Bilan

Bitcoin franchit la barre des 400 dollars

Après le krach de la monnaie virtuelle en avril, certains observateurs ont craint une bulle. Six mois plus tard, le cours du bitcoin retrouve déjà ses plus hauts sommets. Pourquoi?
Divisible à l’infini, le bitcoin a déjà séduit 3 millions d’utilisateurs.

Après le krach des dotcoms en 2000, le Nasdaq n’a jamais retrouvé son niveau. Mais il n’aura fallu que six mois à la monnaie électronique bitcoin pour effacer les pertes qui ont suivi son krach d’avril dernier et passer la barre des 400 dollars pour un bitcoin. Et cette fois, sans crise chypriote ou autre événement financier de nature à en faire une valeur refuge irrationnelle.

Ce retour du bitcoin est d’autant plus remarquable qu’entre les attaques des politiciens, comme celle récente du conseiller national socialiste Jean-Christophe Schwaab en Suisse, ou l’arrestation pour blanchiment du fondateur de Silk Road et millionnaire en bitcoins Ross Ulbricht, début octobre à San Francisco, la monnaie virtuelle sent tellement le soufre que la Thaïlande l’a interdite.

Dans ce contexte, comment expliquer que le bitcoin se soit réapprécié si vite?

Il a des avantages uniques. C’est à la fois une monnaie universelle et un système de paiement sécurisé, échangeable contre d’autres devises entre particuliers, de manière anonyme.

Dans son bureau de Palo Alto, le serial entrepreneur et capital-risqueur Wences Casares concède que la volatilité est intrinsèque à une monnaie qui est «aujourd’hui un peu comme internet à l’époque de la création du premier navigateur». Le jeune entrepreneur se dit certain de la tendance haussière du bitcoin. «Comme l’or, sa quantité est limitée et aucun Etat ne peut faire pression dessus.»

Dix fois plus d’utilisateurs

Il en veut pour preuve que le ou les inventeurs des clés électroniques du bitcoin, connus sous le pseudonyme de Satoshi Nakamoto, ont disparu.

«C’est un signe de plus de la robustesse du système. Contrairement avec Julian Assange pour WikiLeaks, il n’y a pas de maillon faible dans le bitcoin. Il est déjà réparti sur 110 000 serveurs qu’aucun Etat ne pourra interdire globalement», poursuit Wences Casares.

Après avoir fait fortune en créant le premier fournisseur d’accès internet d’Argentine puis le premier courtier en ligne d’Amérique latine (revendu 800 millions de dollars à Banco Santander), c’est un observateur intéressé du bitcoin. Lemon, sa dernière boîte, s’efforce de rendre mobiles les paiements via la monnaie virtuelle.

Reste que son raisonnement sur l’appréciation programmée du bitcoin ne manque pas d’arguments. «Le nombre d’utilisateurs est passé de 300 000 au début de l’année à trois millions actuellement. A cause de l’effet réseau, il devrait atteindre un milliard dans les cinq ans.»

Etant donné que depuis sa création, il y a quatre ans, seule la moitié des bitcoins possibles sont émis (21 millions au total, mais le bitcoin est indéfiniment divisible), le reste l’étant progressivement jusqu’en 2140, son adoption forcerait effectivement son appréciation. Qu’en sera-t-il?

Immunisé contre l’inflation et les taxes (sauf en Allemagne qui l’a légalisé), anonyme comme le cash, le bitcoin commence effectivement à séduire l’économie réelle (le premier Bancomat vient d’ouvrir à Vancouver) et même les investisseurs. Wences Casares affirme conserver dans sa banque les bitcoins acquis par des capital-risqueurs mais aussi des gérants de hedge funds.

Eux savent parfaitement que le bitcoin est une expérience à risque. Mais ils n’oublient pas que, depuis la fin de la libre convertibilité du dollar en or en 1971, les banques centrales sont aussi engagées dans une expérience monétaire inédite qui, de krach
en quantitave easing, montre qu’elle ne l’est pas forcément moins.

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Lui écrire

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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