Bilan

Aux Etats-Unis, c’est le moment d’investir dans l’énergie

Le pays connaît un fort boom de production de pétrole et de gaz naturel. Mais le secteur reste complexe.

Un café gratuit pour promouvoir du gaz naturel pour véhicules. C’est l’idée qu’a eue la semaine dernière une coalition de conglomérats énergétiques, dont fait partie Chesapeake Energy, pour courtiser militants et élus conservateurs présents à la Convention républicaine de Tampa, en Floride. Présenté comme une alternative à l’essence, ce carburant doit permettre aux producteurs américains de gaz naturel d’écouler une partie d’une production actuellement en plein boom outre-Atlantique. Selon l’Energy Information Administration, une agence gouvernementale américaine, les Etats-Unis devraient être en mesure de ne plus importer de gaz naturel d’ici à 2020. Cette renaissance énergétique américaine s’est accélérée ces dernières années avec l’extraction du gaz de schiste, un gaz dont l’exploitation a été considérée comme dangereuse la semaine dernière par 2500 médecins de l’Association santé environnement en France. Aux Etats-Unis, l’approche est radicalement différente. Selon une récente étude de l’agence AP, le gaz de schiste a rapporté 3,5 milliards de dollars de revenus en 2011 rien qu’en Pennsylvanie. Ainsi, dans cet Etat, à Williamsport, petite ville au cœur du bassin minier du Marcellus, le come-back énergétique de l’Amérique est évident. Six nouveaux hôtels ont vu le jour et une centaine de compagnies se sont récemment installées dans la cité qui vit au rythme de Chesapeake Energy.

L’intérêt des Etats-Unis pour le gaz de schiste ne suffit pas à faire de compagnies comme cette dernière des candidates rêvées pour les investisseurs. Pour André Frick, analyste chez Vontobel à Zurich, l’équation est plus compliquée. Vontobel a constitué en 2008 Future Resources Strategy, un fonds qui investit dans 50 à 70 compagnies mid cap, spécialisées notamment dans la production de ressources énergétiques non conventionnelles comme le gaz de schiste. «Nous préférons avoir des compagnies comme Southwestern Energy dans notre portfolio, parce qu’elles ont une structure de coûts bien moins importante que Chesapeake, explique-t-il. Chesapeake a investi 12 milliards de dollars dans certains de ses bassins, mais son cash-flow est bien plus faible. Il est forcé de vendre certaines de ses possessions pour financer sa croissance.»

«Le cours des titres est à un niveau historiquement bas»

Sam Subramanian, éditeur de la newsletter AlphaProfit ETF and Mutual Fund à Houston, suit de près l’industrie énergétique américaine. Il confirme la complexité d’investir dans les compagnies actives dans la fracturation du gaz de schiste: «La forte production de gaz naturel a fait baisser son prix et l’a rendu moins intéressant pour les investisseurs qui cherchent des retours sur investissement à court terme, souligne-t-il. En revanche, sur le long terme, placer des fonds dans des sociétés comme  Chesapeake Energy a un sens.» Pour Sam Subramanian, First Trust ISE-Revere Natural Gas Index ETF (FCG) et Fidelity Select Natural Gas (FSNGX) sont des fonds offrant de bonnes perspectives aux investisseurs pariant sur le come-back énergétique américain. «Le cours des titres dans ce secteur est à un niveau historiquement bas, écrit John Dow, gestionnaire du fonds Fidelity Select Energy. Le marché considère que le prix du gaz naturel va rester bas et que les conditions vont rester défavorables. Je ne suis pas convaincu que c’est le cas. Cela peut être le moment opportun d’investir.» Adrian Day, patron d’Adrian Day Management à Annapolis, dans le Maryland, partage cet avis: «Il faut faire preuve de prudence dans ce domaine énergétique, mais je pense que c’est le moment d’investir, car les prix sont bas.» Le gestionnaire évite les placements dans les grands groupes énergétiques comme Exxon et Chevron en raison de leur structure de coûts notamment. «Exxon reste un placement sûr, mais il n’offre pas les perspectives d’une compagnie comme Devon Energy.» Cette dernière est l’un des principaux acteurs dans l’extraction du gaz de schiste, tout en tirant une partie importante de ses revenus du pétrole. Autres bénéficiaires du come-back énergétique des Etats-Unis, selon Adrian Day: les compagnies de pipelines, dont Williams Companies.

Parmi les fonds qui parient dans ce secteur, on retrouve FBR Gas Utility Index Fund et Vanguard Energy Fund. Le fonds Integrity Williston Basin concentre ses investissements sur les réserves pétrolières et de gaz de Williston dans le Dakota du Nord et du Sud ainsi que dans le Montana. Selon Lipper, une société du groupe Thomson Reuters qui traque la performance des fonds,  l’Integrity Williston Basin Fund fait partie, aux côtés d’Icon Energy et Ivy Energy, des fonds spécialisés dans les ressources naturelles qui ont enregistré la meilleure performance sur ces cinq dernières années.

Deux facteurs d’incertitude

«Dans le domaine du gaz de schiste, il est clair que les Etats-Unis mènent le bal et que les autres pays bénéficient du savoir-faire américain, précise André Frick. Mais quand il s’agit d’investir, il faut bien étudier les différents bassins miniers, car tous n’ont pas le même potentiel.»  Adrian Day relève deux facteurs d’incertitude pour les investisseurs: la controverse environnementale autour de la fracturation du gaz de schiste et le poids toujours plus important des régulations outre-Atlantique: «Cela n’a pas commencé pendant la présidence de Barack Obama, mais ça s’est accéléré ces dernières années.» Le 23 août dernier, Mitt Romney a présenté son programme pour faire des Etats-Unis une nation indépendante au niveau énergétique d’ici à 2020. L’ouverture de nouveaux forages pétroliers et l’allégement des régulations sont au cœur de ses propositions. «Il est évident qu’une administration républicaine serait plus favorable aux compagnies pétrolières et de gaz, conclut Adrian Day. Mais je ne pense pas que l’élection présidentielle américaine de novembre bouleversera fondamentalement les perspectives d’investissement dans ce domaine.»

Crédit photo: George Frey/Reuters

Jean-Cosme Delaloye

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