Bilan

Big data: un atout pour l’impact investing

Malgré les incertitudes associées à l’utilisation des données et à leur poids environnemental, les avancées actuelles offrent des opportunités qui méritent d’être plus exploitées. Par Tidjan Ciss et Yvan Delaplace*

Cabine de la startup Ping An Good Doctor, qui dispense en Chine consultations et médicaments.

Crédits: Deposit Photos

Les grandes problématiques planétaires conduisent à revoir les modes de consommation, et avec la raréfaction des ressources, il nous faut produire plus avec moins. Face à ces enjeux, la «révolution des données» a un rôle important à jouer, et de nouvelles opportunités s’ouvrent ainsi en termes d’impact investing.

Cependant, cela n’est pas forcément évident, vu l’image négative souvent associée à l’intelligence artificielle. Car si les investisseurs d’impact visent – au-delà de la performance financière – à générer un impact social et environnemental, cet objectif peut paraître encore difficilement compatible avec le «big data».

S’agissant de l’environnement, même si l’utilisation croissante des données suscite quelques questions, les centres de données ont réalisé de réels gains en efficacité sur la décennie. Quant à l’impact sociétal, il subsiste des lacunes concernant la protection des données, mais comme pour toute une industrie récente, une phase d’adaptation est nécessaire, et de nouvelles réglementations devraient rapidement apparaître.

Meilleure expérience client

Ces réserves mises de côté, force est de reconnaître que les avancées liées au big data s’avèrent particulièrement intéressantes. L’un des arguments majeurs pour les investisseurs d’impact est ainsi la notion d’économie d’échelle. Les processus susceptibles d’être automatisés, optimisés et étendus – sans risque d’erreur humaine – présentent des bénéfices clés en termes d’efficience et de réduction
des coûts. De plus, au-delà de rendre les produits plus accessibles et abordables, cela peut contribuer à une transparence accrue et à une meilleure expérience client. Les données peuvent en effet être traitées à différentes fins pour répondre aux attentes des consommateurs (comme le suivi de la chaîne logistique du produit). A cet égard, le «machine learning» permet d’optimiser un processus au travers de multiples phases itératives, et il est utilisé dans de nombreux domaines.

Dans le cadre des 17 objectifs de développement durable (ODD) de l’ONU, les avantages du big data s’illustrent notamment sur les secteurs de la santé, de la consommation et de l’éducation.

L’exemple de la société chinoise Ping An Good Doctor est particulièrement intéressant. Cet acteur majeur de la télémédecine effectue quotidiennement plus de 831 000 consultations en ligne, et l’intelligence artificielle lui permet de renforcer en permanence la précision des diagnostics, l’efficacité des consultations et l’expérience du patient. Elle peut ainsi promouvoir une meilleure intégration des services de santé, online et offline, auprès des hôpitaux et des pharmacies, et cela devrait, à plus long terme, aider la Chine à se doter d’une couverture universelle.

Laureate Education fait aussi figure d’exemple dans l’enseignement. La société s’est notamment distinguée dans le contexte de la pandémie, en ayant pu garantir la continuité de la formation grâce à sa stratégie globale d’apprentissage digital, mise en œuvre bien avant la survenue du virus. Ceci montre que la qualité et la rentabilité du secteur de l’éducation peuvent être encore renforcées via des plateformes de formation et de cours en ligne utilisant des méthodologies d’apprentissage adaptatives, avec à la clé un enseignement personnalisé à grande échelle.

Enfin, dans la consommation, le «machine learning», largement utilisé sur le marché de l’occasion pour estimer la valeur des biens, occupe une place croissante. Les investisseurs d’impact sont particulièrement sensibles à son potentiel pour promouvoir l’économie circulaire. Notons parmi les sociétés phares Adevinta, acteur majeur du marché de l’occasion, et le groupe de transport sud-africain Transaction Capital.

Ainsi, malgré les incertitudes associées au big data, notamment en termes d’utilisation des données, cette industrie présente de réels atouts pour l’impact investing. Son potentiel mérite d’être exploité davantage encore, afin de le mettre à profit des sociétés ayant la volonté de répondre aux défis de ce siècle en proposant des solutions innovantes et concrètes.

* Respectivement analyste impact – actions marchés émergents et spécialiste de l’investissement, Union Bancaire Privée

Bilan.ch

Lui écrire

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Merci de votre inscription
Ups, l'inscription n'a pas fonctionné
Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."