Bilan

Avis de tempête sur les actions

Les titres du marché helvétique sont percutés de plein fouet par le cumul de l’appréciation du franc et la détérioration de la conjoncture internationale. Tour d’horizon en 9 points.

Un carnage. Entre le 21 juillet et la semaine dernière, le Credit Suisse Group a perdu 30% de sa valeur. L’UBS et ABB ont fondu respectivement de 26 et 24%, tandis que le SMI cédait 15,7%. Les bourses se montrent d’une rare volatilité, sans aucun signe de rétablissement.

 

1 Diagnostic Les différentes places ont accusé la dégradation du rating de la dette américaine annoncée le 5 août dernier. Parallèlement, la crise de la dette souveraine européenne fait rage et la croissance des pays industrialisés s’essouffle. «A cela s’ajoute l’absence de leadership politique au niveau mondial», décrypte Serge Ledermann, responsable des investissements à la Banque Heritage. Dans le cas de la Suisse, l’appréciation massive du franc vient encore noircir le tableau. Le marché helvétique a commencé à se détériorer plus tôt qu’ailleurs, à mesure que les sociétés annonçaient des résultats semestriels plombés par les effets de change.

2 Le secteur financier en déroute Concerné au premier chef par la crise de la dette, le secteur financier fait l’objet de toutes les inquiétudes. Si des établissements majeurs –  comme la Société Générale qui fait l’objet de rumeurs persistantes – venaient à sombrer, les Etats n’auront plus les moyens de les refinancer. «La capitalisation boursière de l’assureur Swiss Life est passée sous le montant de ses fonds propres», observe Serge Ledermann. Le tableau n’est guère plus réjouissant du côté de l’industrie exportatrice. «Roche et Novartis ont perdu entre 15 et 20% de leur valeur. Si la parité du franc avec l’euro devait s’étendre, les conséquences seront lourdes pour les exportateurs. Les réserves des entreprises s’épuisent tandis que les contrats de protection contre les risques de change arrivent à leur terme», sanctionne André Keller, analyste à Saxo Bank.

3 Les managers achètent De leur côté, les dirigeants de société ont profité du trou d’air pour faire leurs emplettes. Entre le 9 et le 10 août, un membre du conseil d’administration de Novartis, vraisemblablement Daniel Vasella, a acquis des actions de son entreprise pour près de 62 millions de francs, d’après les données sur les transactions du management. Des mouvements semblables ont été enregistrés chez Richemont, Swatch Group, Roche ou Givaudan. «C’est un signe positif. Les managers manifestent ainsi leur confiance en l’avenir», poursuit Serge Ledermann.

4 La Suisse impuissante Plus le climat se détériore, plus le franc considéré comme valeur refuge se renforce en dépit des efforts de la Banque nationale suisse (BNS) pour le faire baisser. De l’avis général, les mesures prises par le gouvernement et la BNS sont louables. Cependant, la résolution de la crise ne dépend pas de la Suisse mais des pays de la zone euro. Parmi les plus alarmistes, André Keller redoute un scénario à la japonaise avec l’installation d’une déflation durable. «Le marché suisse ne retrouvera pas de sitôt les cours d’avant 2008. Le contexte s’est tellement détérioré que même des titres en baisse de 20% restent chers, en regard de la période troublée qui nous attend.» Directeur des investissements chez Reyl & Cie, François Savary rétorque: «Les injections de liquidités de la BNS doivent justement empêcher une déflation. L’investisseur doit faire des choix en fonction de ses convictions. S’il croit à un rétablissement de la zone euro, il peut espérer retrouver de bons niveaux d’ici trois à cinq ans.»

 

 

5 Les caisses de pension pénalisées «Il est urgent d’attendre», estime de son côté Peter Bänziger, chef des placements chez Swisscanto, l’entreprise collective des banques cantonales pour les services de placement et de prévoyance. Les caisses placent en général un quart de leur fortune en actions. Selon les indices Pictet-LPP, elles ont enregistré jusqu’à 5,52% de recul de performance sur 2011. Après les pertes sur les marchés des actions, la question est de savoir si les caisses vont racheter des titres pour maintenir leur ratio d’actions identique. «La décision ne pourra être prise que lorsque les marchés seront stabilisés.»

6 Les firmes les plus vulnérables «Les sociétés les plus vulnérables sont les firmes de taille moyenne exploitant une base industrielle en Suisse, comme l’équipementier du bâtiment thurgovien Arbonia-Forster ou le fabricant de machines zurichois Sulzer», note Serge Ledermann. Kudelski, leader mondial de l’accès sécurisé, est dans le même cas, avec des salaires délivrés en francs, tandis que les revenus sont encaissés en dollars et en euros. Depuis son sommet enregistré au printemps 2010, l’action de la firme vaudoise a perdu les deux tiers de sa valeur.

7 Récession ou pas récession? Le géant du travail temporaire Adecco enregistre une des pires performances du Swiss Market Index (SMI). Titre cyclique, il a fait les frais des craintes d’une récession simultanée en Europe et aux Etats-Unis. «Il se peut cependant que la conjoncture ne passe que par un ralentissement et évite la récession. La gravité de la situation dépendra de la capacité des marchés émergeants – la Chine, l’Inde et le Brésil – à soutenir la croissance mondiale», détaille Jérôme Schupp, chef de la recherche à la Banque Syz.

8 Les bons plans Grâce à leurs dividendes, certaines sociétés assurent des rendements supérieurs aux taux d’intérêt versés par les Etats. Des titres à rechercher? Les analystes de Vontobel citent par exemple La Bâloise, Swisscom ou Mobilezone. François Savary indique que Swatch Group a plongé très bas par rapport à la bonne santé de l’entreprise et devient intéressant. Au cas où la croissance mondiale se maintient, SGS présente un bon potentiel. Titre défensif type, Nestlé a fait preuve d’une grande résilience. Le géant de l’alimentaire produit en grande partie en monnaies locales et souffre donc moins que d’autres de la force du franc. Actifs réputés sûrs, les obligations du Gouvernement suisse à dix ans sont très prisés. Quant à l’or, il est maintenant plus cher que le platine, une première depuis la  crise boursière de mars 2008.

9 Pas de stabilisation avant 2012 «Beaucoup de mauvaises nouvelles ont déjà été absorbées par les marchés. Mais il n’y aura pas de rebond avant que le secteur-clé de la finance ne montre de signes de rétablissement, analyse Serge Ledermann. C’est la condition de base pour un début de retour de la confiance. On peut espérer une certaine stabilisation pour début 2012.»

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

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Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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