une amélioration de l’économie domestique est bénéfique à l’activité bancaire, notamment dans le domaine des crédits, et à une reprise des investissements des entreprises», explique encore le gérant du fonds Japac.

De son côté, Carmignac Gestion est sensible à la croissance des activités de crédit. Elle a notamment sélectionné les banques Mizuho Financial Group et Sumitomo Mitsui Financial Group. Les prochaines élections sénatoriales du mois de juillet pourraient ouvrir la voie à de nouvelles idées d’investissement. Le premier ministre devra détailler son programme de réformes structurelles. Et ainsi lever une partie du voile qui entoure encore l’archipel nippon.

Patricia Meunier

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